Idéologie renforcée en Chine : Xi Jinping devient « le cœur » du Parti

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Xi Jinping, l’hyper-président à la manière de Mao.


 
Plus que des indices, les preuves s’accumulent. En Chine, l’heure est au renforcement idéologique de la centralisation : un chef de file à part entière, voilà ce que semble vouloir devenir le président Xi Jinping. Après l’avoir signifié au niveau politique, il s’adjoint aujourd’hui les médias (d’Etat) pour justifier cette consolidation de l’autorité centrale, du noyau qu’il représente, arme indispensable selon lui pour répondre aux impératifs et défis de l’horizon moderne chinois.
 
« S’aligner avec la direction », de manière inexorable… Et attention à tous ceux qui voudraient déroger à ces principes directeurs !
 

« Toute faction dans le parti est un danger politique »

 
C’est le Quotidien du Peuple, journal phare du Parti, qui s’est fait l’écho, la semaine dernière, de cette « nouveauté » ou plutôt de cet « accroissement communiste » notable. L’article, prétendument écrit par un membre d’un groupe d’étude, note que tous les communistes doivent être loyaux à Xi et « s’aligner avec la direction »
 
Mieux, il appelle à la concentration de la puissance dans les seules mains du « chef » suprême. Et ce, pour éviter la stagnation économique, voire une confrontation avec les Etats-Unis ! Il cite le raisonnement de Thucydide qui, dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, assure que le conflit entre Athènes et Sparte était inévitable parce que les Spartiates avaient craint la montée en puissance d’Athènes…. Comprenez le parallèle.
 
Il faut laisser à Xi le soin de « remodeler le paysage politique de la Chine » et d’« assumer la responsabilité globale des diverses tâches du parti ». Unifier et centraliser. D’ores et déjà, toute faction dans le parti est un danger politique…
 

Les médias ? Des « fronts de communication »du Parti selon Xi Jinping

 
Quelques jours après, vendredi 19 février, le président tenait un symposium après une tournée chez les trois principales sources d’informations chinoises (le Quotidien du Peuple, l’Agence de presse Xinhua et la Télévision centrale chinoise) : il y qualifiait ces organes d’informations de « fronts de communication » du Parti et du gouvernement.
 
« Tous les nouveaux médias gérés par le Parti doivent travailler pour répercuter la volonté et des propositions du Parti ainsi que pour protéger son autorité et son unité », a-t-il déclaré. L’éducation journalistique marxiste doit être promue parmi les journalistes, afin de les rendre « diffuseurs des politiques et des propositions du Parti, témoins du temps, promoteurs des progrès sociaux et observateurs de l’égalité et de la justice ».
 
Le message du Quotidien du Peuple devait être pris comme tel.
 

Un niveau de centralisation jamais atteint en Chine : Xi devient « le cœur » du Parti

 
Le processus avait déjà démarré au niveau politique. Fin décembre et début janvier, Xi avait solennellement appelé ses collègues du Politburo, puis du très restreint Comité permanent, à s’unir derrière lui, dans « la pensée et l’action ». Chacun doit avoir la conscience politique de préserver l’autorité du parti. Rapport en avait même été fait dans la presse, ce qui demeure très rare pour une réunion du Comité permanent
 
Pour un professeur à l’Université de Shanghai, Xi « commence à établir un nouvel ordre (…) Le Parti a absorbé l’Etat ».
 
En se désignant ainsi lui-même comme « le cœur absolu de la direction du Parti », Xi irait plus loin que tous ses prédécesseurs depuis Mao, sans doute plus encore que Deng. La centralisation du pouvoir en Chine va ainsi atteindre un niveau maximum, le chef de l’Etat et du parti ayant acquis le contrôle de tout ce qui était possible à l’intérieur du pays, par l’intermédiaire des sept groupes centraux les plus puissants couvrant le Parti, l’Etat, l’économie et le domaine militaire.
 
Il peut compter aujourd’hui sur un petit cercle de collaborateurs et de conseillers fidèles qu’il place à des endroits choisis, quitte à bousculer l’ordre préétabli. Cette pression venue d’en haut a d’ores et déjà poussé la moitié des chefs provinciaux du Parti à lui prêter officiellement totale allégeance en janvier.
 
Et gare aux autres, à « ceux qui forment leurs cercles propres à l’intérieur du Parti ». Ils sont rapidement dénoncés, dans un langage digne de l’époque Mao : les articles de la presse d’Etat parlent de « gangs », de « cliques »… Une tactique classique de communiste en phase d’attaque, un prélude à leur élimination.
 

Renforcement idéologique ou manœuvre politique à l’horizon du 19e Congrès du PCC ?

Pourquoi maintenant ? Des analystes estiment que ce plan de campagne global destiné à renforcer l’emprise de Xi est un temps de pure manœuvre politique avant la tenue prochaine du 19ème Congrès du Parti en 2017, qui doit voir un grand nombre de hauts responsables prendre leur retraite et donc être remplacés… Une occasion pour Xi de mieux encore placer ses pions.
 
Cette propagande renouvelée indique aussi qu’il y a des zones de résistance internes. Et que la situation extérieure s’annonce également délicate. Le marché boursier chinois a chuté de plus de 20% cette année. Les États-Unis interviennent dans la zone asiatique à travers le Partenariat Trans-Pacifique et contrent les ambitions chinoises en mer de Chine méridionale.
 
Dans tous les cas, ce réajustement de pouvoir inquiète. Le politologue Willy Lam craint tout de go « une nouvelle révolution culturelle ». Même parmi ceux qui occupent des fonctions dans le Parti depuis des générations, se lève une crainte « que ce gars veuille faire de lui-même un nouveau président Mao ».
 
D’autant que cette nouvelle politique se couple avec un renforcement militaire controversé qui verra peut-être un changement de stratégie au niveau nucléaire – l’Armée populaire de Libération vient de stationner des missiles sol-air sur une île contestée en mer de Chine du Sud.
 
Une chose est sûre : l’ouverture économique capitalistique n’a pas été un gage de démocratisation… La Chine est plus que jamais communiste.
 

Clémentine Jallais