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Xi Jinping à Davos : la Chine communiste se positionne pour prendre la tête de la « gouvernance globale »

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Saluée comme le grand événement de l’édition 2017 du forum économique mondial, la présence du premier secrétaire du parti communiste de Chine, Xi Jinping aura surtout montré que son pays entend prendre la tête du mouvement de la globalisation. La gouvernance globale prônée par les mondialistes est-elle en train de trouver son nouveau chef, à vrai dire pressenti depuis plusieurs années ? Il se pourrait bien que le nouveau protectionnisme prôné par Donald Trump serve de prétexte à une accélération du mouvement. Les documents publiés en ligne par weforum.org, le site officiel de Davos, manquent en tout cas singulièrement de discrétion à cet égard.
 
Dès le 22 novembre dernier, on pouvait y lire sous la plume d’un sociétaire du Forum économique mondial, Wolfgang Lehmacher, un article intitulé : « Pourquoi la Chine pourrait prendre la tête de la prochaine phase de la globalisation. » En deux mots : les droits de douane de 45 % sur les produits chinois annoncés par Trump, sa décision d’annuler les accords de Paris de la COP 21 sur le climat et la fin du Partenariat transpacifique signeraient le retrait des Etats-Unis du mouvement inexorable vers la globalisation et ouvrirait la place à la Chine.
 

Au Forum économique mondial de Davos, Xi Jinping fait sa propagande

 
Selon le Fonds monétaire international, la Chine qui a fortement profité de la mondialisation économique a bien pu dépasser les Etats-Unis en termes de pouvoir d’achat dès 2016, et qui a pris le parti de promouvoir la « connectivité » à travers la Nouvelle route de la soie pour ce qui est de l’« Eurasie » et de la Route maritime de la soie du XXIe siècle pour ce qui est des océans, est la mieux placée pour « remplir le vide ». Et ce d’autant qu’elle fait la promotion d’une alliance nouvelle dans le monde pacifique : le Partenariat économique régional global dont elle serait la force motrice, rassemblant dans une nouvelle zone de libre-échange l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Chine, l’Inde, Japon et la Corée du Sud ainsi que l’ASEAN, opérationnelle depuis longtemps.
 
Dans le même temps, la Chine s’implante de plus en plus profondément en Afrique avec la création de nouveaux centres portuaires et industriels, tout en tournant ses regards vers la Russie et l’Europe orientale et centrale. Un peu comme si la Chine mettait en place un nouveau plan Marshall, commentait l’article de Lehmacher. Il prévoyait de même que la Chine prendrait la tête de la lutte contre le « réchauffement climatique » – pas mal, pour un pays où les niveaux de pollution atteignent des sommets. Mais il est vrai que la pollution préoccupe moins les écologistes que le CO2, cet engrais de choix…
 

Prendre la tête de la gouvernance globale contre Donald Trump

 
Le discours de Xi Jinping à Davos, religieusement écouté par un parterre de grands de ce monde qui ont ouvert les marchés à la Chine depuis plusieurs décennies déjà, est venu confirmer ces prédictions. Il s’y est posé en défenseur vigoureux du globalisme en s’offrant même le luxe de décrier « la recherche excessive du profit », comme si la Chine ne s’était pas livrée à une guerre économique sans pitié appuyée sur l’exploitation de sa propre population laborieuse et sur le dumping social.
 
 Les mots-clés de son discours ? « Libéralisation », « ouverture », « développement du peuple, par le peuple et pour le peuple » : tout cela s’obtiendra par le libre-échange et la liberté d’investissement, et le refus du « protectionnisme ». Répétée à l’envi à travers le monde, l’image proposée par le chef de la plus grande tyrannie communiste visiblement en exercice n’a pu échapper à personne : « Dire oui au protectionnisme, c’est comme s’enfermer dans une chambre obscure. Le vent et la pluie sont maintenus à l’extérieur, mais la lumière et l’air aussi. Personne ne sortira gagnant d’une guerre économique. »
 
Mais justement. La Chine maintient des barrières douanières massives, protégeant jalousement sa production et la propriété de ses industries. Pas question pour des investisseurs étrangers de prendre la main sur des marques chinoises, alors que l’inverse est si fréquent. Les subventions vont de soi : la Chine possède une économie éminemment dirigiste, fondée aussi sur la manipulation des cours qui lui permet de faciliter ses exportations, tandis que ses grandes entreprises appartiennent à l’Etat et profitent de coûts salariaux qui restent minimes par rapport à celles des économies développées, faute d’assurance sociale et assurance-maladie comparables à celles proposées de diverses manières en Occident.
 

La Chine communiste se positionne pour conduire le monde

 
S’en prenant ouvertement ou implicitement à Trump et au Brexit, Xi Jinping a présenté comme inévitable la circulation des marchandises mais aussi de la technologie : en se positionnant pour prendre la tête de la globalisation, il n’y a pas de doute que la Chine recherche avant tout son propre intérêt, en même temps qu’elle favorise le socialisme mondial dans ce sommet de Davos tout axé sur le « leadership responsable » qui est censé savoir contrecarrer les effets pervers du processus. En d’autres termes : réduire les inégalités, redistribuer les richesses. Un rêve communiste.
 
Les avancées de la Chine ne datent pas d’hier. Elle se positionne dans les grandes institutions internationales et dans les grands circuits financiers mondiaux.
 
Il est rafraîchissant de lire dans la presse française une interview de Jacques Gravereau, auteur de La Chine conquérante, qui salue dans Le Point un « merveilleux numéro d’illusionniste » du président chinois à Davos. Son « opération de communication » fait l’impasse sur le protectionnisme chinois, les entorses aux règles de l’OMC par la Chine, la fermeture aux entreprises étrangères en matière de commandes publiques, remarque-t-il : « Son discours ne trompe aucun spécialiste », ajoute ce spécialiste de la Chine. Il suffit de voir la guerre de l’acier à laquelle se livre la Chine, inondant un marché sursaturé de produits bradés.
 
N’y aurait-il donc qu’un public peu averti, et pas le moindre « spécialiste » à Davos pour dénoncer la supercherie ? Vu la liste de participants et d’intervenants ? On peine à le croire. Mais qui ne dit mot consent : et là, on est dans l’ordre de la tacite complicité.
 
Car illusionnisme et opération de communication, cela se vérifie sans doute. Mais au train où vont les choses, nombreux sont les partisans d’une gouvernance globale qui s’en contentent fort bien !
 

Anne Dolhein