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Le Zimbabwe, la Chine et la démission de Mugabe : quel fut le rôle de Pékin ?

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Alors que le tyran communiste, Robert Mugabe, vient de démissionner après 37 ans de pouvoir, à l’âge de 93 ans, le Zimbabwe fait la fête et couvre d’éloges le général Constantino Chiwanga qui a mené la prise du pouvoir par l’armée : l’heure est à l’optimisme et le ressentiment à l’égard du dictateur déchu s’exprime enfin en pleine liberté… Mais le probable futur président du pays, Emmerson Mnangagwa, membre de l’aile dure du ZANU-PF au pouvoir depuis 1980, et personnellement crédité de plusieurs épisodes de répression violente, était un allié de Mugabe. Où va donc le Zimbabwe ? Et, question cruciale, quel fut le rôle de la Chine dans la mise à l’écart d’un homme dont le règne allait inéluctablement vers sa fin ? Pékin nie avoir été impliqué dans l’affaire, mais il pouvait être de son intérêt d’organiser la succession – en évitant notamment l’accession au pouvoir de Grace Mugabe, l’épouse de Robert.
 
Selon William Hague, l’ancien ministre des affaires étrangères du Royaume-Uni – qui se glorifie d’avoir su toujours éviter de rencontrer Mugabe, l’homme qui n’a apporté à son pays que « pauvreté et hyper-inflation » malgré ses fabuleuses ressource naturelles et humaines – le jeu de la Chine ne peut être exclu. Mnangagwa n’est pas précisément un partisan de la démocratie et de la liberté, soulignait Hague dans une tribune publiée lundi par le Daily Telegraph, mais il peut bien plaire à ceux qui préfèrent le maintien d’un leadership autoritaire.
 

Le Zimbabwe sans Mugabe, mais toujours avec la Chine

 
William Hague croit savoir que les chefs militaires du Zimbabwe n’ont pas cherché auprès de Londres ou Washington le feu vert pour déclencher leur opération, mais auprès de Pékin. Signe selon lui que le « pouvoir externe qui régit les affaires africaines bascule sûrement » en direction de la Chine pour s’éloigner de l’Occident. « Partout en Afrique, des ministères des affaires étrangères, des palais présidentiels et d’autres infrastructures sont actuellement construits avec l’aide de la Chine. Cela n’est pas critiquable par principe, sauf qu’une telle aide est donnée avec peu d’égards pour les questions de la mauvaise gouvernance, de l’absence de démocratie et de violations graves des droits de l’homme », observe l’ancien ministre. Il aurait pu aussi évoquer les violations des droits de l’homme en Chine…
 
Notant que l’autoritarisme gagne du terrain – en Turquie, par exemple – Hague souligne combien le discours de Xi Jinping lors du congrès du parti communiste chinois va avoir un rôle décisif par rapport à l’idée même du pouvoir au XXIe siècle. Le secrétaire général du PC chinois ne cache pas sa volonté de voir la Chine jouer un rôle central dans les affaires du monde d’ici à 2050, appuyé sur une force militaire « de classe mondiale », de manière à ce que « le socialisme à caractéristiques chinoises » devienne un modèle, « une nouvelle option pour les autres pays et nations qui désirent accélérer leur développement tout en préservant leur indépendance », comme l’a proclamé Xi.
 

Le modèle du socialisme à la chinoise proposé partout dans le monde

 
C’est-à-dire : un modèle fondé sur le parti unique, le capitalisme géré par l’Etat, le contrôle idéologique serré et la surveillance digitale. « Il est prêt pour l’exportation vers d’autres nations », constate William Hague pour qui les dictateurs de demain respireront plus à l’aise grâce à cet appui chinois. « En un quart de siècle, nous serons passés des présidents américains messianiques en matière de diffusion de la démocratie, avec le communisme sur la défensive, vers un communisme renaissant, prêt à croître de nouveau, avec un président des Etats-Unis qui n’est pas spécialement motivé par la marche en avant de la liberté », écrit-il.
 
N’allez pas croire pour autant que Hague soit lui-même un grand champion de la liberté à tout prix, lui qui ne voit de solution que dans un meilleur contrôle des réseaux sociaux et la traque des « fake news ». Mais ce n’est pas le plus important de sa tribune.
 
Ce qui l’est, c’est que la Chine cherche effectivement et sans s’en cacher à exporter son modèle, et à s’implanter dans les pays en développement que ce soit en Afrique ou en Amérique latine où elle avait notamment une importante présence au Venezuela, dont le destin de pays riche soumis à un tyran socialiste ressemble à plus d’un titre à celui du Zimbabwe.
 

Pékin a-t-il donné au moins le feu vert pour la « démission » de Mugabe ?

 
Alors que les analyses médiatiques mettant en avant le possible rôle de la Chine dans l’affaire zimbabwéenne se multiplient, Pékin a fait publier par son ambassade en Afrique du Sud un démenti cinglant : cela est « totalement insensé, et purement fictif », affirme le communiqué. Les réflexions en ce sens ne visent qu’à « saper l’image de la Chine » et à « introduire un coin dans les relations entre la Chine et l’Afrique » ; ce sont des allégations « illogiques, inconsistantes, remplies de motivations malfaisantes ».
 
Et de souligner que lorsque le Zimbabwe était sous le coup de sanctions visant à l’isoler de l’Occident, c’est la Chine qui est restée à ses côtés pour « développer une coopération pour leurs bénéfices mutuels ».
 
La Chine soutient donc que c’est Mugabe lui-même qui a approuvé le voyage du général Constantino Chiwenga à Pékin : un « échange bilatéral normal » qui n’a aucun lien avec la décision du chef des Forces armées du Zimbabwe de déclencher les opérations contre le chef de l’Etat.
 

William Hague voit la main de Pékin

 
Le voyage et les contacts ont donc bien eu lieu, et tout laisse croire, même selon des universitaires sud-africains spécialistes de la Chine qui ne sont pas spécialement hostiles à cette dernière, que Pékin a été au moins mis au courant des projets et que la Chine est le pays vers lequel se tournent naturellement des pays comme le Zimbabwe. Preuve que la Chine est désormais une « puissance globale » qu’il convient de consulter même si elle n’apporte pas d’aide directe.
 
Le « coup » contre Mugabe aurait-il pu avoir lieu et être mené à bien sans l’aval chinois ? Il est difficile de le croire en effet, tant l’amitié sino-zimbabwéenne reste à l’ordre du jour et tant le modèle du parti unique à la chinoise semble devoir être respecté dans le Zimbabwe de demain.
 

Anne Dolhein