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Sécurité routière à l’envers : en Angleterre, les « zones 30 » sont moins sûres : on y compte davantage de morts et de blessés graves

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La chose est contre-intuitive, sans doute, mais vérifiée par les faits : les statistiques de la sécurité routières recueillies dans plusieurs « zones 30 » en Angleterre font état de davantage de morts et de blessés graves dans bon nombre de ces parcours urbains où les voitures sont censées quasiment rouler au pas, soit à 20 milles par heure (environ 32 km/h). Mais la signalisation a été tellement coûteuse à installer que les conseils municipaux concernés refusent d’inverser la mesure – et tant pis pour ceux qui meurent ou qui sont handicapés à vie pour avoir été accidentés dans ces zones supposées sûres.
 
Pour le seul conseil de Bath et North East Somerset, la facture des modifications introduites il y a à peine 12 mois pour installer 13 « zones 30 » s’est élevée à 871.000 livres sterling, soit plus de 985.000 euros. Le nombre et la gravité des accidents a augmenté dans sept d’entre elles.
 

La sécurité routière diminue dans les « zones 30 »

 
Comment expliquer que ces coûteuses zones de limitation de vitesse soient associées à une sur-accidentalité ? Problème national d’ailleurs, constate le rapport d’évaluation des mesures de contrôle du trafic… On s’interroge. « Il n’y a pas d’explication simple à cette tendance négative mais il se pourrait que les habitants locaux considèrent la zone plus sûre du fait de la présence de limitations à 20 milles par heure et qu’ils font donc moins attention en marchant ou en traversant les rues, en se déplaçant à vélo ou en se déplaçant d’autres manières », suggère le rapport.
 
Il n’est pas question, notez bien, d’un défaut de respect de la limitation par les automobilistes : on peut donc supposer que le problème n’est pas là.
 
A Bath et North East Somerset on observe sobrement que rien ne semble justifier la poursuite du programme. Mais un conseiller conservateur, Patrick Anketell-Jones, fait remarquer que le coût du démantèlement et du remplacement des signalisations actuelles serait probablement tout aussi élevé que la somme déboursée pour les mettre en place. « Nous n’avons tout simplement pas cet argent. Je suis à peu près certain que les zones à 20 milles par heure vont rester en place à moyen terme. »
 
Tout au plus est-on disposé là-bas à ne plus multiplier ces zones puisqu’elle s’accompagne d’une hausse du nombre et de la gravité des accidents…
 

L’Angleterre compte ses morts et blessés graves dans les « zones 30 »

 
Mais pour cela, il faut que le bon sens puisse fonctionner. Dès 2010, le département du transport britannique publiait son évaluation des premières zones 30 introduites à Portsmouth, pionnière en la matière, et constatait la hausse du nombre des victimes précisément dans ces zones supposées sûres. Depuis lors, on n’a pas cessé d’en construire et c’est partout la même histoire… D’autant que le gouvernement britannique continue de recommander l’introduction de nouvelles zones de limitation par les autorités locales. La Société royale pour la prévention des accidents a publié le mois dernier un rapport annonçant au contraire une réduction du nombre des victimes dans ces zones – mais seulement là où on installe d’autres moyens pour « calmer la circulation ».
 
Loin de démanteler des zones 30, voici les autorités municipales britanniques encouragées à multiplier les obstacles pour les conducteurs : chicanes, passages alternés sur une seule voie de circulation dans les rues à double sens, ralentisseurs surélevés… Qui ont aussi pour effet d’exaspérer le conducteur.
 
Car qu’est-ce sinon l’art de créer des dangers – et polluants qui plus est – là où il n’y en avait pas ? On attend avec impatience la prochaine évaluation !
 

Anne Dolhein