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Finalement, les zones de non-droit existent bien en Allemagne – dixit Merkel

Zones non droit Merkel Allemagne
 
Comme c’est drôle. Le concept des « zones de non-droit » ou des « no-go zones » a toujours été considéré comme un fantasme d’extrême-droite, une marotte politique servant bien des intérêts anti-immigration et nourrissant une xénophobie qui n’a pas lieu d’être. Mais quand la réalité devient de plus en plus explosive, évidente, on finit par passer pour un idiot à défaut d’un humaniste et à l’approche d’échéances électorales, l’enjeu n’est pas anodin… il devient préférable de lâcher le morceau. C’est ce que Merkel vient de faire dans une interview à la chaîne de télévision RTL.
Le signe que les partis au pouvoir – en Allemagne comme ailleurs – vont devoir commencer à composer avec ces réalités, jusque là, tabous.
 

Les zones de non-droit : un outil xénophobe insidieux qui devient correct ?

 
Pour la première fois, donc, la chancelière et chef de la CDU, Angela Merkel, a concédé publiquement qu’il existait bel et bien des zones de non-droit outre-Rhin, et très naturellement, comme si elle l’avait toujours acté… Pourtant la déclaration était suffisamment nouvelle pour que toute la presse internationale la reprenne dans ses gros titres.
 
« Il a toujours été clair pour moi que la sécurité intérieure était un devoir d’Etat. L’Etat a le monopole du pouvoir et doit tout mettre en œuvre pour que les gens aient accès à cette sécurité dans chacun de leurs mouvements, dans chacune de leurs rencontres au sein de l’espace public ».
Elle a admis que l’arrivée sur le territoire de « tant de réfugiés » avait « soulevé de nombreuses questions ». Et que sur le domaine de la criminalité, elle visait une approche « zéro tolérance ». « Cela signifie, par exemple, qu’il y a des zones interdites … où personne n’ose y aller (…) Il faut les appeler par leur nom et faire quelque chose pour y remédier  ». Une question de « très, très grande urgence aujourd’hui »… !
 

Les derniers tabous : les liens entre insécurité, immigration et islamisme

 
Une déclaration largement saluée par le porte-parole du gouvernement hongrois, Zoltán Kovács, avec une once d’ironie cependant : le Premier ministre Viktor Orbán se fait tancer par la communauté internationale depuis des années pour de semblables affirmations, rapporte-t-il sur son blog.
 
A l’automne 2016, alors qu’il exprimait son opposition aux quotas obligatoires de réinstallation des migrants de l’UE et aux politiques qui continueraient à encourager l’immigration en Europe, le gouvernement hongrois avait effectivement eu le malheur d’évoquer ces « zones interdites » que l’on trouve dans certaines zones urbaines d’Europe occidentale. Ces zones habitées par un nombre important d’immigrants, souffrant de taux de criminalité notoirement élevés et où les autorités locales ne sont plus en mesure de maintenir l’ordre public et la sécurité….
 
Media et politiques s’étaient alors ligués pour réagir contre cette outrancière allégation qui osait faire le lien entre l’insécurité et l’immigration – car c’est là le tabou. Même la BCC qui avait pourtant réalisé elle-même un documentaire « No Go Britain », qui visait certaines parties de Londres « où les gens ont trop peur d’y aller, surtout la nuit », a déclaré que cette affirmation était « juste ridicule »… Dialectique toujours.
 

Merkel enfin d’accord avec l’AfD ?! Que ne ferait-on pas à l’approche des élections…

 
Mais on observera que Merkel n’est évidemment pas allée aussi loin qu’Orbàn. Le concept doit rester flou. Si elle a évoqué dans le même discours « migrants » et « criminalité », « zones de non-droit », elle n’a pas fait de lien franc. Et surtout elle n’a pas dit se situaient ces zones. Il faut échapper à la stigmatisation – toujours rester à un niveau en deçà de la réalité. Des journalistes ont bien tenté de tirer les verres du nez de plusieurs représentants du gouvernement – sans succès. On accepte de se mouiller mais pas trop.
 
Le parti eurosceptique anti-immigration AfD (Alternative pour l’Allemagne) s’en est gaussé, qui clame cette réalité haut et fort depuis sa création. Pas besoin d’être devin pour discerner les raisons électoralistes qui ont poussé Merkel à cette concession verbale, en vue d’un éventuel quatrième mandat. Selon un sondage publié par le quotidien allemand Bild, le 19 février dernier, l’AFD pèse désormais la moitié du parti conservateur en nombre de voix, au-dessus du parti social-démocrate : ce qui donne une idée de la température populaire à l’égard du problème « migrants ».
Le souci, c’est que c’est en grande partie Merkel elle-même qui a créé les conditions de cette insécurité grandissante… Pas sûr que sa « confession » emporte l’adhésion !
 

Londres, la capitale mondiale des attaques à l’acide

 
La police allemande, elle, le clame depuis bien longtemps. Dès 2011, Bernhard Witthaut, alors président de l’Union policière allemande, avait déclaré dans un entretien que certaines régions d’Allemagne, majoritairement composées d’une forte population immigrée, étaient devenues des zones interdites où la police craignait d’entrer. Le président du syndicat fédéral de la police allemande, Rainer Wendt, a évoqué à plusieurs reprises ces « zones sans police en Allemagne ».
 
Et le phénomène est bien évidemment européen. Fin décembre, The Sun rapportait que les livreurs londoniens avaient considérablement réduit leur temps de travail en soirée, dans de vastes zones de l’est, du nord et du sud de Londres, vantées comme « ethniquement diverses », en raison des trop fréquentes attaques au couteau et à l’acide… Et on ne dit rien de la banlieue de Rinkeby à Stockholm devenue « zone de guerre » selon le procureur général de la ville.
 
Si les libéraux alias Merkel se mettent à les dénoncer, même par motif électoral, c’est qu’on est rendu malheureusement bien loin.
 

Clémentine Jallais