On a beaucoup dit du pape François qu’il démantelait et dévaluait la fonction pontificale en mettant au rebut les signes et les symboles de sa grandeur. En quelques mois, sans faire de bruit, sans rien dire publiquement contre son prédécesseur, Léon XIV a usé d’une discrète vigueur pour détricoter les innovations de forme et de manière d’être qui ont marqué les douze années de pontificat de François, se coulant de nouveau dans les traditions que celui-ci avait semblé détruire, notamment sur le plan liturgique, mais pas seulement.
L’auteur du blog argentin El Caminante Wanderer en dresse sur X une liste jubilatoire, dont nous proposons la traduction ci-dessous, non sans son commentaire sur la substance et l’accident, où il montre que ce que l’on voit de l’extérieur en dit long sur le caractère substantiel d’une réalité. Tout le christianisme n’est-il pas l’histoire d’une incarnation, et, au fond, une adéquation entre les choses sensibles et ce qu’elles sont ou signifient ?
Les petites traditions vestimentaires, liturgiques et domestiques du pape Léon XIV
La laideur, la banalité renvoient vers une réalité qui n’est pas digne de l’homme, qui écrase ses aspirations ; il lui sied vivre dans une belle maison – petite ou grande – en harmonie avec la nature, plutôt que dans un clapier sans âme ; la cathédrale ou l’humble chapelle de campagne porte mieux sa prière qu’un cube de béton nu : que dire alors de la laideur et de la banalité quand on en affuble les choses de Dieu ?
El Caminante cite les soutanes blanches en étoffe ordinaire de François, qui laissait deviner son pantalon noir, alors que Léon se fait confectionner les siennes en « tissu digne ». Je me rappelle avoir remarqué dès la première fois où j’ai vu le pape Bergoglio sur la place Saint-Pierre, peu de temps après son élection, cette regrettable transparence. Elle ne pouvait rien augurer de bon.
Ce ne sont certes que des petits détails de la part du pape Léon, mais elles affirment deux choses : sa propre conscience de la nécessité de restaurer la fonction pontificale, et sa manière d’agir vis-à-vis du pape François, le contredisant en actes plutôt qu’avec des paroles frontales. Le jubilé 2025, largement réglé d’avance, s’achèvera à l’Epiphanie. Le nouveau pape aura les mains plus libres. Suivra-t-il le chemin dont il a déjà si largement changé le décor ? – J.S.
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Les petites traditions du pape Léon XIV
En seulement huit mois de pontificat, le pape Léon a rétabli 17 petites traditions qui avaient été abandonnées par François :
1. Léon XIV célèbre la messe avec dévotion et il est clair qu’il croit en ce qu’il célèbre.
2. Non seulement il la célèbre, mais il la chante, et en latin.
3. Il utilise de beaux ornements, à mille lieues du pauvre style « pauvriste » franciscain.
4. Il revêt la dalmatique sous la chasuble, comme le prévoit le rituel.
5. La croix et les sept chandeliers historiques ont fait leur retour sur l’autel de la Confession. Pour l’instant, ils sont placés en oblique, mais je présume qu’ils occuperont bientôt le centre de l’autel.
6. La « messe de minuit » a de nouveau été célébrée à 22 heures, comme au cours des dernières décennies, et non plus à 19 heures, heure absurde imposée par Bergoglio qui ôtait tout sens à la célébration.
7. Il a renoué avec la tradition de célébrer publiquement la messe du jour (de Noël), qui avait été abandonnée en 1993 (aurait-il également célébré la messe de l’aurore en privé ?).
8. Les quatre diacres assistants du pontife sont de retour.
9. Le pape porte une soutane confectionnée dans un tissu digne, qui n’est pas transparent comme celle de Bergoglio, et avec des surmanches.
10. Il porte à nouveau la ceinture ornée de l’écusson pontifical brodé.
11. Il porte, lorsque cela est requis, l’habit de chœur : rochet, mozette rouge et étole rouge brodée de son écusson.
12. Cette semaine, le trône en velours rouge et bois doré, orné des armoiries pontificales, a refait son apparition dans la salle Clémentine et dans la loggia de Saint-Pierre.
13. Il se rend chaque semaine à Castelgandolfo pour se reposer et faire du sport.
14. Il assiste aux concerts donnés en son honneur.
15. Il s’installera au Palais apostolique dès le début de l’année qui vient.
16. Il a rangé la Fiat 500 blanche de François dans quelque garage pontifical et utilise une voiture conforme à son rang.
17. Faisant fi des dispositions de son prédécesseur, il accorde volontiers le titre de « chapelain de Sa Sainteté » aux prêtres qu’il souhaite particulièrement distinguer.
Certains diront bêtement que c’est un « affront à l’intelligence » que de prêter attention à ces changements. D’autres diront qu’il ne s’agit que de changements cosmétiques, et ceux-ci ont raison. Mais le fait est que les traditions (avec un « t » minuscule) sont toujours cosmétiques, ce qui ne signifie pas qu’elles sont sans importance. En fait, ce sont elles qui révèlent les vérités et les mystères, tout comme les accidents révèlent la substance. Si l’on enlève à un éléphant la plupart de ses accidents (trompe, défenses, oreilles), on ne le reconnaîtra plus comme le pachyderme qu’il est. Il ne serait pas grave d’omettre certains des détails « superficiels » que nous avons énumérés ; ce qui pose problème, c’est qu’en les supprimant tous, on obscurcit la vérité catholique du pontificat romain.











