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L’effet François : un groupe de luthĂ©riens a reçu la communion au Vatican après une rencontre avec le pape

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Le Pape François avec la délégation luthérienne de Finlande, ici en janvier 2015.


 
A ceux qui se demandaient quelle pouvait ĂŞtre le sens prĂ©cis des paroles du pape François Ă  une femme luthĂ©rienne regrettant de ne pouvoir communier en mĂŞme temps que son mari catholique, le dernier Ă©pisode de ce feuilleton pourrait bien apporter un Ă©claircissement inquiĂ©tant. Un groupe de luthĂ©riens finlandais qui sortait d’une rencontre avec le pape François s’est vu proposer la communion eucharistique lors de la messe qui a Ă©tĂ© cĂ©lĂ©brĂ©e ensuite en leur prĂ©sence au Vatican, selon le journal finlandais Kotimaa 24.
 
Le geste semble avoir été dicté par une décision du pape François lui-même, même s’il n’assistait pas à cette célébration.
 
L’information a été répercutée en langue anglaise par LifeSiteNews sous la plume de Matthew Cullinan Hoffman.
 

Un groupe de luthériens reçu par le pape invités à communier à la messe catholique

 
Le groupe de luthériens faisait partie d’une délégation œcuménique composée de catholiques, d’orthodoxes et de luthériens qui se rendent chaque année à Rome pour la fête de l’évangélisateur de la Finlande, saint Henri d’Uppsala, mort au XIIe siècle.
 
Après une audience avec le pape, la dĂ©lĂ©gation a assistĂ© Ă  la cĂ©lĂ©bration de la messe catholique. Selon un Ă©vĂŞque luthĂ©rien qui Ă©tait prĂ©sent, les non catholiques se sont approchĂ©s de la communion avec la main droite sur l’épaule gauche – manière traditionnelle d’indiquer qu’ils ne pouvaient recevoir la communion sacramentelle – pour obtenir une simple bĂ©nĂ©diction. Ce sont les prĂŞtres cĂ©lĂ©brants qui ont insistĂ© pour leur donner l’hostie.
 
L’évĂŞque luthĂ©rien, Samuel Salmi, a indiquĂ© Ă  Kotimaa 24 qu’il avait acceptĂ© de recevoir la communion, ajoutant : Â« Ce n’était pas une coĂŻncidence Â», comme n’était pas une coĂŻncidence le fait que le pape a pu sembler accepter qu’une femme luthĂ©rienne puisse recevoir la communion aux cĂ´tĂ©s de son mari catholique lors des Ă©changes sur la question dans une paroisse luthĂ©rienne de Rome en novembre dernier. « Parlez au Seigneur, et allez de l’avant Â», avait dĂ©clarĂ© le pape François, insistant sur le fait que « la vie est plus grande que les explications et les interprĂ©tations Â».
 

Un « nouveau Vatican Â» saluĂ© par l’évĂŞque luthĂ©rien Salmi qui a acceptĂ© la communion

 
Pour l’évĂŞque Salmi, « il existe Ă  la racine de tout cela l’attitude Ĺ“cumĂ©nique d’un nouveau Vatican Â». « Le pape n’était pas prĂ©sent lors de cette messe, mais son intention stratĂ©gique est d’accomplir une mission d’amour et d’unitĂ©. Il y a aussi des adversaires thĂ©ologiques au Vatican, c’est la raison pour laquelle il est difficile de savoir combien il peut en dire, mais il peut autoriser des gestes pratiques Â», a-t-il prĂ©cisĂ©.
 
Le cardinal Sarah, en particulier, a qualifiĂ© d’« absurde Â» l’idĂ©e que les catholiques puissent donner la communion aux luthĂ©riens, ajoutant qu’à son sens l’« intercommunion Â» sur laquelle il Ă©tait interrogĂ© par Diane Montagna « encouragerait Ă  la profanation Â». « Nous ne pouvons pas faire cela. Ce n’est pas que je doive parler au Seigneur afin de savoir si je dois aller Ă  la communion. Non, je dois savoir si je suis en accord avec la règle de l’Église Â», disait-il quelques semaines après que le pape eut tenu ses propos Ă  la paroisse luthĂ©rienne.
 

Les gestes pratiques du pape François en faveur de l’intercommunion avec les luthériens

 
Le pape François aurait-il choisi la voie d’une « ouverture Â» discrète ? Lors de son allocution Ă  la dĂ©lĂ©gation finlandaise, il semble avoir Ă  tout le moins suggĂ©rĂ© que l’intercommunion soit envisageable, en dĂ©clarant :
 
« Nous pouvons remercier le Seigneur d’une manière spĂ©ciale pour les fruits du dialogue entre les luthĂ©riens et les catholiques. Je pense ici en particulier au document commun sur la Justification dans la vie de l’Eglise. En construisant sur ces fondations, votre dialogue accomplit des progrès pleins de promesses vers une comprĂ©hension partagĂ©e, au niveau sacramentel, de l’Eglise, de l’Eucharistie et du ministère. Ces pas en avant, accomplis ensemble, posent des bases solides pour une plus grande communion de vie dans la foi et sur le plan de la spiritualitĂ©, Ă  mesure que vos relations dĂ©veloppent un esprit de discussion sereine et de partage fraternel. (…) Dans notre dialogue, il existe encore des diffĂ©rences de doctrine et de pratique. Cela ne doit pas nous dĂ©courager, mais au contraire nous aiguillonner dans notre voyage vers une unitĂ© toujours plus grande, notamment en travaillant Ă  dĂ©passer les vieilles idĂ©es et les anciennes rĂ©ticences. Â»
 
Et il n’a pas manquĂ© de saluer particulièrement l’« Ă©vĂŞquesse Â» Ă  la tĂŞte des dĂ©lĂ©guĂ©s luthĂ©riens…
 
Si le pape n’a pas expressĂ©ment ordonnĂ© le « geste Â» en direction des luthĂ©riens racontĂ© par Samuel Salmi, on peut au moins dire qu’il l’a favorisĂ©. Et tel est le manque de prĂ©cision de son discours que rien n’empĂŞche de le croire. On ne trouve pas trace, en tout cas, d’une rĂ©primande qui aurait pu suivre la proposition de la communion aux luthĂ©riens en pleine citĂ© du Vatican…
 

L’effet François : en finir avec l’idĂ©e qu’on a « toujours fait ainsi Â»

 
A cela s’ajoute la dĂ©cision du pape de modifier les rubriques du rite ordinaire en autorisant les prĂŞtres Ă  laver les pieds de n’importe qui lors du lavement des pieds au cours de la messe du Jeudi Saint. Yves Daoudal observe sur son blog que cela est contraire « au symbolisme liturgique du rite Â» et « Ă  la sainte Ecriture Â».
 
Le dĂ©cret a Ă©tĂ© promulguĂ© par le cardinal Sarah – contraint Ă  se soumettre et en quelque sorte puni pour ses propos critiques, notamment sur la communion aux luthĂ©riens ? Daoudal commente : « Si j’étais le cardinal Sarah, j’aurais dĂ©missionnĂ©. Mais je ne suis pas le cardinal Sarah, et sans doute que “ça ne se fait pas”. Â»
 
Alors que les rumeurs sur le caractère autocratique et irascible du pape François deviennent plus précises – il aurait devant plusieurs témoins réagi avec une extrême violence à la nouvelle de la fameuse lettre des treize cardinaux mettant en cause l’organisation du synode ordinaire sur la famille – la réticence des uns et des autres à évoquer tout cela peut témoigner aussi bien de la peur de retours de bâton que d’une volonté de ne pas augmenter la confusion parmi les fidèles.
 
Quoi qu’il en soit, l’homĂ©lie de Sainte-Marthe accusant de « pĂ©chĂ© Â» et d’« idolâtrie Â» ceux qui s’abritent derrière les mots « on a toujours fait ainsi Â» reçoivent de plus en plus d’illustrations concrètes. Le pape est en tout cas allĂ© jusqu’à dĂ©cider par dĂ©cret que l’on pouvait faire autrement que le Christ le soir oĂą Il s’est immolĂ© pour nous.
 

Anne Dolhein