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SCIENCE-FICTION
La Planète des Singes : Suprématie •

 
La Planète des Singes : Suprématie forme le troisième opus d’une nouvelle série de films sur le thème de la conquête de la Terre par des grands singes – chimpanzés, orang-outangs, gorilles – qui, après un temps de lutte, supplanteraient les hommes. Ces grands singes sont des mutants comportant des gènes humains ; de telles chimères sont envisageables sinon dès maintenant, du moins dans un futur proche. Ce thème de La Planète des Singes a été inventé dans les années 1950 par un romancier français célèbre en son temps, Pierre Boule ; il s’agissait fondamentalement, morale explicitée dans la postface peu lue et comprise, d’une parabole invitant à se méfier de la paresse intellectuelle frappant l’Homme dans les sociétés modernes ; ce cri d’alarme reste plus que jamais d’actualité. Le sens en a été détourné par une première série de films américains très célèbres dans les années 1960, jouant sur le côté spectaculaire du premier degré – des hommes traités en animaux domestiques ou nuisibles par des singes – et comprenant un autre message d’avertissement, dans l’air du temps d’alors, contre le risque de guerre nucléaire. Les nouveaux films s’inscrivent dans la filiation explicite de ces films précédents et très peu, voire pas du tout, du roman d’origine.
 
La Planète des Singes : Suprématie peut tromper par son titre : les singes établissent-ils leur suprématie sur les hommes, lors des guerres menées entre singes et hommes – et déclenchées dans l’épisode précédent ? Non pas encore, à moins, et c’est très gênant, qu’il ne s’agisse d’une forme de suprématie morale. Les singes se montrent non seulement intelligents, autant voire davantage que les humains, mais ils font preuve de capacités spécifiquement humaines comme l’attention, la compassion, la générosité. Au contraire les humains sont odieux, très violents, se massacrent aussi entre eux et développent un comportement très proche de celui des chimpanzés d’aujourd’hui.
 

La Planète des Singes : Suprématie, une approche très négative des humains, peut-être pas innocente

 
Le film, sur le plan purement esthétique ou narratif, est réussi. Il se rapproche largement du western, avec ses codes, ses personnages tranchés, sa structuration du récit autour d’une idée de vengeance, et la présence de cavaliers – même s’il s’agit de singes à cheval – et de mules portant des charges. César, le chef des singes, se comporte en une sorte de nouveau Moïse ou Josué, chef de son peuple ; il doit faire passer le salut de ce dernier avant ses désirs personnels. A l’inverse, le colonel commandant la principale force humaine visible dans le film tient du cliché de l’officier supérieur charismatique, autoritaire, et pathologique ; dans ce rôle caricatural limité, il est plutôt bien interprété du reste. Les allusions en soi peu fines aux camps d’extermination des années 1940 vus par Hollywood, exercice ô combien périlleux, sont formellement maîtrisées.
 
La Planète des Singes : Suprématie, spectacle réussi, nous a semblé douteux par son approche très négative des humains, ce qui, à notre époque d’un écologisme radical antihumain, n’est peut-être pas innocent.
 

Hector JOVIEN

 
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