Deepwater Horizon : sept ans après la marée noire, BP a payé très cher mais les bactéries ont tout absorbé…

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Le scientifique de Berkeley Lab, Gary Anderson, a mené une étude qui a identifié toutes les principales bactéries dégradant l’huile dans le déversement de pétrole Deepwater Horizon 2010.


 
C’était le 20 avril 2010, voici plus de sept ans. Dans la mer du Mexique, à 100 km des côtes de la Louisiane, une explosion suivie d’un gigantesque incendie survient dans l’installation de forage de la plate-forme pétrolière « Deepwater Horizon » de British Petroleum (BP). Onze salariés y laissent leur vie, dix-sept autres sont blessés. La catastrophe entraîne une gigantesque fuite de pétrole d’un volume final estimé de 4,9 millions de barils soit 780 millions de litres. La fuite, même réduite, perdurera jusqu’à 2012, causant une émotion mondiale et entraînant la condamnation de BP à des amendes atteignant 18,7 milliards de dollars, compte non tenu d’autres pénalités, à la suite de l’accord judiciaire le plus coûteux de l’histoire des entreprises en Amérique.
 

Le chercheur Gary Anderson découvre la voracité des bactéries dégradant les hydrocarbures

 
Dans la foulée, un débat s’ouvrit sur les techniques qui permettraient de venir à bout de cette gigantesque pollution aux hydrocarbures, touchant la faune, la flore et les côtes. Aujourd’hui, à la surprise générale, la technologie qui s’est avérée la meilleure paraît être… la nature elle-même. Car les nappes d’hydrocarbures répandues après la catastrophe ont largement disparu d’elles-mêmes. Leur absorption par des bactéries paraît en être l’explication.
 
Le chercheur Gary Anderson, spécialiste de la flore microbienne naturelle au laboratoire national du Département de l’énergie à Berkeley, rapporte ce miracle naturel dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Son article analyse le fonctionnement des « dégradeurs d’hydrocarbures » à la lumière d’une simulation des conséquences des fuites de Deepwater Horizon. « Nous avons reproduit en laboratoire les conditions de la marée noire du Golfe du Mexique et sommes parvenus à comprendre les mécanismes de dégradation de l’huile mis en œuvre par la principale bactérie dégradant le pétrole identifiée sur le terrain », explique-t-il.
 

Les dispersants permettent la formation de petites boules, favorisant l’action des bactéries

 
La principale conclusion de l’étude est d’avoir démontré d’importance de la mise en œuvre de dispersants qui entraînent la formation de flocons ou petites boules, permettant d’empêcher la plus grande masse du pétrole de remonter à la surface. Gary Anderson explique : « Les microbes existant naturellement dans les profondeurs ont pour spécialité de prospérer en absorbant certains composants du pétrole. Les petites boules de pétroles leur ont ainsi offert une surface importante leur permettant d’avaler les hydrocarbures ».
 
Il est désormais possible aux spécialistes d’identifier les organismes qui ont la capacité de dégrader naturellement les hydrocarbures et de les utiliser si des fuites surviennent dans d’autres régions. Ils peuvent calculer « le taux de dégradation des huiles répandues pour estimer le temps nécessaire pour qu’elles soient absorbées dans les profondeurs », juge Anderson. Pour autant, il reste à établir si ces microbes existent sous d’autres climats, par exemple celui de l’Alaska. Le Golfe du Mexique, lui, abrite l’une des concentrations les plus importantes de perspiration naturelle d’hydrocarbures et il est établi que ce phénomène a facilité la sélection naturelle des bactéries qui s’en nourrissent. Anderson explique : « Notre souhait le plus ardent est bien sûr qu’il ne survienne plus aucune fuite de pétrole dans l’avenir. Mais puisque nous avons la possibilité de manipuler les conditions en laboratoire, nous pourrions désormais développer de nouvelles connaissances pour réduire leur impact ».
 

Contre la marée noire « Deepwater Horizon », les bactéries ont fait leur travail

 
S’il est établi que les géants de l’énergie, comme BP, doivent être tenus pour responsables de leurs négligences, il est aussi certain que toute extraction d’énergie – et tout usage – sont potentiellement dangereux. Pour autant, ceux qui ont profité du drame de Deepwater Horizon pour stigmatiser le secteur privé tout en désignant l’Etat comme le grand sauveteur cachent mal leur objectif : celui d’une nationalisation, c’est-à-dire celui d’une économie socialiste. On connaît pourtant la suite : Tchernobyl est dans toutes les têtes, de même que les désastres environnementaux découverts à travers toute la Russie après la chute de l’URSS. Le président américain Warren Harding déclarait en 1920 : « Toutes les maladies humaines ne peuvent être guéries par des lois ». Les milliers d’accidents de la route doivent-ils entraîner la condamnation des constructeurs d’automobiles ?
 

Au total, la catastrophe a coûté 42,2 milliards de dollars à BP et ses associés, un prix très politique

 
Notons que dans le cas particulier de Deepwater Horizons le président Obama, plutôt que de laisser la justice travailler sereinement et éventuellement condamner BP et son partenaire Halliburton – qui se renvoyaient les responsabilités – a créé de toutes pièces une « commission d’enquête présidentielle ». Accompagnée par une opinion publique logiquement très remontée contre BP, cette décision a probablement beaucoup aidé Obama à être réélu en 2012.
 
Au total, les amendes civiles et pénales, auxquelles il faut ajouter les abondements à un fonds spécial, ont coûté aux compagnies quelque 42,2 milliards de dollars. S’il est évident que BP et ses entreprises contractantes sont coupables du désastre, certains jugent que la somme de 42,2 milliards de dollars est un peu exagérée. Et surtout très politique. Heureusement que Dieu a créé les bactéries dévoreuses de pétrole pour réparer les erreurs humaines.
 

Matthieu Lenoir