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Changer l’homme pour réduire ses émissions de CO2 !

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Le Journal de l’environnement – une publication de la revue professionnelle Usine nouvelle, peu suspecte de complotisme – publie un article revigorant signé Valéry Laramée de Tannenberg qui s’étonne et s’indigne devant les propositions du directeur du programme de bioéthique de l’université de New York. Puisque l’homme ne veut pas réduire ses émissions de CO2, changeons-le ! affirme en substance le chercheur américain. Son article est déjà ancien – à l’aune du XXIe siècle : sa publication remonte à mars 2012 et a fait l’objet d’une interview dans The Atlantic quelques jours plus tôt. Le journaliste du Journal de l’environnement vient semble-t-il de le découvrir. Il a raison de le sortir des archives : qu’une telle pensée puisse sérieusement s’exprimer mérite d’être souligné, même trois ans plus tard.
 
Les élucubrations des bioéthiciens sont en effet souvent choquantes et paraissent bien éloignées de la réalité. Pour autant il ne faut pas les balayer comme telles : leurs analyses et leurs propositions peuvent bien finir par se retrouver dans les lois et dans les points de vue véhiculés par les médias. Un seul exemple ? L’idée que l’humanité d’un enfant à naître est fonction du désir d’enfant de ses parents est une absurdité. Mais cette affirmation, dégagée par des bioéthiciens il y a plusieurs décennies, régit aujourd’hui le droit de bien des pays occidentaux et justifie aussi bien l’avortement que la fécondation in vitro et la destruction des embryons surnuméraires. Elle régit les lois bioéthiques en France.
 

Changer l’homme : un rêve de bioéthicien

 
Autre précision : la bioéthique n’est pas une discipline qui entend connaître et imposer une éthique de respect de la vie humaine comme on pourrait le croire. Elle vise au contraire à imposer des pratiques au service de « la vie » au sens global : la vie comme abstraction, comme somme des espèces qu’il faut défendre contre l’homme notamment. La bioéthique joue ainsi son rôle de promotion d’un respect de la nature comme quasi divinité, qui passe notamment par la négation de la spécificité de la nature humaine : l’être humain y est un animal comme les autres – ou plus nuisible que les autres.
 
Valéry Laramée de Tannenberg, journaliste spécialisé des affaires d’environnement et de « changement climatique » rapporte ainsi les propositions de Matthew Liao pour la « décarbonisation ». La lutte contre le CO2 n’est pas ce qui choque le journaliste, mais la manière.
 
« Pour abaisser les émissions anthropiques, il faut réduire les besoins énergétiques de l’humanité. A la base. Cela ne signifie pas, comme certains pourraient le croire, lui interdire de faire son feu dans la cheminée. C’est bien pire. Matthew Liao se veut l’apôtre de l’ingénierie humaine. En compagnie du chercheur en informatique Anders Sandberg et de la philosophe Rebecca Roache (université d’Oxford), le New-yorkais préconise ni plus ni moins d’adapter, physiquement, l’espèce humaine aux changements climatiques », explique le Journal de l’environnement.
 

Arrêter la viande par patch interposé pour réduire les émissions de CO2

 
« Fils spirituel de Frankenstein et d’Orlan », Liao ? Le journaliste ne craint pas de l’écrire (on le devine amateur de côtes de bœuf au grill) : pour réduire la consommation de viande, le bioéthicien propose d’additionner vos steaks d’un « puissant vomitif » (en fait, une substance qui susciterait de la « nausée légère », dans le texte anglais, mais le journaliste a dû avoir un haut-le-cœur devant l’horreur du procédé). Cet additif pourrait être choisi « volontairement » par les consommateurs qui ont du mal à renoncer à la viande. Mais on pourrait aussi modifier le système immunitaire de l’homme pour le rendre intolérant aux protéines animales par le jeu d’un patch. L’élevage représente, selon l’ONU, 18% des émissions de gaz à effets de serre, rappelle le bioéthicien. Il assure que des laboratoires pharmaceutiques pourraient s’intéresser à la question.
 
Pour réduire les émissions de CO2, la solution n’est pas dans les accords internationaux – ils s’avèrent inefficace faute de mise en œuvre – ni dans la taxation du carbone, « insuffisante » selon Liao. La géo-ingénierie est « trop risquée » ; la fertilisation de l’océan avec du fer pour augmenter la quantité de plancton, gros consommateur de CO2, serait « problématique » : cela menacerait les poissons.
 

Au nom du changement climatique et de la longévité des tapis : changer la taille de l’homme

 
Matthew Liao rêve aussi de voir l’homme diminuer de taille pour réduire sa consommation alimentaire. Plus l’homme est grand et lourd, plus il consomme d’énergie, plus il faut de tissu pour le vêtir (tout le monde ne peut pas se contenter d’une minijupe), et il use chaussures et moquettes bien plus vite qu’un autre. L’empreinte écologique, selon Liao, est en rapport avec les empreintes tout court : on pourrait imaginer une sélection par diagnostic pré-implantatoire pour privilégier la naissance de petits hommes. Les « traitements hormonaux » permettraient aussi de stopper la croissance ; des traitements génétiques pourraient privilégier l’expression des gènes du père ou de la mère, si l’un ou l’autre est plus petit ou plus léger.
 
Et cela ne poserait aucun problème éthique s’il s’agissait de simple sélection, assure le bioéthicien : la modification génétique, elle, pouvant éventuellement se justifier eu égard au problème du changement climatique qu’il faut résoudre pour tous et au bénéfice de chacun.
 
Pour éviter de mettre en œuvre une politique de l’enfant unique, Liao propose même d’allouer des crédits carbone aux familles afin qu’elles puissent choisir entre deux enfants de taille moyenne ou trois petits – voire un seul enfant si les parents rêvent de donner naissance à un champion de basketball.
 
On comprend l’étonnement du Journal de l’environnement. Bien sûr, le journaliste ne va pas jusqu’à mettre en cause tout le discours sur l’écologie, le changement climatique et la réduction des émissions de CO2 : ce serait trop demander. Mais enfin il perçoit le caractère totalitaire, dangereux et ahurissant des idées charriées au nom de la planète. La publicité qu’il leur donne est salutaire.