Bombe atomique en Corée du Nord : à quoi sert l’arme nucléaire de Kim Jong-un ?

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La Corée du Nord vient de procéder à un essai nucléaire interdit. Bombe A ou bombe H ? Les experts en disputent mais la condamnation internationale est unanime, Chine comprise. La bombe atomique de Kim Jong-un est l’objet d’un consensus mondial. C’est à ça qu’elle sert.
 
Le monde n’est pas content. Kim Jong-un, le dictateur sanglant de Corée du Nord a encore fait des siennes. Mardi dernier il lançait un missile par-dessus le Japon, hier, il tirait une bombe atomique souterraine. La communauté internationale est horrifiée. Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU a jugé la chose « profondément déstabilisante », le premier ministre japonais Shinzo Abe « absolument inacceptable », la Chine elle-même a « condamné vigoureusement » ces « mauvaises initiatives » de son alliée et l’a invité à ne pas les renouveler. Le plus modéré fut Vladimir Poutine, qui, s’adressant implicitement aux Etats-Unis estime que la crise doit se résoudre exclusivement « par des moyens politiques et diplomatiques », mais il n’en approuve pas Kim Jong-un pour autant.
 

Même la Chine condamne la Corée du Nord et Kim Jong-un

 
Mais en quoi consistent les « mauvaises initiatives » au juste ? Une bombe atomique a explosé sur le site de Punggye-ri en Corée du Nord. Selon diverses sources, dont le sismographe de l’US Geological Survey, l’explosion serait entre cinq et dix fois plus forte que lors du précédent essai nord-coréen, soit sensiblement plus puissante que la bombe d’Hiroshima mais du même ordre. Kim Jong-un et les autorités de Corée du Nord affirment qu’il s’agit d’une bombe H, thermonucléaire, fonctionnant par la fusion des noyaux. Cela n’a rien de sûr. Il peut s’agir d’une forte bombe A, fonctionnant par la fission du noyau. Quoi qu’il en soit de sa puissance, on ignore tout de sa taille. Est-elle miniaturisée au point de pouvoir être embarqué sur un missile balistique ? On ne sait pas. La Corée du Nord a des bombes, elle a des missiles : peut-elle équiper ses missiles de ses bombes et les lancer ? C’est ce qu’elle a voulu faire croire en rapprochant un tir de missile et un essai nucléaire, mais rien ne le prouve.
 

Nul n’a empêché la Corée du Nord d’avoir sa bombe atomique

 
L’histoire de Kim Jong-un et de l’arme atomique de la Corée du Nord laisse perplexe. Certains amis du régime, comme Alain Soral, affirment que ce sont les Etats-Unis et leurs alliés, qui, par leur arsenal et leurs manœuvres dans la région, ont un comportement agressif. Ils assurent qu’il fait bon vivre en Corée du Nord, que les médias occidentaux caricaturent le pays et son dirigeant.
D’autres s’étonnent au contraire qu’y règne une dynastie de dictateurs communistes indéboulonnés, et s’inquiètent du traitement préférentiel que lui accordent les Etats-Unis. Alors que le soupçon de vouloir se procurer l’arme nucléaire a suffit à rayer Saddam Hussein de la carte du monde et forcé l’Iran à se soumettre, la communauté internationale a laissé croître et prospérer le nucléaire de Corée du Nord. Sans doute a-t-elle pris des sanctions depuis 2006, gel d’avoirs et restrictions de déplacements de proches du pouvoir, et sans doute Merkel et Macron proposent-ils d’aggraver ces sanctions, mais il faut bien reconnaître qu’elles n’ont pas empêché Kim Jong-un d’aller de l’avant.
 

Pourquoi Kim Jong-un veut-il l’arme nucléaire ?

 
De sorte que, de même que la force nucléaire de Corée du Nord peut fort bien être de carton-pâte, de même les sanctions et les condamnations contre Kim Jong-un ressemblent-elles à du théâtre. Sans doute, par exemple, Donald Trump menace-t-il son adversaire « du feu et de la colère », sans doute estime-t-il, péremptoire, que la Corée du Nord « ne comprend qu’une chose », et se fait-il présenter par ses militaires toutes « les options », mais, quand on lui demande de préciser ses intentions, il répond fort sagement : « On verra ».
 
Et Kim Jong-un, que veut-il ? Il existe huit puissances nucléaires, Etats-Unis, Russie, Grande Bretagne, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël. Veut-il que la Corée du Nord soit la neuvième ? Pour quoi faire ? Et si même il voulait l’être, croit-on que la Chine sa voisine ou la Russie proche, le souhaiterait plus que les Etats-Unis ? Tout cela ressemble donc à de la gesticulation pour arriver à un résultat « politique et diplomatique ».
 

Les faucons et la bombe atomique

 
Ce résultat est multiple, car il faut que tous les acteurs et les spectateurs y trouvent leur compte. Donald Trump, par exemple : très contesté sur sa gauche, il lui faut satisfaire son opinion chauvine pour retaper son image, un peu comme George W. Bush, en chute libre avant le 11 septembre 2001, fut promu en quelques jours héros de l’Amérique et de l’Occident. En promettant de faire plier la Corée du Nord, Trump entend redorer son propre blason en même temps que celui de l’Amérique et montrer au monde que la puissance impériale américaine est encore efficace.
 
En même temps, les médias ont monté en épingle le côté matamore, agressif et imprévisible des tweets de Trump, qui répond aux vœux de certains militaires américains et fait pendant aux rodomontades paléo-staliniennes de Kim Jong-un. Le message n’est pas difficile à décoder : les faucons des deux bords sont une menace pour la paix. Et Trump ne rachètera son péché originel de violence qu’en échappant à ses extrémistes, il ne profitera de l’effet 11 septembre qu’en étant le prince de la Paix, à l’inverse de George W Bush qui fut le prince de la guerre.
 

Seul le Nouvel Ordre Mondial peut maîtriser le danger nucléaire

 
Tel est le sens du conseil de Vladimir Poutine, il faut une solution « politique et diplomatique ». Ici, Poutine, qui tient ordinairement le rôle du méchant, tient celui du gentil, avec l’ONU et son secrétaire général. C’est pour montrer que l’heure est grave, et que tous les hommes d’expérience, même ceux à qui l’opinion occidentale demande d’ordinaire des comptes, sont bienvenus lorsqu’il s’agit de sauver la paix.
 
Cette unanimité nécessaire est le but ultime des gesticulations autour de la Corée du Nord. Le « fou » Kim Jong-un est un ennemi idéal pour l’humanité réunie. Et l’arme nucléaire, dont on connaît les effets dévastateurs, dont la propagande répète depuis soixante-dix ans qu’elle ruinera définitivement l’humanité et la terre sur laquelle elle vit, a pour effet de réunir toutes les opinions publiques dans la peur. Elle leur fait souhaiter l’intervention d’un pouvoir supérieur à celui des chauvins fous, un pouvoir neutre à qui participent tous les hommes, limitant la souveraineté des nations : Kim Jong-un, Trump et les autres travaillent, non pour le roi de Prusse, mais pour la « gouvernance globale ».
 

Pauline Mille

 

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La bombe H, utilisant la fusion nucléaire, plus puissante que toute bombe atomique ordinaire