Conférence catholique : pour l’écoféminisme, “Laudato si’” ne laisse pas assez de place aux femmes, victimes d’exploitation tout comme la planète

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Ivone Gebara


 
L’écologie était au centre de la convention annuelle de la Catholic Theological Society of America (Association théologique catholique d’Amérique) qui s’est tenue du 8 au 11 juin à Albuquerque, au Nouveau Mexique. Et on a enfin trouvé une écologiste critique envers Laudato si’, l’encyclique « écologique » du pape François : sœur Anne Clifford, l’un des quatre intervenants principaux lors de la convention estime que le texte ne fait pas assez de place à l’« écoféminisme ». Pour elle, l’exploitation des femmes est à rapprocher de celle de la planète et l’on ne peut parler de l’une sans l’autre.
 
La religieuse, coupe moderne, rouge à lèvres et boucles d’oreilles, est intervenue en plénière samedi matin pour saluer l’encyclique sur laquelle elle travaille en tant que professeur et chercheuse à l’université d’Etat de l’Iowa. Mais elle lui reproche son approche peu féministe. Elle a également regretté que Laudato si’ cite si peu de femmes.
 

Les femmes sont victimes d’exploitation comme la planète : écologie et féminisme main dans la main

 
L’encyclique « ignore le rôle joué par les schémas sociétaux du genre dans la consommation des ressources de la Terre », a-t-elle dénoncé. Elle affirme que les femmes ont « 14 fois plus de risque » de mourir lors de désastres écologiques que les hommes : ce fut le cas lors du tremblement de terre dans l’océan Indien en 2004 et le tsunami au Bangladesh, a-t-elle expliqué. Cela vous paraît bizarre ? C’est ce que rapporte Heidi Schlumpf du très progressiste National Catholic Reporter, mais soit sœur Anne divague, ou elle a mal entendu. Il s’agit bien du désastreux tsunami de la Noël 2004 mais selon Oxfam International, la surmortalité des femmes aurait alors été de « jusqu’à quatre fois » celle des hommes. Parce que les hommes étaient à la pêche, parce que les femmes attendaient leur retour sur les plages, parce que l’habillement « genré » et leurs longs cheveux les ont empêchées de bouger vite, dit Oxfam… On est prié de ne pas penser aux hommes qui les siècles sont morts en mer. Ni de faire de mauvais esprit sur le surnombre de touristes masculins en vacances. Ni de s’interroger sur la tendance de la religieuse à prendre la partie pour le tout en extrapolant des données sur une seule catastrophe dont le lien avec un prétendu « réchauffement » paraît difficile à affirmer, même à l’aune des « réchauffistes »…
 
De manière encore plus révélatrice, la sœur Anne Clifford a dénoncé le langage « maternel » de Laudato si’, puisqu’au début du document, le pape François cite le Cantique de Saint-François. On pourrait croire que cette religieuse féministe reproche au pape de confiner les femmes à leur maternité à travers l’évocation de la « Terre Mère ». Mais non. Si l’expression est déjà en soi passablement panthéiste, cela ne suffit pas à sœur Anne qui a souligné que ce langage comporte un « côté ombre », en ce qu’il est trop « lesté par le dualisme matière-esprit ». Sic.
 

Une conférence catholique critique Laudato si’ au nom de l’écoféminisme

 
Laudato si’ donne certes la parole à Marie (« mère de Jésus » précise l’article du NCR) et à sainte Thérèse de Lisieux, mais elles ont toute deux vécu bien avant les inquiétudes écologiques, a souligné la religieuse. Elle aurait bien vu des féministes contemporaines mises à l’honneur.
 
Par exemple : Ivone Gebara, 72 ans, théologienne de la libération et écoféministe du Brésil, religieuse formée à l’université catholique de Louvain. Elle fut l’une des premières enseignantes à l’Institut théologique de Recife fondée par Helder Camara. Son enseignement fut explicitement condamné par le Vatican en 1990 qui la contraignit au silence pendant deux ans en raison d’un article favorable à l’avortement publié au Brésil au cours des années 1990. Elle continue d’affirmer sa volonté de « déconstruire » les vérités enseignées par l’Eglise.
 
Par exemple, encore : la Kényane prix Nobel de la paix Wangari Muta Maathai, militante écologiste et biologiste, membre honoraire du Club de Rome (le club malthusien qui dénonce la surpopulation mondiale) et fondatrice du mouvement de la Ceinture verte voué à planter des arbres au Kenya.
 
Oui, vous avez bien lu, il s’agissait d’un congrès de théologie catholique…
 

Jeanne Smits