La fleuriste chrétienne perd contre un couple gay devant la Cour suprême de l’Etat de Washington

Fleuriste chrétienne gay Cour

Barronelle Stutzman


 
Barronelle Stutzman, fleuriste chrétienne, avait refusé de fournir un mariage gay : la Cour suprême de l’Etat de Washington a jugé, jeudi, que les croyances religieuses ne peuvent en aucun cas servir d’alibi pour discriminer des couples de même sexe.
 
Jugement biaisé car elle n’a jamais refusé de vendre des fleurs à des personnes à cause de leur orientation sexuelle : le couple gay était un client régulier, qu’elle connaissait bien. C’est très précisément la célébration de cet « hymen » qu’elle jugeait ne pouvoir soutenir par son art, étant contraire à ses opinions religieuses. Mais le Premier Amendement qui consacre la liberté d’opinion et de religion en Amérique, n’a décidément plus toute sa vigueur…
 
Pour l’avocate principale, cette affaire a pour but « d’écraser la dissidence » – la dissidence chrétienne en tout premier lieu. Que dira la Cour suprême des États-Unis ?
 

Une fleuriste chrétienne au cœur d’une campagne judiciaire

 
C’était la première fois que la loi de non-discrimination de l’Etat se retrouvait devant la Cour suprême du dit Etat. Et non seulement le tribunal a refusé de se prononcer contre l’ordonnance de la juge de première instance qui avait condamné la fleuriste Barronelle Stutzman, en 2015, à payer 1001 $ pour avoir refusé de fournir des fleurs à Robert Ingersoll et Curt Freed, mais le tribunal des neuf membres s’est prononcé à l’unanimité pour le couple gay.
 
« Il faut avoir peur », a déclaré la fleuriste de Richland !
 
L’affaire remonte à 2013, quand cette septuagénaire, mère de huit enfants, refusa à un client régulier, bien connu et même ami, de composer les bouquets de son mariage, parce que c’était un mariage gay et que c’était là une ligne rouge pour ses croyances religieuses, sa foi chrétienne – une ligne rouge qu’elle ne pouvait pas traverser.
 
Malgré une demande du procureur général de l’Etat, elle avait persisté dans cette opposition et s’était vue poursuivre par l’« American Civil Liberties Union » et l’État de Washington qui lui avait ordonné de payer une amende et des frais juridiques.
 

Les gays : « l’idée d’une classe entièrement protégée »

 
La Cour suprême de l’État de Washington a déclaré, jeudi, dans son jugement que Barronelle Stutzman avait violé la loi anti-discrimination de l’État et la loi sur la protection du consommateur en refusant de fournir des services basés sur l’orientation sexuelle.
 
La fleuriste avait reconnu lors de sa déposition que fournir les fleurs pour un mariage entre musulmans ne constituerait pas nécessairement un cautionnement de l’islam, ou un cautionnement de l’athéisme dans le cas d’un couple athée : pour un couple homosexuel, ce doit être la même chose, a déclaré la Cour – on savait bien que l’homosexualité était une religion de combat…
 
La fleuriste et ses avocats avaient pourtant été jusqu’à invoquer la composition florale comme une « expression artistique » qui pouvait la distinguer d’un simple commerce. Mais les juges ont rejeté cet argument. Selon un expert juridique à l’Université de Washington, cette reconnaissance complète et surtout unanime des droits des couples homosexuels établit fermement l’idée d’une classe entièrement protégée, « tout comme la race, tout comme la religion. »
 

« Écraser la dissidence » – que dira la Cour suprême des Etats-Unis ?

 
Pour l’avocate principale du groupe « Alliance Defending Freedom », qui a soutenu l’affaire devant la Cour suprême de Washington, on veut clairement « écraser la dissidence » : « La liberté de parole et de religion n’est pas soumise au caprice d’une majorité, ce sont des garanties constitutionnelles ». Il est largement temps de « protéger la liberté religieuse » a déclaré le chef du « Family Research Council » : le respect des croyances, la liberté la plus fondamentale garantie par la Constitution, n’est plus observé…
 
Pour y prétendre, cette fleuriste a tout perdu – les frais juridiques de l’affaire pourraient atteindre in fine deux millions de dollars. Elle compte à présent plaider sa cause – et celle de tous les Américains – devant la Cour suprême des États-Unis. En espérant que le neuvième juge fraîchement nommé par Trump, le conservateur Neil Gorsuch, défenseur de la liberté religieuse, soit à temps confirmé par le Sénat.
 
D’autres cas attendent un verdict semblable comme ce couple de boulangers qui refusèrent en 2014 de réaliser un gâteau de mariage pour des lesbiennes et s’étaient vus condamnés par l’Etat de l’Oregon. Le photographe Elane Photography s’était vu, lui, éconduire en 2013 par l’instance suprême, qui n’avait pas voulu entendre sa demande.
 

Clémentine Jallais