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CONTE K.O. ♥

 
K.O. est un étrange film français qui, malgré un ancrage apparemment réaliste, au moins pour l’essentiel, dans l’univers particulier d’une chaîne de télévision très fortement inspirée de Canal+, relève du conte. Ainsi, K.O. débute comme un film réaliste, avec la journée du directeur des programmes. Il se montre un patron peu aimable avec le personnel, même souvent dur. Mais il n’est pas pour autant absolument excessif ou peu crédible de ce fait, car lorsqu’il envisage par exemple de renvoyer un employé, ce n’est pas gratuitement ou sur un prétexte léger, mais après une faute professionnelle manifeste. Il en résulte une grève sauvage – car le droit de grève est réglementé – en solidarité avec l’employé licencié. C’est alors que le directeur général humilie son directeur des programmes en le désavouant quasiment devant le personnel et ouvrant directement des négociations avec le représentant syndical. Ce directeur des programmes mène une vie mondaine active, ce qui se conçoit, car du fait de son métier il doit rencontrer les acteurs du monde du spectacle et du sport. Mais il néglige sa famille et en particulier sa fille, qui doit en principe résider chez lui les week-ends et les vacances scolaires et qu’il renvoie tout simplement et brutalement chez sa mère. Il n’est pas davantage affectueux envers sa deuxième épouse, qu’il humilie, même si ce n’est pas totalement sans motifs ; le dernier roman d’icelle contiendrait son portrait à charge, à peine camouflé.
 

K.O. : bien construit, une curiosité authentique sur les écrans

 
C’est alors que la vie de ce personnage peu sympathique bascule : il est victime d’un attentat. Il se réveille à l’hôpital quelques jours plus tard. Mais il se retrouve perdu dans un monde inversé. Il ne vit plus dans un hôtel particulier mais dans un petit appartement – ce qui n’est du reste pas si mal à Paris – et n’est plus du tout en haut de la hiérarchie de sa chaîne de télévision, mais tout en bas, avec le rôle de présentateur de la météo. Il doit commenter la carte – que d’ailleurs il ne voit pas, car elle est numérique – de manière humoristique, ou cherchant à l’être. Dans cette inversion générale, ses anciens subordonnés, hier très aimables, se montrent à leur tour face à lui des supérieurs peu commodes. Il découvre par contre des trésors de gentillesse et de solidarité en bas de la pyramide hiérarchique. Cette vision est certes un peu sommaire, mais il s’agit fondamentalement d’un conte.
 
K.O. est assurément singulier, et ne convaincra pas tous les spectateurs. Les scènes de combats de boxe, y compris de combats clandestins, sont pour le moins curieuses, d’un goût discutable et au sens peu évident. On regrettera aussi certaines scènes de débauche, tristement inévitables dans les films français d’aujourd’hui. Elles réservent le film à un public d’adultes avertis.
 
Malgré tout, nous avons trouvé K.O. bien construit. Son originalité en fait une curiosité authentique sur les écrans.
 

Hector JOVIEN

 
KO Conte Film