Le pape François participera à la cérémonie de lancement de l’anniversaire de la Réforme de Luther, en Suède

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Le Pape François avec la reine de Suède et sa petite-fille le 27 avril 2015.


 
Improbable ? Et pourtant… Le 31 octobre prochain, le pape François sera le témoin volontaire et participatif des premiers frémissements du 500e anniversaire de la Réforme de Martin Luther, aux côtés des protestants de Suède. 500e anniversaire qui sera célébré tout au long de l’année 2017 et s’inscrira largement dans le dialogue dit « luthéro-catholique ».
 
Celui qui fut l’un des plus grands hérésiarques de l’histoire catholique romaine et généra un des schismes les plus dramatiques, celui dont la doctrine fut officiellement condamnée par le pape Léon X, le 15 juin 1520, via la bulle Exsurge Domine, se voit de plus en plus porté au pinacle.
 

Le pape François à l’anniversaire de Luther

 
Un pays catholique ? Que nenni, la Suède n’en recèle plus qu’une minorité. C’est par et pour l’Eglise luthérienne que le pape François sera reçu, une Eglise qui plus est, très « démocratisée », dirigée depuis 2013 par une femme, Antje Jackelén, qui ordonne des femmes prêtres depuis 1960 et compte au moins deux « évêques » homosexuels revendiqués, dont l’« évêque » luthérienne et ouvertement lesbienne de Stockholm, Eva Brunne – celle qui a fait aussi enlever les crucifix et indiquer la direction de La Mecque dans une église qui devait accueillir des réfugiés…
 
A Lund il se rendra, pour célébrer une cérémonie conjointe entre l’Eglise catholique et la Fédération luthérienne mondiale (LWF) qui mettra en lumière « les développements œcuméniques solides entre catholiques et luthériens », en particulier depuis le concile Vatican II… L’annonce a été faite hier, 25 janvier, par la salle de presse du Saint-Siège.
 
« Je suis porté par l’intime conviction qu’en travaillant à la réconciliation entre luthériens et catholiques, nous travaillons pour la justice, la paix et la réconciliation dans un monde déchiré par les conflits », a affirmé le secrétaire général de la LWF, le révérend Martin Junge.
 
En avance sur son agenda, le pape a même « demandé pardon », lundi à Rome, « pour les comportements non évangéliques des catholiques à l’égard de chrétiens d’autres Eglises » – ce dont les protestants se sont bien gardés.
 

Un livret liturgique adapté…

 
La démarche œcuménique est qualifiée de « sans précédent » par l’AFP, car c’est la première fois qu’un pape co-célébrera une « liturgie » protestante. Sur la base d’un livret spécialement conçu pour l’occasion par la Fédération luthérienne mondiale et le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, intitulé « Prière commune ».
 
« La Prière Commune est un guide pratique à un acte de culte pour une commémoration commune catholique-luthérienne des 500 ans de la Réforme. Ses thèmes sont la gratitude, la repentance et l’engagement au témoignage commun. Son but est d’exprimer les bienfaits de la Réforme et de demander pardon pour la division perpétuée par les chrétiens des deux traditions. »
 
Ce que l’histoire dit moins, c’est que « Common prayer » est précisément le nom de la liturgie anglicane depuis la Réforme et que les catholiques n’ont, de fait, rien pu mettre d’autre dans ce livret que ce qui leur reste de commun avec les protestants…
 

« La Prière Commune » ou la repentance des catholiques ?

 
… et ce qu’ils « doivent », oui, « doivent », à Martin Luther ! Quelques extraits suffisent. La prière demande au Seigneur de « nous aider à nous réjouir dans les dons qui sont parvenus à l’Église par la Réforme, nous préparer à nous repentir pour les murs séparateurs que nous, et nos pères, avons construits, et nous équiper pour le témoignage commun et le service dans le monde ».
 
« Merci à toi, O Dieu pour toutes les connaissances théologiques et spirituelles que nous avons tous reçues par la Réforme. Grâce à toi pour les bonnes transformations et réformes qui ont été déclenchées par la Réforme ou par la lutte avec ses défis. Grâce à toi pour la proclamation de l’Évangile qui eut lieu pendant la Réforme et qui depuis a fortifié des personnes sans nombre à vivre des vies de foi en Jésus Christ. »
 
« Le voyage œcuménique permet aux luthériens et aux catholiques d’apprécier ensemble l’intuition de Martin Luther et son expérience spirituelle de l’évangile de la rectitude de Dieu, qui est aussi la miséricorde de Dieu. »
 
Pas un mot sur la Contre-réforme et les papes et les saints du XVIe siècle qui ont œuvré contre l’hérésie grandissante ! Pas un mot sur les motifs de notre division doctrinale, profonde, majeure. Mais faut-il s’en étonner lorsque de nombreux éléments du concile Vatican II nous orientaient déjà sur cette pente œcuménique luthérienne…
 

Du conflit à la communion : « s’approprier la Réforme »

 
Il ne faut reconnaître que ce qui nous unit, c’est-à-dire « la foi en Dieu trine et en la révélation en Jésus-Christ », ainsi que « les vérités fondamentales de la doctrine de la justification. » C’est ce qui était dit dans le fameux document d’étude, publié en juin 2013, préparant à cette collusion : « Du conflit à la communion : commémoration commune luthérano-catholique de la Réforme en 2017 ».
 
C’est le sempiternel défi du « dialogue »… Le chantier de ce rapprochement avait connu ses premiers frémissements lors du 450e anniversaire de la Confession d’Augsbourg, en 1980. Au jour du 500e anniversaire de la naissance de Martin Luther en 1983, la commission du Vatican le nommait « témoin de Jésus-Christ », en déclarant que « ni la chrétienté protestante ni la chrétienté catholique ne peuvent ignorer la figure et le message de cet homme »… En 1999, la Fédération luthérienne mondiale et l’Église catholique romaine cosignaient La Déclaration commune sur la doctrine de la justification.
 
Ainsi, le pape François poursuit-il une politique déjà largement engagée par ses prédécesseurs. Le 15 novembre dernier, il s’était rendu au temple évangélique de Rome pour déclarer que l’heure de la « diversité réconciliée » était arrivée. Dans l’esprit de laquelle les « limites visibles de l’Eglise catholique » sont largement perméabilisées…
 

Consensus-dilution

 
Le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des chrétiens, a expliqué, hier, qu’il fallait « se concentrer ensemble sur la centralité de la question de Dieu et sur une approche christocentrique »… Et pour cause !
 
Évitons d’aborder tout ce qui nous divise ! Cette nature humaine définitivement corrompue, cette absence totale des mérites des hommes, de leur participation active et réfléchie au Salut, cette négation de l’autorité doctrinale et de sa lecture de l’Ecriture Sainte, cet odieux abandon de la Vierge Marie et des saints, ce libre examen omnipotent, ce refus enfin du sacrifice de l’Eucharistie…
 
Ça fait quand même pourtant pas mal ? Mais le consensus-dilution doit primer.
 
Et seulement pour les catholiques. Le grand rabbin de Rome, en accueillant le pape François le 17 janvier dernier, a refusé de discuter théologie au motif que « chaque système est autonome » que « la foi n’est pas un objet d’échange et de négociations politiques ». La Rome catholique, elle, « traite » avec des protestants dont beaucoup ont même accepté l’avortement, l’euthanasie, le mariage homosexuel…
 

Clémentine Jallais