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Philippines : plébiscite pour Rodrigo Duterte, ennemi de l’Eglise catholique

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Le maire de Davao, Rodrigo Duterte, vient d’être élu président des Philippines. Ses méthodes expéditives et des propos violents lui ont valu le surnom de “Trump d’Asie”.


 
Avec près de 40 % des suffrages dans l’élection présidentielle aux Philippines, le candidat « démagogue » Rodrigo Duterte a obtenu un très large soutien populaire qui lui a permis de remporter l’élection. Il prêtera serment le 30 juin, devançant de très loin Manuel Roxas, le candidat qui avait la faveur du président sortant, Benigno Aquino III. Duterte se présente comme l’homme de l’anti–établissement. A sa manière, il fait penser aussi bien à Donald Trump avec ses déclarations outrancières qu’aux candidats « populistes », façon Tsipras, Iglesias, Corbyn ou Beppe Grillo qui se posent en recours face au monde de la finance, des banques et des pouvoirs établis. On sait les limites de ces discours. Leur dimension révolutionnaire, aussi. Duterte ressemble aux populistes de gauche dans la mesure où il affirme haut et fort son opposition à l’Eglise catholique. Celle-ci a ouvertement fait campagne aux Philippines contre celui qu’elle perçoit comme un ennemi.
 
De nombreux Philippins, rapporte Christian Today, considéraient l’élection présidentielle de lundi comme une lutte entre le bien et le mal.
 
Rodrigo Duterte a pu être comparé à Pol Pot. Il est certain que son discours fait penser à celui du révolutionnaire cambodgien : le Philippin n’a-t-il pas promis de transformer son pays en cimetière pour les criminels et les fonctionnaires corrompus ? Il reconnaît avoir lui-même organisé des assassinats extrajudiciaires en tant que maire de Davao City à Mindanao. Selon l’archevêque jésuite de la ville, Antonio Ledesma, il est même responsable de 1.424 assassinats de ce type : « Ces assassinats sont immoraux, illégaux et peccamineux », a souligné l’archevêque dans une lettre pastorale invitant ses ouailles à ne jamais voter pour Duterte.
 

Les Philippins nombreux à ne pas écouter les mises en garde des évêques catholiques

 
A travers les Philippines on a pu voir des prêtres et des religieuses se rassembler pour prier, invitant les catholiques à ne pas se laisser séduire par lui ; même la conférence épiscopale des Philippines est intervenue en appelant à ne pas donner sa voix à un homme qui avoue le viol en série des droits de l’homme.
 
A quoi l’on pourrait rétorquer : les droits de l’homme sont-ils vraiment ce qu’il y a de plus essentiel du point de vue catholique ? Et puis, on a l’habitude en Occident de la dénonciation des hommes politiques qui s’opposent au prétendu sens de l’histoire mondialiste : il suffit de les qualifier d’extrémistes et de populistes, et le tour est joué.
 
Mais à l’heure actuelle, on a affaire à un populisme de gauche, révolutionnaire – qui est d’ailleurs la nature du vrai populisme – dans de nombreux pays du monde, et ses représentants ne cachent pas leur hostilité à la religion catholique en particulier et à la loi naturelle en général.
 

Rodrigo Duterte, un président ennemi de l’Eglise catholique

 
Hostilité ou indifférence, dans les deux cas on aboutit à l’acceptation de l’inacceptable. Rodrigo Duterte a pris prétexte des critiques des évêques catholiques pour assurer que l’élection présidentielle servirait de referendum pour départager sa personne et les prélats. Il s’est même offert le luxe d’encourager les catholiques à « écouter l’appel des évêques » et à ne pas voter pour lui. « Ils disent que ce serait un péché de voter pour moi. Bien. Si je perds je ne mourrais pas. Vous devez écouter les évêques et ne pas voter pour moi. C’est bien ça. De toute façon je ne crois pas aux évêques », lançait-il mercredi dernier.
 
Mais il s’est également empressé de dire que l’Eglise catholique n’aurait aucun rôle sous sa mandature. « C’est fini. Pourquoi les prendrais-je en compte ? Ils disent que je ne dois pas être élu. Je ne mourrai pas si les catholiques ne votent pas pour moi », a-t-il répété.
 
Il a tenu à souligner ses différences par rapport à l’Eglise catholique : Duterte soutient par exemple la planification familiale, que ce soit par la régulation naturelle des naissances ou par la contraception, contre laquelle l’Eglise aux Philippines continue de lutter avec constance. Il est partisan du contrôle de la population – certes « consenti » par les familles – prônant un maximum de deux ou trois enfants par couple : ce discours malthusien est précisément celui de « l’établissement » mondial. Dans sa ville, il a déjà organisé la distribution de contraceptifs gratuits.
 

Aux Philippines, Duterte fait alliance avec les communistes

 
Par ailleurs, et finalement sans surprise, Duterte a d’ores et déjà annoncé son alliance avec les communistes, évoquant le leader exilé du parti communiste des Philippines, José Maria Sison, avec une grande déférence. Meurtrier, comme le désigne l’armée des Philippines, ou non, celui-ci est en tout cas un idéologue marxiste-léniniste et révolutionnaire de la plus belle eau.
 
Rodrigo Duterte doit entre autres sa popularité à son bilan comme maire de Davao City, où il avait été élu en 1988 alors qu’elle était connue comme la capitale des assassinats des Philippines, en proie à l’insurrection communiste permanente. Duterte a livré une guerre sans merci contre le crime pour faire de Davao City l’une des villes les plus sûres au monde – selon ce qu’il revendique. Il y a été réélu par sept fois.
 
Une vidéo circule sur internet montrant Duterte qui plaisante sur le viol collectif et le meurtre d’une missionnaire australienne dans une prison de Davao City en 1989 : il s’y dit en colère non seulement parce que cette femme a été violée, mais spécialement parce qu’en tant que maire, il aurait dû être à la première place pour abuser d’elle. Il a tenté de s’en expliquer par la suite en assurant qu’il avait lui-même vidé son arme contre les agresseurs qui avaient tué d’autres otages à cette occasion, ajoutant qu’il avait été ému en la voyant inanimée, imaginant les hommes qui avaient attendu leur tour : « J’étais en colère parce qu’elle avait été violée, c’est une chose… mais elle était si belle, le maire aurait dû être le premier. Quel gâchis. » Il a avoué que le contrôle de ses paroles lui échappe parfois.
 

Le populisme de gauche combat les vérités catholiques

 
Peu après son élection, la Conférence des évêques catholiques des Philippines, évitant soigneusement de nommer le nouveau président, a promis d’apporter au gouvernement en place sa « collaboration vigilante » : « Nous demanderons aux nôtres de travailler avec le gouvernement pour le bien de tous, et nous continuerons à nous montrer vigilants pour que chacune de nos paroles soit des paroles pour enseigner, professer, redresser et corriger, car c’est là notre vocation. »
 
Et de rappeler qu’au fond tout pouvoir vient de Dieu. Le communiqué des évêques se poursuit ainsi : « Chacun se doit de reconnaître la main de Dieu dans les événements qui adviennent. Dès lors, ne portez pas votre victoire au crédit de votre popularité ou de votre réputation, mais c’est à Dieu que vous la devez, Dieu qui vous appelle à servir et à prendre soin des plus pauvres et des plus désespérés. »
 

Anne Dolhein