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La Révolution française est un bloc d’antichristianisme

Révolution française antichristianisme

La Révolution française a connu plusieurs périodes, plusieurs personnels, plusieurs lignes politiques. Certains aujourd’hui, chrétiens ou non, pensent que, dans les premiers temps, elle ne fut pas hostile à la religion chrétienne, qu’elle en fut même dans une certaine mesure l’expression. On préférera l’analyse de Georges Clemenceau, juste malgré son aspect paradoxal, si l’on en comprend le sens profond : la Révolution française est un bloc, oui, un bloc d’antichristianisme.
 

La Révolution française se caractérise par son aspect chaotique, ses changements significatifs d’orientations ou de principe, sur la décennie 1789-1799. Beaucoup d’historiens distinguent justement une phase « libérale » du printemps 1789 à l’été 1792, une phase « autoritaire » de l’été 1792 à l’été 1794, une phase « thermidorienne », c’est-à-dire une difficile tentative de synthèse des deux précédentes de l’été 1794 à l’automne 1799, jusqu’au coup d’Etat militaire du général Bonaparte, qui contrairement aux précédents, nombreux durant la période thermidorienne, débouche sur la sortie proclamée de la Révolution, et un nouveau régime politique plus stable, le consulat (1799-1804), en attendant l’Empire (1804-1814-1815).
Constatons que la Révolution française, du moins durant sa première phase, « libérale », est revendiquée par tous les régimes politiques en France, avec ses « immortels principes de 1789 », même par Louis XVIII, qui a juste changé les noms avec la Charte de 1814. Les seuls chefs d’Etat soupçonnés, à tort ou à raison, d’aspirer à s’éloigner sérieusement de l’esprit de 1789, sont encore aujourd’hui les plus voués aux gémonies, Charles X (1824-1830) et le maréchal Pétain (1940-1944), chassés par des avatars mineurs de la « Grande Révolution », les Révolutions de 1830 et 1944. Le 14 juillet 1790, Fête de la Fédération, est encore officiellement commémoré tous les ans comme « fête nationale ». Avec d’ailleurs la croyance commune fausse qu’il s’agirait de célébrer la Prise de la Bastille le 14 juillet 1789, et non cette union relativement oubliée, précaire et éphémère, du roi et de la Nation, avec moult serments, et une Messe célébrée par l’évêque Talleyrand.
Au-delà du chaos apparent, et largement réel, des changements de ligne générale des différentes périodes révolutionnaires, de la catastrophe économique (la Grande-Bretagne prend une avance décisive dans la Révolution industrielle durant cette décennie perdue pour la France) et humaine (des centaines de milliers de morts et de disparus, souvent exilés à l’étranger, des Etats-Unis à la Russie), une ligne générale nette domine la Révolution française, l’antichristianisme, bloc sur lequel se bâtit toute son action. Le terme « déchristianiser » apparaît à l’époque parmi les centaines de néologismes d’excités pédants voulant aussi « révolutionner » la langue, et la chose, l’une par l’autre ; les théories de nos féministes n’ont rien de neuf.
Déchristianiser signifie vouloir abolir le cadre encore fondamentalement chrétien, et même catholique, de la France de 1789, du moins en principe, et le remplacer par autre chose. En particulier des essais de religions civiques renouvelées de la Rome antique païenne via Rousseau principalement, aussi dangereux idéologue qu’historien approximatif. Ceci se traduit particulièrement durant la phase autoritaire de la Révolution par une persécution franche et violente des catholiques, qui se poursuit de façon plus sporadique ou insidieuse durant la phase thermidorienne, sans jamais cesser pour autant, et encore moins qu’il soit question de revenir à un catholicisme officiel comme avant 1789.
 

Une première Révolution française libérale sans antichristianisme ?

 
C’est devenu un lieu commun chez les catholiques libéraux qui dominent aujourd’hui les esprits, de considérer que la Révolution française aurait été dans ses débuts tolérante, absolument pas antichrétienne, voire au contraire inspirée sans trop l’avouer d’un christianisme épuré. Les choses n’auraient pris un tour détestable que par la suite, lorsque les révolutionnaires eux-mêmes se guillotinèrent entre eux en 1793-1794. C’est ainsi que George Sand dans les années 1840 tient à voir dans la Révolution française le visage du Christ triomphant dans la société. Plus modestement beaucoup veulent voir une « compréhension chrétienne des droits de l’homme » (Jean-Paul II) comme parfaitement compatible avec le catholicisme, voire constituant le véritable sens historique en une France en principe encore très catholique. La devise républicaine actuelle « Liberté, Egalité, Fraternité » correspondrait fondamentalement à des vertus chrétiennes. Peut-être, mais en ce cas, a répliqué à juste titre le regretté Jean Madiran en une formule-choc reprise de Chersterton : « des vertus chrétiennes devenues folles ».
Cette idée de première Révolution compatible avec le christianisme, sinon de fait chrétienne, domine tant le monde catholique de la seconde moitié du XXème siècle, que le cardinal Suenens croit bon de définir le concile Vatican II qui l’enthousiasme comme « 1789 dans l’Eglise » – soulignant au passage que 1789 incarne déjà la référencé positive absolue en son esprit.
Or, rien n’est plus faux, 1789 marque un net éloignement du catholicisme, dès l’origine.
Cependant, il faut reconnaître que cet éloignement n’est possible que parce que la société a déjà connu un certain éloignement : le roi Louis XVI hésite dans les mois précédant son sacre à Reims en juin 1775 sur les serments à prononcer. Il paraît suranné à ses conseillers, surtout au ministre-philosophe Turgot, de « poursuivre les hérésies », sinon contraire au bon sens, au bon gouvernement. La formule traditionnelle est maintenue de justesse faute de consensus sur une autre, libérale, déjà. Ce libéralisme de Louis XVI n’exclut pas, plus tard, une véritable conversion intérieure dont la prison du Temple révèlera l’ampleur dans les circonstances dramatiques de l’automne 1792. Il n’exclut pas non plus une réaction très ferme à la constitution civile du clergé. Mais sans douter de sa bonté foncière, il n’y a pas lieu d’en faire un modèle de piété rigoureuse ou de souverain catholique durant toute l’étendue de son règne.
De même, l’aristocratie, la haute bourgeoisie, dès les années 1770 au plus tard, se montrent déjà considérablement éloignées du catholicisme, réduit au mieux à des rites d’obligations sociales ; les petits-bourgeois et les paysans eux-mêmes, en particulier en Ile-de-France et les régions centrales, montrent une distance entre leurs pratiques et les commandements de l’Eglise, ce qui se mesure dans la chute nette de la natalité. Les testaments ne mentionnent plus, ou plus guère de legs pieux, contrairement aux périodes antérieures, avant 1750 surtout. Les angoisses pour le salut éternel semblent avoir disparu pour beaucoup de mourants. A l’inverse, les régions restées authentiquement catholiques résisteront largement à la Révolution, particulièrement dans l’Ouest de la France.
 

Quand Louis XVI préparait la Révolution française

 
Sous Louis XVI, les protestants, ou même les juifs, sont parfaitement tolérés, avec leurs temples et leurs synagogues. La législation évolue lentement, s’enlise durant des années avec moult textes préparatoires, n’aboutit qu’en 1787-88 pour la tolérance officielle des protestants. Mais la tolérance de facto s’avère réelle, étendue à tout le territoire depuis 1774 au moins.
De même, la presse est quasiment libre dans les années 1780, et beaucoup plus que sous la phase autoritaire de la Révolution dix ans plus tard. Les utopistes prolifèrent, multitude de sous-Rousseau encouragée par la victoire des indépendantistes américains, avec l’aide décisive de la France en 1783. Bien des littérateurs prêtent toutes les vertus à la nouvelle République. Et ceci en parfaite déconnection de la réalité de ses premières années, instables, sinon chaotiques. A cette liberté de facto de la presse, des brochures aux livres épais, s’ajoute celle de réunion, y compris en loges maçonniques, où l’on discute absolument de tout, du gouvernement, de la religion, de la société, et ce dans une perspective « réformatrice ».
En 1787-1788, face à un pouvoir royal incertain, hésitant, sinon quasiment démissionnaire, s’opposent deux pré-révolutions, celle des « aristocrates », menées par les Parlements, les Etats provinciaux là où ils existent, les assemblées des Notables, qui veulent s’emparer du pouvoir, et ne pas payer d’impôts, et celle des populaires ou « patriotes », qui réclament au contraire une égalité absolue de tous les citoyens, l’abolition de tous les privilèges, symboliques ou fiscaux, et un gouvernement représentatif d’origine populaire, c’est-à-dire concrètement composé des élites bourgeoises du peuple.
Le Roi commet l’erreur de convoquer dans ce contexte les Etats-Généraux pour l’année 1789, afin de combler le déficit budgétaire structurel de l’Etat, et rembourser la dette, perçus comme insoutenables (déjà). Les députés ont l’idée de confisquer les biens de l’Eglise pour tout rembourser, et combler les déficits. Ils entendent aussi et avant tout imposer les principes exposés dans la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyens du 26 août 1789 ».
 

Spoliation des biens, constitution civile, les prodromes de l’antichristianisme

 
Cette Déclaration n’omet pas complètement Dieu, mentionné, de justesse, au détour d’une phrase du préambule sous le nom alors à la mode « d’Etre Suprême ». Il n’est nullement question du Dieu chrétien, de Jésus-Christ, du Saint-Esprit, de la Trinité ; il s’agit donc plutôt du dieu vague des philosophes déistes et des maçons. L’article 10 réduit la Religion à une opinion, et toute opinion en ce domaine devrait être librement professée. C’est renverser complètement, en une demi-ligne méprisante, la France catholique depuis le baptême de Clovis (496). Le reste constitue la Révolution politique, cœur pratique du projet.
Par le biais de la question budgétaire est lancée une offensive contre l’Eglise catholique : le décret de mise à la disposition de la Nation des biens du clergé est adopté le 2 novembre 1789, sur proposition de Talleyrand, évêque d’Autun, qui hait violemment l’institution dont il fait partie. Toutes les terres de l’Eglise, des monastères, des écoles, des hôpitaux, sont confisquées, à la seule exception des presbytères et jardins attenants, En échange, l’Etat verse un traitement modeste au clergé et prend en charge l’instruction et l’assistance publique, ce qui provoquera une catastrophe immédiate en ces deux domaines essentiels. Cette spoliation donne lieu très vite à des ventes, dites de « biens nationaux » : elles profitent massivement aux acheteurs bourgeois, à de rares gros paysans. Les conditions de vente sont souvent malhonnêtes techniquement, sans parler du fond, avec des enchères biaisées, des paiements différés, en assignats vite dévalués quoique acceptés à leur valeur nominale. L’Etat vendeur de ce qui ne lui appartient pas, fait une très mauvaise affaire. Le déficit reste permanent, la dette s’accroit, jusqu’à la banqueroute des 2/3 du 30 septembre 1797, qui supprime arbitrairement les 2/3 de la dette
Le traitement offert en compensation aux prêtres passe par leur fonctionnarisation, aux conditions formulées par la constitution civile du clergé du 12 juillet 1790. Les diocèses et les paroisses voient leur carte redessinée, avec un mode désignation des curés et des évêques alignés sur celui, éphémère, des fonctionnaires de 1789-90, l’élection, par l’ensemble des citoyens – c’est-à-dire incluant les incroyants, les protestants, les juifs. Le 27 novembre 1790, cette constitution doit être jurée par les membres du clergé, sous la forme d’un serment civique ; le 2 janvier 1791, les prêtres refusant le serment, comme les évêques, sont considérés comme démissionnaires, donc chassés de leur diocèse ou leur cure, et remplacés par un nouvel élu, au sens propre.
Ainsi, il résulte très vite de cette fonctionnarisation, refusée par la moitié du clergé, dont la très grande majorité des évêques, un véritable schisme de l’Eglise de France. Le Pape Pie VI condamne le 10 mars 1791 la constitution civile du clergé et les droits de l’homme, ce qui offre un grand soutien moral aux réfractaires, et accroît la haine des révolutionnaires, qui multiplient dès lors les gravures franchement anticléricales, et souvent obscènes ou ordurières. Le clergé constitutionnel est souvent gêné, entre des scrupules suite aux condamnations pontificales ou la persécution légale des confrères, et l’hostilité de plus en plus explicite au catholicisme de révolutionnaires militants, en particulier dans les clubs des Cordeliers ou des Jacobins. Ce clergé constitutionnel est plutôt soutenu pour le principe par les Feuillants en 1791-92, le courant révolutionnaire modéré avec pour vedette Lafayette, qui espèrent en une Eglise nationale, un clergé conservateur et éducateur pour encadrer les fidèles simples, suivant les recommandations de Voltaire, qui compte très peu de croyants véritables.
Pendant ce temps, les ordres religieux réguliers sont déclarés abolis, avec la possibilité de se reconvertir dans le clergé séculier jureur pour les prêtres qui le désirent – une minorité. La situation des religieuses s’avère vite particulièrement dramatique. Moines et religieuses sont chassés en 1790-91 de leurs bâtiments et de leurs terres vendues comme biens nationaux. Beaucoup de religieuses sont soumises à des vexations odieuses, des bastonnades de militants révolutionnaires, des remarques et des gestes obscènes, voire pire pour les plus jeunes. Jetées à la rue, elles survivent difficilement. Les pensions théoriques pour les rares nonnes âgées – à partir de la soixantaine – ne sont jamais versées.
Ainsi, il n’a pas existé d’âge d’or, d’harmonie, entre la Révolution et l’Eglise. Si jusqu’à l’été 1792, les incidents sanglants demeurent rares, se développe un véritable esprit antichrétien, non pas diffus mais affiché, avec un schisme délibéré et la suppression des ordres religieux. Cet esprit antichrétien inspire aussi des lois impensables en pays catholiques, comme l’institution du divorce.
 

La Révolution autoritaire : l’antichristianisme persécuteur

 
Le basculement dans la persécution s’opère à la suite du renversement de la monarchie constitutionnelle le 10 août 1792. Le roi, qui avait opposé son veto à la constitution civile du clergé, qui demeurait sacré aux yeux du peuple, et dont celui-ci connaissait les sentiments chrétiens, tout d’un coup ne fait plus rempart. La République s’impose en septembre. Au même moment se multiplient les massacres d’opposants politiques, ou réputés tels, en particulier les religieux réfractaires. Ils sont particulièrement nombreux parmi les victimes des Massacres de Septembre (1792) dans les prisons parisiennes ; plusieurs centaines au moins ont été identifiées. Le seul simple d’être un prêtre réfractaire conduit à être considéré comme « suspect », statut des plus dangereux dans la circonstance.
Le clergé constitutionnel ne manifeste aucun scrupule à bénir la République, en faveur de laquelle il se prononce souvent publiquement, en particulier l’évêque du Loir-et-Cher (Blois) Grégoire. Ces gens-là se montreront particulièrement surpris à l’automne 1793, lorsqu’est officiellement déclenchée une vague de déchristianisation générale, qui vise à abolir tout christianisme en France, même le plus fidèle à la Révolution. Les objets liturgiques des cathédrales et églises sont confisqués, profanés, vendus, dans des conditions souvent là encore très désavantageuses, pour le prix des métaux ou des pierres précieuses. Les hosties consacrées sont délibérément profanées. C’est plus que de l’indifférence ou une « innocente » laïcisation, il s’agit d’une rage de profanation et de meurtres. Les prêtres sont invités à « abdiquer », c’est-à-dire non pas stricto sensu apostasier la foi catholique, mais renoncer à l’exercice de la prêtrise, ce qui n’est tout de même pas rien. Plusieurs milliers de prêtres, essentiellement constitutionnels, abdiquent effectivement. Plusieurs centaines, peut-être davantage, cèdent aux pressions des sans-culottes les plus engagés, et finissent par se marier. Toutes ces scènes donnent lieu à une très abondante iconographie militante, largement diffusée, qui choque jusqu’aux pays protestants pour le moins traditionnellement hostiles au catholicisme, comme l’Angleterre. Cette persécution violente dresse l’Europe contre la France, en guerre depuis avril 1792 ; elle accroit aussi les tensions antérieures, et fortifie à l’automne 1793 la résolution des insurgés Vendéens, qui sont atrocement massacrés en décembre 1793 à Savenay, puis en Vendée militaire tout au long de l’année 1794 par les Colonnes Infernales en haine explicite de la religion catholique, à laquelle ces populations se montrent attachées.
A ce moment, entre en vigueur un nouveau calendrier, que seules rythment la nature, les saisons, les fêtes révolutionnaires, en rupture totale avec le temps chrétien. Ainsi le 24 octobre 1793 devient le 15 vendémiaire an II. L’an I, qui n’a jamais existé, est donc celui de la première année de la République, commencement de l’ère républicaine ou de la liberté, voire « des Français ». Ce calendrier n’est pratiqué que par les sans-culottes ou les administrations. Il rompt trop avec les habitudes en commençant l’année à l’automne, et en ne prévoyant plus qu’un jour de repos sur 10, le Décadi, au lieu d’un sur 7, dans l’espoir proclamé de remettre la France au travail.
Dans les cathédrales sont organisées des mascarades, avec à l’automne 1793 la volonté de promouvoir un culte à la « déesse Raison ». A Notre-Dame de Paris, dans le chœur, sur une montagne artificielle s’agite une jeune danseuse professionnelle représentant la Raison. Ca ne prend pas du tout. Une religion rationaliste est une contradiction dans les termes. Elle tend pratiquement vers l’athéisme. Ces mascarades, ces profanations, sont opérées principalement par la faction des « Enragés », dirigés notamment par Hébert, athée proclamé, animateur du journal ordurier le « Père Duchesne ».
A la fin de l’hiver 1793-94, Robespierre réussit à s’imposer, durant quelques mois. Il désapprouve le culte de la Raison, qu’il estime absurde et athée, et entend promouvoir un culte civique ouvertement déiste, le Culte de l’Etre Suprême. Il organise avec le plus grand soin, en particulier l’aide du peintre David pour les décors, une procession publique en l’honneur de la Fête de l’Etre-Suprême, le 20 prairial an II (8 juin 1794), qu’il préside en personne à Paris, suivi par les députés de la Convention. Il passe alors pour un illuminé qui se prend pour un grand-prêtre, ce qui jouera dans son renversement un mois plus tard – Thermidor -, beaucoup de ses proches Jacobins pensant qu’il est devenu fou, et de l’espèce sanguinaire, rêvant en permanence d’épurations par la guillotine.
 

Révolution thermidorienne : l’antichristianisme du désordre

 
A l’été 1794, la chute de Robespierre est suivie d’un relâchement des contraintes de la Terreur. Très divisés, les Thermidoriens sont unis pour refuser deux choses : la restauration politique de la monarchie et la restauration religieuse du catholicisme. L’évêque Grégoire espère en vain une restauration officielle de l’Eglise constitutionnelle. Le modèle officiel adopté est celui de la séparation, totale, entre l’Etat et les cultes, opéré en deux lois majeures, celle du 18 septembre 1794 (2ème jour complémentaire ou sans-culottique an II) et du 21 février 1795, qui organise véritablement les choses. Les cultes doivent se dérouler dans les bâtiments prévus à cet effet. Toute manifestation extérieure publique est interdite, tout comme, en principe toute violence contre les célébrants ou les objets d’un culte.
Les prêtres catholiques, anciennement jureurs ou non, sont invités en 1796 à prononcer un serment civique. Ce dernier impose la loyauté envers les autorités républicaines. On n’y trouve cependant pas d’article religieux douteux stricto sensu. D’où une nouvelle division des prêtres entre ceux qui acceptent de prononcer le serment civique, qui permet de pouvoir concrètement enfin dire la Messe et distribuer les sacrements aux fidèles dans les villes, et ceux qui refusent obstinément, considérant tout compromis même pratique avec un régime mauvais inacceptable.
Certains militants républicains tentent de promouvoir de nouvelles religions en concurrence de la catholique, en particulier la théophilanthropie. Cette dernière prétend enseigner l’amour fraternel en présence de l’esprit divin, déjà manifesté à l’humanité en la personne du sans-culotte Jésus. Elle n’obtient qu’un succès limité, et reste pourtant la plus répandue parmi la dizaine de tentatives de sectes syncrétiques de cette époque. Ce temps, qui se veut largement rationaliste, voit pourtant se développer une mode de l’occultisme, et naître le personnage moderne de la voyante – impensable en principe dans la société catholique d’avant 1789, même s’il y eut des antécédents.
Le catholicisme, très divisé, du fait des circonstances immédiates et des choix durant les années antérieures des uns et des autres, demeure malgré tout la principale religion de France.
 

L’antichristianisme hérité de la Révolution française

 
En 1800-1801, le général-consul Bonaparte refuse toute expérience de religion nouvelle, ou d’Eglise nationale gallicane indépendante de Rome, négocie directement avec le Pape Pie VII, ce qui aboutit difficilement au Concordat de 1801. Cette restauration du catholicisme en France est pensée comme une évidence sociologique (« religion de la grande majorité des Français »), ce qui n’est plus du tout la même chose que celle de la Religion de la Nation française. La déchristianisation révolutionnaire marque durablement la France, non pas tant par ses apostasies spectaculaires que par l’éloignement pratique de la doctrine catholique stricte, en particulier dans le domaine des naissances, avec une famille française malthusienne avant même l’invention du terme.
Il subsiste de cette déchristianisation révolutionnaire une haine viscérale, perpétuée par des générations de loges maçonniques, du christianisme, qui se mesure de 1880 à 1914 avec un pic entre 1901 et 1906, ou dans le mépris le plus actuel de la parole chrétienne, dans les médias désinformateurs ou le personnel politique…Cette attitude-réflexe a été on ne peut plus claire avec le dédain de la Manif pour tous, perçue comme catholique, malgré les défilés candides de Mariannes, alors que tant de délégations, catégorielles sinon folkloriques, sont régulièrement aimablement reçues dans les ministères. Tous les grands partis politiques actuels se réclament de la Révolution française, et ne veulent surtout pas être associé avec le christianisme ; M. Bayrou, démocrate-chrétien à l’origine, se veut le champion de la laïcité, y compris lors de la venue de Benoît XVI. On cherche très longtemps pour trouver peu de choses, peu claires, sur la défense de l’identité chrétienne de la France dans les discours programmatiques des dirigeants du nouveau Front National. Evidemment la gauche se veut l’héritière de Robespierre, ce qui est tout dire.