L’église de Notre-Dame (Onze-Lieve-Vrouwekerk) à Amsterdam était comble samedi pour l’accomplissement des dévotions du premier samedi du mois, qui a pris cette année une envergure particulière aux Pays-Bas. Deux cardinaux et plusieurs évêques – à commencer par le seul cardinal néerlandais, le cardinal Willem Eijk, archevêque d’Utrecht – ont répondu à l’invitation de Radio Maria à ce « Rosary Rally » international, elle qui prépare depuis des mois cet événement fortement symbolique.
Le concours des clergés et des fidèles, venus très nombreux, a été le premier aspect marquant de cet événement dans un pays presque entièrement sécularisé.
Mais il y avait un deuxième aspect : cette messe pontificale célébrée par le cardinal Burke était en rite traditionnel, avec les textes de la messe votive de la Sainte Vierge. Toutes les exigences de Traditionis custodes ont été ignorées, sans bruit et sans état d’âme : une large publicité a été donnée à l’événement dans plusieurs diocèses néerlandais, la messe était célébrée selon le rite traditionnel dans une église paroissiale, l’épître et l’évangile ont été proclamés en latin. Mais cela a été fait sous l’autorité de l’évêque du lieu, Mgr Hendriks, avec son approbation et sa présence (dans une église qui n’est pas paroissiale, elle est un apostolat de l’Opus Dei, ce qui est remarquable en soi…). Ajoutez la nombreuse présence de prélats, y compris deux princes de l’Eglise : il s’agit là d’une affirmation tranquille et hiérarchique du « droit de cité » du rite tridentin dans l’Eglise, pour reprendre l’expression de la lettre de Benoît XVI accompagnant le motu proprio Summorum Pontificum.
Les cardinaux Burke et Eijk ont accompagné la dévotion du premier samedi
On notera aussi le fait que la foule était bigarrée. Aux Pays-Bas, alors que la population des provinces du sud, jadis si catholiques, ont pour beaucoup abandonné toute pratique, le nombre de baptêmes d’enfants s’est effondré. Beaucoup d’immigrés venus de terres chrétiennes (ou pas) rachètent un peu cette apostasie généralisée en formant le gros de la troupe des pratiquants dans certaines paroisses. Ils sont venus renforcer les rangs des Néerlandais de souche qui, heureusement, étaient aussi bien fournis lors de cette journée de réparation pour les offenses faites au Cœur Immaculé de Marie, avec une belle présence de jeunes catholiques néerlandais.
On peut retrouver l’intégralité de cette messe pontificale publiée sur YouTube par Radio Maria Nederland. Les fidèles avaient la possibilité de télécharger ou d’obtenir un livret pour suivre la messe, extrêmement complet et doté de nombreuses explications. Voilà pour ceux qui n’avaient pas l’habitude du Vetus Ordo.
Avec à sa tête l’évêque d’Amsterdam, Mgr Hendriks, toute l’assistance, y compris les deux cardinaux et Mgr Van den Hende, évêque de Rotterdam et président de la Conférence épiscopale des Pays-Bas, se sont rendus à travers les rues d’Amsterdam vers un grand parc à deux kilomètres de là, le Vondelpark, où la récitation du chapelet s’est faite en public, suivie d’une conférence du cardinal Burke. C’était samedi, jour de la Vierge. Les organisateurs ont compté à juste titre sur le beau temps.
Amsterdam repond présent à l’appel à la dévotion réparatrice du premier samedi
C’est une statue de Notre Dame de Fatima, celle qui a demandé à Fatima et à Pontevedra l’observance de la dévotion réparatrice des premiers samedis, qui a été portée et honorée tout au long de la procession et du chapelet, mais il y avait, comme lors de toute procession traditionnelle, de nombreuses bannières pour affirmer fièrement la foi des marcheurs et leur amour de la Très Sainte Vierge.
On n’ose imaginer les regards étonnés, moqueurs, voire sarcastiques qui ont dû émailler, çà et là, cette procession religieuse au cœur d’une cité hélas mieux connue pour sa licence et ses mœurs dissolues. Le hasard a voulu que ce soit précisément dans le Vondelpark qu’ait eu lieu, il y a un mois, l’un des événements de la World Pride, le rendez-vous LGBT mondial qui s’est tenu cette année à Amsterdam.
C’était une coïncidence, mais on peut y voir une manifestation de la Providence divine qui ainsi montre la vraie réponse à tous les maux de notre temps, ceux de la glorification de choix de vie radicalement opposés à la morale de l’Eglise, mais sans oublier toute autre offense à Dieu qui sont aussi bien le fait de ceux qui s’en revendiquent que des croyants. Le juste ne pèche-t-il pas sept fois le jour ? Cette réponse, c’est faire réparation auprès de Marie, de lui dire son amour malgré ses fautes, demander pardon pour tous les pécheurs (« dont je suis le premier », comme le dit la divine liturgie byzantine), honorer et glorifier, celle qui est toute pure et sans péché.
La Vierge de Fatima honorée à Amsterdam par deux cardinaux et deux évêques
C’est tout sens du message de Fatima, qui invite à la prière et à la pénitence pour les pécheurs ; pour notre salut et celui du monde entier. Le chapelet, depuis Fatima, ne se récite-t-il pas avec une supplique pour la miséricorde et le salut éternel de « toutes les âmes, surtout celles qui en ont le plus besoin » ? Ne promet-on pas, par la prière que l’Ange enseigna aux enfants, d’aimer et d’adorer et de demander pardon pour ceux qui ne le font pas :
« Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et ne vous aiment pas.
« Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre le très précieux Corps, Sang, Ame et Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles du monde, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquelles il est Lui-même offensé. Par les mérites infinis de son Cœur Sacré et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs. »
Si la messe a eu lieu dans une église, le meilleur lieu possible pour la célébration des grands mystères de notre foi, cette procession et ce rosaire égrené en public sont venus justement par leur publicité, interpeller tous ces pauvres gens qui ne connaissent plus le Christ et sa Sainte Mère. Outre qu’ils ont réparé publiquement des péchés publics, à la manière de l’enfant qui embrasserait sa mère alors qu’on l’aurait insultée dans la rue, cela marque à la fois une fierté chrétienne et un esprit de pénitence, justement parce que cela est de nos jours insolite, provoquant le rire mauvais de certains. L’expérience prouve cependant que de dire son chapelet dans la rue attire souvent plus d’approbation et de bonne curiosité que le contraire.
L’homélie du cardinal Burke pendant la messe était toute centrée, comme nombre de ses prises de parole publiques, sur la dévotion au Sacré-Cœur et au Cœur Immaculé de Marie. Nous vous proposerons très prochainement une traduction intégrale de cette homélie.
La conférence du cardinal Burke sur le rosaire à Amsterdam
A l’occasion de sa conférence qui a clôturé l’événement au Vondelpark d’Amsterdam, le cardinal Burke a médité sur les Mystères du très saint Rosaire sous le titre : « Puissions-nous imiter ce qu’ils contiennent et obtenir ce qu’ils promettent », en rappelant d’emblée qu’il nous font recevoir « la grâce actuelle pour imiter la sainteté de la bienheureuse Vierge Marie… afin de parvenir au fruit qu’est une vie sainte, à la fois au cours de notre pèlerinage terrestre et, finalement et parfaitement, lors de l’arrivée à destination : le royaume du ciel ».
Ayant longuement cité Dom Guéranger, le cardinal Burke a déclaré : « La prière du rosaire trouve en réalité son accomplissement dans l’union avec Notre-Seigneur dans son sacrifice eucharistique et dans la réception de son fruit incomparable, la sainte communion. »
Il a également raconté comment, à son arrivée à Rome, ayant enfin la possibilité de voir physiquement les immenses trésors artistiques de la Ville éternelle, il a été frappé par Le Jugement dernier de Michel-Ange, où l’on voit deux justes dont le corps ressuscité est attiré dans le ciel par le rosaire : « Cela m’a rappelé combien la prière du rosaire est puissante dans l’Eglise et combien de grâces sont reçues par sa récitation. »
Il a rappelé qu’en appelant à la nouvelle évangélisation, Jean-Paul II a écrit une lettre apostolique sur le très saint Rosaire en complément de sa lettre de clôture au grand jubilé de l’an 2000. La nouvelle évangélisation exige de connaître d’abord et aimer d’abord le Christ, a souligné le cardinal Burke, rappelant les mots de Jean-Paul II : la récitation du rosaire « n’est rien d’autre que de contempler avec Marie la face du Christ ». C’est une prière mariale, évidemment, mais elle a pour centre le Christ.
Cardinal Burke : le rosaire, « l’expression répétée d’un amour profond »
« En récitant le Rosaire, nous comprenons plus profondément le mystère de notre vie dans le Christ, pour la gloire de Dieu et pour notre salut ainsi que celui de nombreux autres, en particulier de nos proches. La méthode de prière du Rosaire consiste à répéter des paroles qui expriment notre amour profond pour Dieu. Ce n’est pas un exercice ennuyeux, mais plutôt l’expression répétée d’un amour profond. Nous ne nous lassons jamais de ces paroles, et nous ne nous lassons jamais de les répéter, car à travers elles, nous nous rapprochons toujours davantage de Dieu que nous aimons de tout notre cœur. Le but de cette méthode est d’approfondir sans cesse notre compréhension des mystères de l’amour de Dieu pour nous, sur lesquels nous méditons, et de nous y unir toujours davantage », a dit le cardinal Burke.
Rappelant qu’à l’heure où la méditation est à la mode, souvent centrée sur des religions ou croyances contraires aux nôtres, contraires à notre foi, le rosaire nous aide à atteindre la méditation désirée d’une manière qui correspond parfaitement à notre foi catholique.
« A cet égard, il convient de souligner que le Rosaire ne peut être récité efficacement que s’il l’est de manière contemplative. Le Rosaire ne doit jamais se réduire à une simple répétition mécanique de prières. Au contraire, grâce à “un rythme serein et à une cadence tranquille”, la répétition des prières nous aide à méditer profondément les différents moments ou mystères du grand mystère de l’Incarnation rédemptrice. En priant le Rosaire, nous devons nous placer aux côtés de Marie et contempler, à travers son regard, le mystère de l’amour de Dieu pour nous en Jésus-Christ », a conseillé le cardinal Burke, parmi bien d’autres explications, pour aider les fidèles à mieux dire cette prière à Marie.
Il a aussi insisté sur le rôle de médiatrice de la Sainte Vierge, en ajoutant : « Le rosaire est un exemple excellent de la manière dont Marie est médiatrice de la grâce par laquelle nous devenons de plus en plus comme le Christ. »
« Contempler quotidiennement le visage du Christ en récitant le chapelet »
Parmi les citations de Jean-Paul II sur le rosaire, le cardinal Burke a enfin souligné le rôle de ce dernier pour nous obtenir la paix et protéger la famille. Ainsi, le cardinal a rappelé quelle « puissance immense » fut celle du rosaire « pour obtenir que le peuple de Dieu soit épargné à la bataille de Lépante en 1571 ».
Sa conclusion était aussi un appel :
« Si vous ne le faites pas déjà, je vous invite vivement à prendre l’habitude de contempler quotidiennement le visage du Christ en récitant le chapelet. Je vous invite tout particulièrement à offrir votre chapelet quotidien à l’intention de la paix dans le monde, notamment en Terre Sainte et en Ukraine, ainsi qu’à celle de l’unité et de l’harmonie de toutes les familles chrétiennes. Imaginez quelle grâce puissante serait accordée à notre nation et au monde entier si tous récitaient chaque jour le chapelet en famille. Que la récitation solennelle du Saint Rosaire d’aujourd’hui, accompagnée de la procession, nous conduise tous à une appréciation plus profonde de la puissance du Saint Rosaire. Qu’elle nous conduise tous à la pratique fidèle de la récitation quotidienne du Saint Rosaire. Puissions-nous imiter ce que renferment les mystères du Très Saint Rosaire et obtenir ce qu’ils promettent. Amen. »














