De l’autorité en écolocratie : l’X et la bêta

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Une Anne Hidalgo, ça ose tout, c’est même à ça qu’on la reconnaît, voilà qui est de notoriété publique depuis Michel Audiard : elle vient donc de décider de tripler le prix du stationnement pour les gros véhicules dont elle estime qu’ils sont les plus polluants, en s’appuyant sur le vote de trois pour cent des Parisiens qu’elle avait consultés par voie de référendum. C’est à rapprocher de la campagne menée de l’automne 2022 à l’été 2023 par l’influenceur-chroniqueur polytechnicien Jean-Marc Jancovici, qui appelait les Français à ne pas prendre plus de quatre fois l’avion dans une vie pour sauver le climat. Les deux posent la question de l’autorité en écolocratie. Pour imposer leur lubie commune au public, l’X choisit l’autorité de la science diplômée, l’autre celle de la démocratie. Mais ces deux autorités sont invoquées à tort par deux imposteurs.

 

Anne Hidalgo en progrès : de 1,26 % à 3,20 %

Anne Hidalgo fait des progrès. A l’élection présidentielle de 2022, elle avait obtenu 1,75 % des suffrages exprimés, soit 1,26 % des inscrits, et, à Paris dont elle est le maire, elle avait recueilli 23.000 voix, soit 2,17 % des exprimés. Cette fois, le choix qu’elle avait soumis au referendum des Parisiens a obtenu, selon les données officielles de la mairie, 42.415 voix, soit 54,55 % des suffrages exprimés. Rapportés aux 1.374.532 personnes inscrites sur les listes électorales de Paris, cela fait à peu près 3,2 % des inscrits. Ça n’a nullement empêché Anne Hidalgo de se féliciter du résultat et de mettre sa réforme à exécution en s’exclamant : « C’est la démocratie qui s’exprime. » Le cynisme s’étale ici tranquillement, car si la loi prévoit dans certains scrutin sérieux un seuil en deçà duquel le résultat n’est pas valide au premier tour (12,5 % des inscrits), elle laisse un vide dans les « votations » municipales.

 

L’autorité du vote au secours de l’écolocratie

Que celles-ci acquièrent dans ces conditions l’autorité de la chose légalement votée est une véritable escroquerie. C’est comme si un président de la République était élu avec moins de dix pour cent des inscrits – mais il est vrai que le Conseil Constitutionnel, en réponse à une Question prioritaire de constitutionnalité a estimé le 17 juin 2020 qu’il n’y avait pas en droit français de taux minimum de participation requis pour être élu. Anne Hidalgo, forte de ce qu’elle nomme « un très bon résultat », envisage donc de recourir à d’autres référendums pour « trancher des questions qui relèvent de nos vies quotidiennes », ce qui est une manière de dire qu’elle continuera à gouverner sa ville sans débat et sans passer par les voies normales. Car il suffit, cela a toujours été le cas dans les plébiscites, Napoléon III et le général De Gaulle le savaient, de « bien » poser la question pour obtenir une « bonne » réponse. Toute bêta qu’elle est Anne Hidalgo ne manque pas en la matière d’une certaine ruse, comme le prouve le texte qu’elle a soumis aux Parisiens : « Pour ou contre la création d’un tarif spécifique pour le stationnement des voitures individuelles lourdes, encombrantes, polluantes ? » Voter contre, c’est vraiment assumer d’être un nul ! L’écolocratie reprend les bonnes vieilles grosses ficelles de la dictature, et montre en plus ses adversaires du doigt avec un parfait mépris.

 

Le lourd, l’encombrant et le bêta

Outre le principe de la manœuvre, qui usurpe l’autorité du vote au profit d’une décision qui n’en a pas, le détail de l’application est tout à fait loufoque. Le seuil du lourd et de l’encombrant a varié. Il s’est arrêté à une tonne six cents kilos, entre la tonne huit prévue au départ et la tonne quatre recommandée par la convention citoyenne pour le climat en 2021. Pourquoi ? Mystère et boule de gomme ! Deuxième mystère, ce seuil est porté à deux tonnes pour les véhicules électriques. Pourquoi ? Parce qu’ils polluent moins ? Selon quels calculs, et pour quel type de pollution ? Des études solides montrent qu’au contraire la fabrication des véhicules électriques, et leur recyclage, sont très polluants. Il y a enfin et surtout, comme toujours, les exemptions : « ne seront pas concernés les résidents parisiens et les professionnels ». Il fallait bien cela pour ne pas prendre les électeurs à rebrousse-poil et se retrouver avec un non à la votation.

 

Ecolocratie et fascisme : « pour » mais pas par le peuple

Mais en fait, seuls les 95.000 Parisiens détenteurs d’un abonnement de stationnement à tarif préférentiel « résident » pourront éviter la hausse. Or l’AAA Data, entreprise spécialisée dans les données automobiles, estime que 16 % environ des véhicules d’Ile-de-France tomberaient sous le coup de la réforme s’ils viennent à Paris pour une raison ou pour une autre. David Belliard, adjoint aux mobilités de la mairie de Paris, déclarait en décembre 2023 que les plus de 1,6 tonnes concernées représentaient « à peu près 10 % du parc », soit 7.000 véhicules sur les 70.000 tickets de stationnement émis chaque jour à Paris. Que deviendront-ils ? Et les cousins de province qui se déplacent en monospaces, dont beaucoup, quelle que soit la marque, dépassent la barre des 1.600 kilos ? Eh bien, ils paieront 18 euros la première heure de stationnement, et, s’ils restent six heures dans l’un des arrondissements numérotés 1 à 11, 225 euros. C’est idiot, mais c’est vrai, et j’ai besoin de l’écrire pour y croire, tant c’est invraisemblable. Anne Hidalgo n’est pas tout à fait folle : elle sait bien que sa décision ne satisfait nullement la volonté générale, mais elle l’impose par ce qu’elle estime que c’est l’intérêt général, avec la conviction, déjà exprimée, qu’il est nécessaire d’éliminer la voiture individuelle de Paris. C’est ainsi que fonctionne l’écolocratie : comme le fascisme, pour le peuple, non par le peuple.

 

Bobo écolo lambda et maire bêta

Cette manière de procéder comporte un risque, c’est de se faire rattraper au tournant d’une élection. Un jour, même le bobo lambda peut en avoir assez d’une autocrate maire aussi bêta. Alors, une autre forme d’autorité est nécessaire pour garder à terme la maîtrise des populations. Il est nécessaire que le public se persuade que le combat de l’écolocratie pour la « sauvegarde » du climat et de la terre est juste et intelligent, même s’il est douloureux. Cette forme d’autorité est dévolue à la science, ce qui est un paradoxe puisque la méthode scientifique oppose l’examen rationnel à l’esprit d’autorité, mais un paradoxe bien utile à l’écolocratie. C’est ainsi par exemple qu’a été actionné le GIEC, dont personne ne lit les rapports, mais dont tout le monde croit ce qu’on en dit comme parole d’Evangile.

 

Un gourou sorti de l’X

Mais le GIEC est loin, et il n’est pas dit qu’en son for intérieur le vulgum pecus lui fasse autant confiance qu’on le dit. Il faut que des prêcheurs lui rappellent en permanence la bonne parole écolo à la télévision. Mais pas des verts incompétents : des prédicateurs sérieux, des scientifiques estampillés, qui, face aux Prix Nobel « climatosceptiques », fassent le poids. Tel est exactement dans ce théâtre de l’écolocratie, l’emploi d’un Jean-Marc Jancovici, ancien élève de l’X, ingénieur, enseignant, conférencier, président, directeur et général du « think tank » (en français) « The Shift Project ». Il avait choisi les télécoms à sa sortie de l’X mais il a bien rattrapé le sens du vent, et s’est lancé dans la vulgarisation de la lutte contre le réchauffement du climat, avec bilan carbone, gaz à effet de serre et tout le toutim. Sa force c’est qu’il est bon en BD et qu’il a le sens des idées qui retiennent l’attention et le sens de la formule. C’est ainsi qu’en 2022 son Plan de transformation de l’économie française publié par le Shift project a été un succès de librairie.

 

Le mépris de l’écolocratie élitiste et malthusienne

Dans la foulée, cet adroit gourou lançait le slogan « pas plus de 4 vols dans une vie ». Il était conçu pour choquer les Français et leur ouvrir les yeux sur ce qu’il considère comme un passage obligé. Et d’expliquer : « Je pars du principe que ce “droit à l’avion” est mondial. Evidemment, peut-être qu’une large partie des personnes qui ont “mal” réagi considèrent que leur droit à l’avion est supérieur au droit encore inexistant des Somaliens ou d’une large partie des Indiens, et qu’il faut raisonner à partir des gens qui prennent actuellement l’avion et pas autrement. Il y a actuellement 8 milliards de personnes dans le monde. » La première caractéristique de sa pensée est qu’elle est égalitariste. Le deuxième point est qu’elle est malthusienne et décroissantiste : il ne faut « pas garder beaucoup plus de 10 % du trafic aérien actuel ». La troisième est qu’elle est pleine de mépris pour ceux qui ne pensent pas comme lui : « Ils n’ont pas compris que le pétrole EST le 20e siècle. »

 

X ou bêta, même usurpation de l’autorité

Autrement dit, ils sont périmés et opposés au progrès. La similitude de posture de l’X et de la bêta de Paris est flagrante. Ils avancent, droits dans leurs bottes, sans se soucier d’aucune contradiction. Pourtant, la prétendue « rigueur » arithmétique d’un Jancovici qui prétend interdire aux Français plus de quatre vols par vie pèche par au moins deux points évidents : d’abord, il faudrait qu’il prouve que les émissions de gaz à effet de serre sont nocives ; et ensuite, même en admettant qu’elles le seraient, il faut écarter la possibilité de tout progrès technique permettant aux avions une moindre émission de gaz à effet de serre. On le voit, Jancovici s’enferme lui-même dans un cercle de pensée arbitrairement restreint. Vu son niveau d’études, il ne peut pas ne pas l’avoir vu. Il s’y est donc enfermé volontairement parce qu’il lui fallait justifier la conclusion des quatre vols par vie. Ici la science ne sert donc, objectivement, que comme couverture, pour jouir de son autorité, et non comme méthode. L’écolocratie fonde sa dictature, ici comme là, sur l’imposture intellectuelle.

 

Pauline Mille