A Davos, Mark Carney appelle à une nouvelle tactique pour le « Nouvel ordre mondial » menacé par les USA

 

Alors qu’il vient de déclarer son enthousiasme à l’égard de la Chine communiste lors d’une visite à Pékin, et alors que le Canada vient de signer un accord commercial de très grande envergure avec le plus grand pays ouvertement communiste au monde, le Premier ministre canadien, Mark Carney, s’est distingué à Davos en réclamant l’accélération du « nouvel ordre mondial » dont la Chine fait évidemment partie au premier chef. Ne venait-il pas de déclarer aux responsables communistes rencontrés à Pékin : « Je pense que les progrès que nous avons accomplis dans le cadre de notre partenariat nous préparent bien au nouvel ordre mondial » ?

En plénière à Davos, où sont réunis les grands de ce monde cette semaine, – y compris le trublion Trump qui, justement, n’en veut pas – Carney a réclamé le recours à de nouvelles tactiques pour contourner la rupture du nouvel ordre mondial qu’il dénonce comme une catastrophe.

Mark Carney, qui a justement fait partie du bureau du Forum économique mondial avant de prendre son rôle politique à la tête du Canada, estime qu’il appartient désormais aux nations de taille moyenne de prendre la défense de ce qui y est promu. L’objectif est de parvenir à un ordre mondial revisité, où les Etats-Unis ne joueraient plus un rôle d’acteur majeur. Pour défendre quoi ? « Nos valeurs, comme le respect des droits de l’homme, le développement durable et la solidarité. »

 

Les mondialistes en ordre de bataille avec l’ONU

Traduisez cela selon la clef de lecture donnée par les Objectifs du développement durable de l’ONU : cela veut dire la promotion de l’idéologie woke et de la culture de mort, la soumission à l’imposture des gaz à effet de serre d’origine humaine et la redistribution des richesses depuis les pays riches aux pays pauvres pour payer les dégâts du changement climatique.

L’allocution de Carney au Forum économique mondial s’est révélée d’une rare candeur. Il a reconnu que tout le monde savait (ou en tout cas : « nous savions », dit-il) que « l’ordre mondial basé sur les règles » n’était que partiellement appliqué, sachant que les plus forts pouvaient s’en exempter à volonté. « Nous savions que la loi internationale s’appliquait avec des rigueurs diverses selon l’identité de l’accusé ou de la victime » – La Fontaine a toujours raison : selon que vous serez puissant ou misérable…

Selon Carney, « cette fiction était utile, et l’hégémonie américaine en particulier a permis de procurer des biens publics : des voies maritimes ouvertes, un système financier stable, la sécurité collective, un soutien aux cadres permettant de résoudre les conflits ». C’est la raison pour laquelle, selon Carney, si tous ont participé aux « rituels », personne n’a jamais voulu mettre en évidence les ratés du système : « Ce marché ne fonctionne plus. »

« Je vais être direct : nous sommes au milieu d’une rupture et non d’une transition. Au cours des deux dernières décennies, une série de crises (financière, sanitaire, énergétique, géopolitique) a mis à nu les risques d’une intégration globale extrême. Plus récemment, de grandes puissances ont commencé à utiliser l’intégration économique comme une arme. » Carney faisait évidemment référence à Trump et à ses droits de douane.

 

A Davos, Carney reconnaît des non-dits du Nouvel ordre mondial

Ce qu’il n’a pas dit, c’est que les Etats-Unis, tout comme les pays développés, ont pâti de cette intégration économique globale, le mondialisme ayant fourni, d’abord à la Chine mais aussi à d’autres, la possibilité de bénéficier de conditions de concurrence tout à fait déloyales.

Selon son analyse, « les institutions multilatérales auxquelles les puissances moyennes ont fait confiance (à savoir l’OMC, l’ONU et la COP), c’est-à-dire l’architecture même de la résolution collective des problèmes, sont menacées ». La tentation aujourd’hui est de rechercher une plus grande autonomie énergétique, alimentaire et de ressources. « Quand les règles ne vous protègent plus, il faut vous protéger vous-même », a-t-il déploré.

« Soyons lucides sur les conséquences d’une telle décision. Un monde de forteresses sera plus pauvre, plus fragile et moins durable, et il y a une autre vérité… », a poursuivi Carney. « Si les grandes puissances abandonnent jusqu’au semblant des règles et des valeurs pour poursuivre sans entrave leur pouvoir et leurs intérêts, les gains du transactionnalisme deviendront plus difficiles à reproduire. »

« Si vous n’êtes pas à table, vous serez au menu », a-t-il lancé, provoquant une ovation dans la salle de réunion de Davos.

Mais ce sont les Etats-Unis qui sont, en effet, en train de quitter la table. Qu’on pense au retrait de Trump de 66 organisations internationales, et en particulier de celles vouées à la mise en œuvre de la lutte contre le réchauffement et le changement climatique, y compris les principales institutions onusiennes au service d’objectifs idéologiques sous couvert de « science ».

 

Le Nouvel ordre mondial et Davos : un « échec » pour l’Occident

S’exprimant à Davos, lors d’une table ronde sur le commerce international, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a critiqué le Forum économique mondial et soutenu les mesures prises par Trump pour restaurer la souveraineté américaine.

« Nous sommes à Davos, au Forum économique mondial, et l’administration Trump – ainsi que moi-même – sommes ici pour faire passer un message très clair. La mondialisation a été un échec pour l’Occident et pour les Etats-Unis d’Amérique. C’est une politique qui a échoué », a déclaré Lutnick devant un public composé de bureaucrates et de soi-disant journalistes, plongé dans un silence gêné selon The New American. « Le fait est qu’elle a laissé l’Amérique à la traîne », a-t-il poursuivi. « Elle a laissé les travailleurs américains à la traîne. Et ce que nous sommes venus dire ici, c’est que “l’Amérique d’abord” est un modèle différent – un modèle que nous encourageons les autres pays à envisager – qui consiste à donner la priorité à nos travailleurs. »

M. Lutnick a ensuite fustigé les dirigeants étrangers qui externalisent tout, des médicaments aux semi-conducteurs, tout en ouvrant leurs frontières au monde extérieur. Cette politique insensée a ouvert la porte aux communistes chinois, qui ont pu s’imposer et rendre l’Occident dépendant de leurs capacités de production, a-t-il affirmé.

Deux visions s’affrontent, et elles sont contradictoires. Celle qui a laissé les Etats-Unis et nos vieux pays européens pour compte est celle que le mondialisme affirme clairement vouloir maintenir.

Larry Fink, PDG de BlackRock et co-président par intérim du Forum économique mondial, s’est exprimé lui aussi en soulignant le désamour dont souffre ce machin globaliste. Il a même reconnu que les élites mondiales avaient largement perdu la confiance des peuples après l’affaire du covid.

D’autres, comme Carney et Fink, ont affirmé leur volonté de poursuivre quand même. Allons-nous assister à la manœuvre classique du pas en arrière pour permettre d’autres pas en avant plus tard ?

La volonté des Etats-Unis de recouvrer leur souveraineté est évidente, et il serait imprudent de penser que les partisans de la gouvernance globale resteront sans réagir.

 

Trump ne veut pas du Nouvel ordre mondial

Mais que se passerait-il si Trump décidait de retirer totalement les Etats-Unis de l’ONU, retirant des financements qui lui sont indispensables ? Son initiative visant à mettre en place un Conseil de la paix (avec un ticket d’entrée à 1 milliard de dollars pour obtenir un siège permanent et l’acceptation de principe, déjà, d’Israël, du Maroc, de l’Argentine…, et un droit de veto fixé à deux tiers des Etats membres) suggère qu’il songe à une structure parallèle pour régler les conflits mondiaux, vidant ainsi les Nations Unies de leur substance. Mais il a déclaré mardi : « Il faut laisser l’ONU continuer. »

Si certains Etats ont d’ores et déjà rejeté l’idée, à commencer par la France par la voix de Macron, d’autres y réfléchissent sérieusement ou hésitent à dire un non franc et massif. Ainsi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est-elle contentée de réserver sa réponse en invoquant la nécessité de se coordonner avec ses partenaires.

Sans rejeter l’idée d’emblée, la Chine, sans surprise, défend le système international existant avec l’ONU en son centre. Il est vrai que l’ONU (où elle a de nombreux pions) sert fortement ses intérêts.

 

Jeanne Smits