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Daech : le Premier ministre irakien al-Abadi demande un plus grand soutien contre l’Etat islamique à la coalition

Daech : le Premier ministre irakien al-Abadi demande un plus grand soutien contre l’Etat islamique à la coalition
 
La coalition internationale emmenée par les Etats-Unis parle beaucoup et tous s’accordent pour répéter qu’il faut absolument vaincre l’Etat islamique. Mais sur le terrain, c’est l’Etat islamique qui progresse, contre le monde entier semble-t-il. Les autorités irakiennes et iraniennes accusent à demi-mots la coalition de ne pas prendre les moyens de gagner cette guerre, ce que les résultats sur le terrain semblent confirmer. Face à Daech, le Premier ministre irakien al-Abadi a beau demander un plus grand soutien contre l’Etat islamique, rien ne change au fond.
 
Alors que la coalition internationale est présente depuis un an maintenant en Irak, aucune victoire significative contre l’Etat islamique n’est à relever : Daech vient au contraire de prendre les villes de Ramadi (Irak) et Palmyre (Syrie) sans opposition.
 
Les autorités iraniennes accusent par ailleurs les Occidentaux de n’avoir qu’une idée en tête, faire tomber Bachar el-Assad, tandis que le terrorisme islamiste progresse dramatiquement dans la région.
 
Lors d’une conférence organisée mardi à Paris sur la lutte contre l’Etat islamique, le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a clairement dénoncé un manque de soutien de cette coalition.
 
Il réclame notamment plus de renseignements et un soutien aérien accru des forces étrangères.
 
« Ils [les djihadistes] reçoivent le soutien de centaines de nouveaux combattants, des combattants étrangers bien entraînés et bien armés », confiait-il à des journalistes juste avant la rencontre : « C’est une organisation transnationale. Nous avons besoin du soutien du monde, des renseignements du monde et nous ne les obtenons pas. »
 

Les Etats-Unis reprochent aux Irakiens de ne pas se battre, Al-Abadi réclame plus de soutien de la coalition

 
Le secrétaire américain de la Défense, Ashton Carter, a accusé les forces irakiennes de n’avoir « aucune volonté de se battre ». Alors qu’elles étaient en surnombre, les forces irakiennes ont en effet fui Ramadi avant même de se battre, laissant une fois de plus tout un arsenal militaire américain derrière elles.
 
Mais si le Premier ministre irakien a promis d’enquêter pour savoir pourquoi les forces irakiennes s’étaient retirées sans se battre il a également reproché à la coalition de ne pas avoir fourni le soutien nécessaire à cette bataille. « Les forces irakiennes sont prêtes à combattre, mais si vous n’avez pas ni les renseignements ni les informations provenant des avions qui voient à l’avance ce qui se déroule, comment pouvez-vous réagir ? », a-t-il lancé lors de son passage à Paris.
 
« Nous allons redoubler d’efforts », a par ailleurs affirmé l’adjoint du secrétaire d’Etat américain Tony Blinken, qui organisait la rencontre en raison de l’absence de John Kerry, blessé pendant le week-end.
 

Al-Abadi affirme avoir reçu très peu d’armement ou de munitions de la part de la coalition contre Daech

 
Il a notamment affirmé que les Etats-Unis faciliteraient l’obtention d’armes aux Irakiens, alors qu’al-Abadi affirmait que la Russie et l’Iran, pays sous sanctions occidentales, pouvaient être de bons fournisseurs.
 
Encore des promesses – mais le Premier ministre irakien a encore une fois répondu : « Nous n’avons pas vu beaucoup d’armement et de munitions. Presque aucun. Nous comptons sur nous-mêmes mais combattre ainsi est très difficile. »
 
Le jour même, l’assistant du président Russe Vladimir Kozhin affirmait que le Russie s’apprêtait à livrer l’équivalent en armes de plusieurs centaines de millions de dollars aux forces irakiennes.
 
De son côté, le ministre Français des Affaires étrangères Laurent Fabius est resté bloqué sur le contexte syrien, affirmant qu’il n’y aurait pas de solution contre l’Etat islamique sans le départ de Bachar el-Assad. « La stabilisation de l’Irak ne peut se faire sans transition politique en Syrie », a-t-il affirmé.
 

Fabius demande le départ de Bachar, l’Etat islamique passe au second plan

 
En marge du rassemblement, le président iranien Hassan Rohani accusait clairement les gouvernements arabes et occidentaux d’avoir fait des calculs erronés en soutenant les rebelles syriens et en se focalisant sur la chute de Bachar el-Assad.
 
« Malheureusement, certains pays ont fait de faux calculs et pensaient que les groupes terroristes seraient pour eux un moyen d’atteindre leurs objectifs, quand tôt ou tard ils allaient être affectés par ce même fléau, le terrorisme », a-t-il déclaré à Téhéran, alors qu’il recevait le porte-parole du parlement syrien, Jihad al-Lahham.
 
Le ministre allemand des Affaires étrangères a soulevé un autre problème, celui de l’unité des Irakiens sunnites et chiites, encore très difficile à imaginer.
 
Haider al-Abadi s’est félicité de la fuite de la population sunnite de Ramadi, y voyant le signe du rejet de l’Etat islamique et d’une confiance dans le gouvernement irakien.
 
Mais le ministre allemand, Frank-Walter Steinmeier, a affirmé que la coalition ne se faisait « aucune illusion » sur la difficulté d’une victoire militaire d’une part mais également sur l’instauration de la paix en Irak. Cette situation pourrait changer si la coalition se décidait enfin à envoyer des troupes au sol, ce qu’elle évite depuis un an de présence en Irak… Difficile de croire que son objectif soit réellement la paix car pendant ce temps la division entre chiites et sunnites ne cesse de croître et le terrorisme islamiste de se propager.
 
La restructuration du Proche-Orient suit son cours, sans que la coalition ne s’y oppose, malgré ses déclarations régulières contre l’Etat islamique.
 

Béatrice Romée