Fiscalité et retraites : les baby-boomers en ligne de mire

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La moitié des Français souhaitent baisser les pensions des retraités afin de réduire la dette, affirme un sondage commenté ce lundi par CNews. Le sondage en question, réalisé par l’IFOP pour l’association Les Actifs Anonymes, joue de la fibre dialectique pour opposer actifs et retraités, ces derniers étant accusés par les premiers de coûter trop cher. Détail remarquable : 52 % des retraités assurent aux termes de ce sondage que leurs pensions doivent être revues à la baisse pour contribuer à l’effort général. Remarquable sens civique ? N’allons pas si vite. Un sondage a bien souvent pour principal objet d’orienter l’opinion publique.

D’autre part, et le même jour, on revient dans 20 minutes sur les 9.000 milliards d’euros d’héritage des baby-boomers français qui vont mourir au cours des prochaines décennies avec cette question qui fleure le socialisme à plein nez : « comment gérer » ces sommes gigantesques ? Comme s’il appartenait à l’Etat de se débrouiller pour que la manne soit moins importante pour les héritiers, au nom d’un égalitarisme que la fortune familiale viendrait contredire.

Dans les deux cas, la solution sous-entendue est toujours plus de socialisme : l’égalisation des revenus par le biais d’une action sur les charges sur les salaires, et une fiscalité plus lourde en ce qui concerne la transmission patrimoniale.

 

Les baby-boomers et l’inflation de la fiscalité et des retraites

Le sondage se focalise certes sur la fin des régimes spéciaux des retraites : trois quarts des Français voudraient en voir la fin. Tandis que 66 % espèrent voir les pensions des fonctionnaires « plafonnées », ils bénéficient, on le sait, de conditions de calcul bien plus favorables que les salariés du privé. Les sondés sont également favorables à 60 % à l’idée selon laquelle le niveau de vie des actifs doit être supérieur à celui des retraités (ce qui ne veut pas dire grand-chose puisqu’on raisonne en moyenne).

Plus de 90 % des Français considèrent que le travail ne paye pas suffisamment. On les comprend. Il y a des villes où, même avec un bon salaire, on ne peut pas espérer acheter un appartement familial, et il est toujours plus difficile de subvenir aux besoins d’une famille avec un seul salaire.

Mais cela ne tient pas au poids des retraités d’abord : la question est celle de la fiscalité et des charges qui pèsent sur chacun. Pour le travailleur moyen, les charges patronales et salariales confisquent déjà plus de la moitié des sommes dépensées par l’employeur pour lui. Après quoi, il paiera des impôts : la TVA, la TIPP, les taxes locales et toute cette foultitude de contributions diverses qui ne disparaîtront même pas à sa mort, car s’y ajoutent d’éventuels droits de succession qui pèsent déjà lourd, les abattements pour les héritiers directs ayant été amputés en 2012, passant de plus de 150.000 € à 100.000 et jamais revalorisés depuis : la réalité est que les successions ne cessent d’être plus lourdement imposées. D’ailleurs les « impôts en capital » (droits sur les successions et donations) représentent 0,7 % du PIB en France en 2024, pour une moyenne de 0,3 % dans la zone euro. En ligne indirecte, l’Etat prend d’ailleurs les trois cinquièmes des sommes transmises.

 

Les baby-boomers excitent les convoitises

Voilà donc le patrimoine des baby-boomers qui excite les convoitises de l’Etat, simplement parce qu’ils sont riches et que l’Etat, de plus en plus boursouflé, a besoin de moyens pour payer la dette et ses dépenses omniprésentes : en 2025, les dépenses publiques représentent 58,2 % du PIB selon l’INSEE, et la France demeurait championne des prélèvements obligatoires de la zone euro en 2024 avec plus de 45 % du PIB selon le mode de calcul d’Eurostat.

Ce sont ces seniors dont Astrid Panosyan-Bouvet annonçait en janvier 2025 qu’ils « possèdent 60 % du patrimoine financier et non financier de notre pays » en étant, pour les trois quarts d’entre eux, « propriétaires ». Un gros mot ?

Aujourd’hui, « en France, la part de la fortune héritée dans le patrimoine total représente désormais 60 %, contre 35 % au début des années 1970 », selon le Conseil d’analyse économique qui assiste le Premier ministre. Et 10 % des ménages français les plus riches en détiennent plus de la moitié.

Une fois de plus, on tire argument de ces statistiques pour déplorer que le travail paye de moins en moins, toujours sans dénoncer la bouffissure de l’Etat. Et on nous parle de « gérontocratie patrimoniale ».

Jamais à court d’idées étatistes, 20 Minutes cite l’économiste André Masson (auteur de L’Héritage au XXIe siècle) qui imagine des bonus pour le placement du patrimoine des vieux en investissements dans les infrastructures, le numérique, l’écologie (son absence eût étonné !), le social ou encore l’éducation, la formation ou le logement pour les jeunes. Pourvu qu’il s’agisse des enfants des autres, sans doute !

 

Fiscalité, retraites : toujours plus de socialisme

Parallèlement, on pourrait frapper, selon Masson, d’une surtaxe successorale ceux qui préfèrent transmettre directement leur patrimoine à leurs enfants : maisons de famille et autres biens marquant la continuité des lignées…

Car en toile de fond de toutes ces idées, il y a la détestation de la famille, de son esprit d’entraide et de transmission dans la durée de biens matériels, mais aussi immatériels. Tout transformer en argent public ou presque, c’est en finir avec la constitution traditionnelle de la société.

Comme toujours, on oublie, dans toutes ces évaluations et propositions, la nouvelle donne de l’invasion de l’IA et de la robotique fonctionnant à l’intelligence artificielle. Demain, ce ne seront pas seulement les retraités qu’il faudra alimenter, mais tout un monde exclu du travail qui fera pousser encore la tendance collectiviste. Ou pire encore : le bon débarras des bouches inutiles.

 

Jeanne Smits