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Hiver démographique en Espagne : ces 1000 villages sans naissance depuis 2012

Hiver démographique Espagne 1000 villages sans naissance 2012
 
Les données de l’Institut national des statistiques espagnoles viennent de sortir : au 1er janvier 2017, on a comptabilisé plus de 1000 villages – 1.027 exactement – où aucune naissance n’a été enregistrée depuis le 1 janvier 2012. Ce sont surtout des communes rurales de l’intérieur de l’Espagne, victimes de l’exode rural certes, mais surtout symboles d’une dénatalité catastrophique et d’un vieillissement inexorable. Aucun enfant de moins de cinq ans n’y habite. Cela représente 13 % des communes espagnoles (il y en a 8124 au total).
 
A ces chiffres s’ajoutent d’autres plus spectaculaires encore, déjà plus anciens. Au 1er janvier 2017, outre ce bon millier de villages sans enfants en âge préscolaire, l’INE comptabilisait 633 communes sans aucun enfant de moins de 11 ans, et encore 420 autres où l’on ne recense pas un seul habitant de moins de 15 ans.
 

L’hiver démographique en Espagne rime avec des villages sans naissance depuis 2012

 
On constate certes une augmentation de la population dans les communes plus importantes à mesure que les jeunes émigrent vers les grandes villes. Ainsi Madrid et sa banlieue, véritable pôle d’attraction, attirent des habitants venus des deux Castille, vidant peu à peu les communes les plus proches : entre 2008 et 2016, pas moins de 72.645 personnes sont venues s’installer à Madrid en provenance de Castille et Léon, seule 8.072 personnes ayant pris le chemin inverse.
 
Mais il ne faut pas pour autant parler forcément de dynamisme. Trois villes de plus de 100.000 habitants en Espagne, Salamanque, Léon et Valladolid comptent déjà plus de 25 % d’habitants de plus de 65 ans. Celles qui comptent le moins de personnes âgées (10 %) sont souvent des agglomérations à population surtout ouvrière, proches des grandes villes historiques où le logement est cher. C’est le cas à Parla, près de Madrid, qui détient également le record espagnol de la population de moins de 10 ans : 15 %.
 
Mais Parla, 125.000 habitants, compte également la plus forte proportion d’immigrés de la communauté de communes de Madrid : officiellement 23,63 %, soit plus de 30.000 âmes, en 2015, dont une majorité de Marocains.
 

Remplacement de population en Espagne

 
Les provinces de Castille et Léon, de Galice et des Asturies sont celles qui vieillissent le plus vite, contrairement à celles de Murcie, des Baléares et des Canaries : stations balnéaires ou zone d’arrivée de migrants via la Méditerranée, c’est selon.
Mais on ne parle nulle part d’une natalité florissante. Sauf dans l’enclave espagnole en Afrique : Ceuta et Melilla affichent des taux bien plus élevés que la moyenne espagnole. A Melilla, l’âge moyen est de 35 ans, à comparer avec la moyenne espagnole de 43,1 ans. Mais c’est là aussi au prix d’un remplacement de population : on y compte de plus en plus d’originaires du Maroc. Si l’INE n’a pas le droit de faire de statistiques ethniques, l’Institut royal Elcano (think tank espagnol de centre-gauche fondé en 2001) parle d’un changement démographique et culturel « structurel » dont on pourra « retarder les effets mais non les éviter », avec une augmentation « des conflits de type ethnique et religieux ». Conflits qu’il attribue au défaut de croissance économique allant de pair avec l’augmentation de la population, mais en attendant, on apprend qu’à Melilla 50 % de la population et 70 % des habitants en âge scolaire sont arabes ou berbères – avec 75 % des naissances d’origine marocaine aujourd’hui, tandis qu’à Ceuta, 28 % des enfants nés en 2015 étaient de mère étrangère.
 

Anne Dolhein