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“Humanae vitae” : la commission Marengo « qui n’existe pas » a une autorisation exceptionnelle pour accéder aux archives secrètes du Vatican

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Matthew Cullinan Hoffman livre sur LifeSiteNews une réflexion très éclairante sur l’existence ou non d’une commission secrète sur Humanae vitae. A-t-elle oui ou non été formée à la demande du pape François pour réinterpréter l’encyclique Humanae vitae qui réitère pour notre temps la condamnation constante de la contraception « artificielle » ? De nombreuses sources sérieuses, depuis le vaticaniste Marco Tosatti jusqu’à Roberto de Mattei (qui donnait même la liste de ses membres) attestent du sérieux de la rumeur, et le cardinal Burke, dans son récent entretien avec The Wanderer a déclaré que sans en avoir une connaissance directe il pense qu’on peut « y ajouter foi » au vu de la qualité habituelle des informations données en ce sens par plusieurs personnes de sa connaissance. Un récent article de Matthew Cullinan Hoffman dans LifeSiteNews vient apporter des éléments plus directs : ainsi peut-on affirmer aujourd’hui que la commission « qui n’existe pas » dispose de l’avis de son chef Gilfredo Marengo d’une autorisation tout à fait exceptionnelle pour accéder aux archives secrètes du Vatican sur le sujet.
 
L’annonce de la création de cette commission secrète a fait l’objet de plusieurs démentis, le dernier en date étant celui de Mgr Vincenzo Paglia lors d’un entretien avec la Catholic News Agency où il niait toute implication du pape François mais demandait « un regard positif sur toutes ces initiatives, comme celle du professeur Marengo de l’Institut Jean-Paul II, qui visent à étudier et approfondir ce document en vue du 50e anniversaire de sa publication ». Gilfredo Marengo est en tête des personnes citées par Roberto de Mattei comme faisant partie de la commission mise sur pied à l’initiative du pape.
 

Réinterpréter “Humanae vitae”

 
Marengo lui-même a pu qualifier les informations sur ladite commission de « comptes-rendus imaginatifs », assurant que ses travaux ne visent pas à « concilier Amoris laetitia et Humanae vitae ». Lui-même décrit son travail comme une « investigation historico-critique sans autre but que de reconstruire aussi exactement que possible le processus de composition de l’encyclique ».
 
Mais dans un entretien donné fin juillet à Radio Vatican, cherchant manifestement à faire taire les rumeurs, Marengo en réalité conforté celles-ci en confirmant les détails donnés par Roberto de Mattei. Il en a même ajouté un qui constitue une véritable « bombe » : son « groupe d’études », comme il dit, a obtenu l’accès semble-t-il exclusif aux archives secrètes du Vatican pour réaliser cette enquête.
 
Après avoir confirmé l’identité des chercheurs – Pierangelo Sequeri, Philippe Chenaux et Angelo Maffeis avaient tous étés cités par Roberto de Mattei un mois plus tôt – Marengo parle de l’intérêt du point de vue de la recherche historico-théologique d’avoir accès à tous les documents qui ont donné lieu à des phases d’écriture successive depuis juin 1966 jusqu’à la publication définitive en 1968.
 
Le lendemain, dans une déclaration faite à Catholic News Service, Gilfredo Manfredo renchérissait, affirmant combien il estimait important de « demander au Vatican de mettre de côté les règles qui empêchent les universitaires d’avoir accès au matériel archivé du Vatican pendant 70 ans », se félicitant ensuite de l’acceptation qui lui avait été signifiée par les autorités vaticanes compétentes en vue d’avoir accès aux archives secretes du Vatican et aux archives de la Congrégation pour la Doctrine de la foi.
 

Une commission qui n’existe pas obtient l’autorisation très exceptionnelle d’accéder aux archives secrètes du Vatican

 
Ce n’est pas un mince privilège, constate Matthew Cullinan Hoffman, puisque le Vatican empêche l’accès à quasiment tout l’ensemble des archives datant du pontificat de Pie XII jusqu’à l’époque présente, au motif qu’il faut cataloguer et préparer le matériel disponible avant que les chercheurs puissent obtenir l’autorisation de le voir. Seuls quelques fonds postérieurs à 1939 sont ouverts, notamment celui concernant le concile Vatican II, et ce malgré des pressions considérables visant par exemple les archives pouvant éclairer l’attitude de Pie XII par rapport à l’Allemagne nazie et aux juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale.
 
C’est donc une autorisation tout à fait exceptionnelle qui a été accordée au père Marengo et à son « groupe d’études », alors que d’autres requêtes visant les archives encore fermées ont pu être réitérées pendant des décennies. Il s’agit même d’un « privilège inimaginable » pour un groupe qui affirme ne rien vouloir faire de plus que le récit historique de la composition d’une encyclique. « Un tel accès n’a pu être accordé qu’aux niveaux les plus élevés de l’autorité Vaticane. S’il ne s’agit pas d’une “commission pontificale”, comme l’affirme Mgr Paglia, il possède des privilèges qui le font rivaliser avec une telle commission », note Cullinan Hoffmann.
 
Quel est donc l’objectif de ce groupe qui lui vaut un tel traitement de faveur ? Est-ce le fait que les diverses consultations lancées par Paul VI en vue de la rédaction de l’encyclique avaient abouti à la proposition de légitimer la contraception artificielle ?
 

“Humanae vitae” contestée selon la logique d’“Amoris laetitia” ?

 
Cullinan Hoffman répond pour sa part que la réponse se trouve sans doute dans le recours revendiqué à des méthodes historico-critiques : celles-ci cherchent à comprendre les textes à travers le processus de leur création mais aussi en étudiant le contexte social et culturel qui a entouré leur rédaction. Appliquées à l’étude de la Bible, elles peuvent être utilisées de manière orthodoxe, mais elles ont également été utilisées à des fins révisionnistes, par exemple pour indiquer que les récits de miracles ne sont que des artifices littéraires, ou pour contester la réalité de la naissance virginale du Christ ou encore sa résurrection d’entre les morts.
 
Avoir recours à de telles méthodes pour un texte qui a été publié du vivant d’un pourcentage non négligeable de la population actuelle semble pour le moins étrange.
 
Un peu moins étrange, peut-être, lorsque l’on tient compte des déclarations de Marengo pour qui Humanae vitae insiste de manière « novatrice » sur le caractère non seulement procréatif mais aussi unitif des relations conjugales, et pour qui la déclaration de Paul VI sur la « valeur objective pour les familles chrétiennes de l’exercice de la paternité responsable dans le cadre des méthodes naturelles » étaient également une nouveauté.
 
Or Paul VI n’a pas innové sur ces points, puisque la théologie morale et la loi canonique ont depuis longtemps considéré l’acte sexuel comme la consommation d’une union sacramentelle absolument indissoluble entre époux, qu’il aboutisse ou non à une procréation, et que le catéchisme du Concile de Trente et celui de saint Pie X évoquent l’unité des époux et leur soutien mutuel parmi les premières fins du mariage. Pie XI lui aussi parle longuement de la fin unitive de l’acte sexuel dans Casti Connubii. L’abstinence périodique a quant à elle été admise pour éviter la conception par la Pénitentierie apostolique dès la fin du XIXe siècle. Et dans Humanae vitae, il n’y a aucune contradiction de Paul VI par rapport à l’enseignement de l’Eglise affirmant que la première fin de l’acte sexuel est la procréation.
 

Gilfredo Marengo met en cause les « idéaux théologiques trop abstraits et artificiellement construits »

 
Par ailleurs, si Marengo écarte avec légèreté l’idée qu’il cherche à concilier Humanae vitae avec Amoris laetitiae, ses propres écrits le démentent. Il y a quelques mois, il a publié un article dans Vatican Insider où il minimise la condamnation par l’Eglise de la contraception, demandant si « le jeu polémique – oui à la pilule – non à la pilule, comme celui d’aujourd’hui – oui à la communion pour les divorcés – non à la communion pour les divorcés – n’est pas simplement la manifestation d’un inconfort et d’une tension, beaucoup plus décisive dans le tissu de la vie de l’Eglise ».
 
Dans ce même article, il met en cause « les modèles de vie dérivés d’idéaux théologiques trop abstraits et artificiellement construits », où la communauté chrétienne « conçoit son action pastorale comme l’application schématique d’un paradigme doctrinal ». A l’appui de quoi Marengo cite Amoris laetitia dans ses passages sur la présentation d’un « idéal théologique du mariage trop abstrait ».
 
Tout cela pose de multiples questions, aggravées par le fait que le pape François lui-même a plusieurs fois, en contradiction frontale par rapport à Humanae vitae, affirmé que la contraception constituait un « moindre mal », notamment face aux virus Zika.
 
Dans un entretien accordé en 2014 au Corriere della Sera, le pape François évoquait les différentes manières d’interpréter Humanae vitae, affirmant : « Paul VI lui-même, vers la fin, recommandait aux confesseurs d’avoir beaucoup de miséricorde et d’attention pour les situations concrètes. » Qualifiant son prédécesseur de génie « prophétique », François ajoutait : « L’objectif n’est pas de modifier la doctrine, mais il faut aller en profondeur et s’assurer que le ministère pastoral tienne compte de la situation de chaque personne et de ce que cette personne-là peut faire. »
 
Toutes choses qui font craindre que la « commission qui n’existe » pas s’oriente bien vers une réinterprétation de l’interdit constant de la dissociation volontaire entre procréation et union dans le cadre de l’acte conjugal, dont l’enseignement d’Humanae vitae affirme au contraire qu’il n’est jamais licite de les séparer volontairement.
 

Jeanne Smits