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Famille refuge : 2/3 des Italiens de 18/34 ans vivent chez leur Mama

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Selon une étude de l’institut Eurostat, si les jeunes Européens quittent dans l’ensemble la maison de leurs parents plus tôt qu’avant la crise de 2008, les Italiens inversent la tendance : 2/3 des 18/34 ans trouvent refuge dans leur famille et vivent toujours chez leur Mama. L’économie n’est pas leur seule raison.
 
« Bambiccioni », de grands bambins, c’est ainsi que le ministre des finances Tomasson Padoa-Schiopa nommait les Italiens en 2007 déjà, et le phénomène s’accentue : depuis huit ans, la proportion des 18/34 ans à rester sous le toit de leurs parents augmente régulièrement, au point d’atteindre les 2/3, quand leurs homologues anglais et allemands ne sont qu’un peu plus de 34 % à le faire, et les Danois 19,7 %. Plus significatif encore, les jeunes les plus âgés (25/34 ans) sont encore plus de la moitié à trouver refuge dans leur famille, quand ils ne sont que 10 % en France et moins de 4 % au Danemark. Mama mia, c’est un phénomène typiquement italien !
 

L’économie n’explique pas que 2/3 des 18/34 ans cherchent un refuge

 
La première raison alléguée pour l’expliquer est la « crise » de l’économie italienne, et singulièrement le chômage. Mais l’on note que les étudiants forment 18,8 % des jeunes qui restent au nid, les chômeurs 24,3 % et les employés à plein temps 40,3 %. Et les 18/34 ans de Pologne et de Hongrie, fortement touchés par le chômage des jeunes, sont beaucoup moins nombreux à rester à la maison.
 
Une autre donnée économique pèse son poids, la croissance rapide de ceux qu’on nomme là-bas les « milleuristi », ceux dont le salaire ne dépasse pas mille euros par mois. La prudence les pousse à rester chez leur mama pour réduire les frais. Mais la crise touche toute l’Europe, et la réponse des pays du Nord n’est pas la même parce que les mentalités façonnées par l’histoire ne sont pas les mêmes. La défiance traditionnelle des Italiens devant l’endettement les porte à ne pas tenter d’acheter un logement, mais plutôt à utiliser au mieux celui de la famille.
 

Les Italiens ont peur : la famille, la mama, sont leur refuge

 
Ce comportement qui paraît à certains sociologues archaïque semble à d’autres hyper-moderne, plus environment-friendly, exploitant au plus juste les ressources, tendant à la décroissance. Il reflète surtout la décroissance démographique de l’Italie. Dans les années soixante, la péninsule regorgeait de bambini, et les Italiens émigraient partout dans le monde. Aujourd’hui, le taux de fécondité de la botte est l’un des plus bas d’Europe et du monde, les rues sont noires de migrants et les bambiccioni restent bien à l’abri dans leur famille. Il est caractéristique que chez les 18/34 ans, 73,6 % des garçons demeurent chez leur mama. On dira structure familiale forte, tradition, plaisir, et on aura raison, mais il faudrait ajouter un quatrième mot : peur. Les jeunes Italiens ne sont pas seulement soumis, comme leurs homologues de partout, à l’obligation de trouver un emploi et de l’argent en affrontant la « crise », ils ont peur de disparaître. Le bouleversement de la civilisation européenne par la submersion migratoire les pousse à se réfugier sous l’aile de leur mama.
 

Pauline Mille