Bébé seringue : la FDA approuve pour la première fois un kit d’insémination artificielle

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Depuis huit ans, il est le produit phare de l’entreprise Mosie Baby. Mais ce kit d’insémination artificielle à domicile vient d’acquérir la consécration suprême, à savoir l’approbation de la FDA (Food and Drug Administration). Tout un chacun pourra désormais se le procurer auprès de partenaires de santé, en plus d’Amazon où il était déjà disponible, ou même d’Ebay où les produits d’occasion pullulent…

Rien de très novateur, a priori, dans cette technique d’insémination artisanale existant depuis bien longtemps. Et puis, nous dira-t-on, la seringue est plus naturelle que la FIV qui fait se passer la conception à l’extérieur du corps de la femme, d’une manière médicalisée. Mais cet estampillage par un organe officiel gouvernemental est un geste officiel à l’adresse de tous les « couples non traditionnels » qui ne peuvent pas, par nature, concevoir d’enfants et pour qui le coût de la PMA est rédhibitoire. Et c’est un énième pied de nez au Décalogue, dans cette tentative systématique de disjoindre l’acte sexuel de la procréation.

 

Le premier kit à domicile autorisé par l’agence pour l’insémination intravaginale

« Conçu pour être utilisé avec un échantillon de sperme de donneur frais ou congelé par cryogénie, chaque kit Mosie Baby comprend deux seringues brevetées, spécialement conçues pour l’insémination à domicile, et deux gobelets de collecte exclusifs pour la collecte de sperme. »

Grâce à cette autorisation de classe II, Mosie Baby va pouvoir élargir l’accès à son kit qui a été jugé « substantiellement équivalent » au dispositif principal utilisé dans l’insémination intra-utérine (IIU) administrée cliniquement, non seulement beaucoup plus coûteuse (environ 1.000 dollars), mais aussi beaucoup plus invasive. Il sera bientôt disponible auprès de partenaires de soins de santé en 2024.

L’entreprise explique ainsi sa mission : « Mosie Baby a pour mission de donner aux gens les outils dont ils ont besoin pour agrandir leur famille selon leurs propres conditions. Leur vision est de créer une communauté sûre et inclusive pour celles qui cherchent à concevoir en ouvrant des conversations autour de la conception tout en apportant dignité, accessibilité et confiance au processus d’insémination à domicile. »

Déjà, les mots « inclusive » et « conversation » donnent une petite idée de l’orientation.

Son coût : 129,99 dollars. C’est à la fois cher et pas cher. Cher dans le sens où une simple seringue à 50 cents pourrait généralement faire l’affaire. Pas cher dans le sens où c’est le prix artificiel d’un enfant qui n’aurait jamais dû voir le jour, n’étant pas le fruit de l’amour libre et personnel d’un homme et d’une femme engagés dans les liens du mariage devant Dieu.

 

La seringue, quand « les rapports sexuels ne sont même pas une option »…

Parce que la clientèle d’un tel produit n’est pas tant les couples hétérosexuels ayant des difficultés pour concevoir de manière directe, pour cause de vaginisme ou de malformation de l’un ou de l’autre (ce qui dans certains cas, selon l’Eglise, est déjà problématique). Non, la clientèle devient mécaniquement la communauté LGBT.

Les nombreux témoignages présents sur le site de la start-up Mosie le confirment : 7 pages pour les couples hétérosexuels contre 14 pages pour les « couples » LGBT et 3 pages pour les célibataires, femme ou homme. Autrement dit : rien qu’en lisant ces histoires-exemples, presque deux enfants sur trois ont vu le jour, grâce à Mosie, dans une « famille » dépourvue d’un père et d’une mère. Quelle chance.

La fondatrice de Mosie Baby l’écrit sur le site : « Le monde de la fertilité est très différent de ce qu’il était il y a 10 ou 20 ans. Il est donc probablement temps de supprimer les termes de naissance et de conception “naturelles” – une approche injuste et dépassée de la façon dont nous définissons le parcours d’une personne vers la parentalité. Même si, oui, les rapports sexuels restent la voie la plus courante pour concevoir un enfant, ce n’est pas la seule option et cette liste continue de s’allonger. Que vous soyez célibataire et que vous souhaitiez avoir un enfant, que vous soyez dans une relation cisgenre, que vous vous identifiiez comme faisant partie de la communauté LGBTQIA ou (mais aussi et) que vous soyez aux prises avec l’infertilité, le sexe n’est pas le seul moyen de faire un bébé. »

 

Insémination artificielle : quand le donneur biologique devient trop encombrant

Le nombre de profils y est même incroyable. Il y a les « couples » de même sexe, qui ont besoin d’avoir recours soit à un donneur (parfois le meilleur ami, parfois le profil le plus anonyme d’une banque de sperme), soit à une mère porteuse (certains Etats américains interdisent pourtant les contrats de maternité de substitution rémunérée). Mais il y a aussi les coparents, ceux qui choisissent d’élever ensemble un enfant sans être ensemble, parce qu’ils sont gay et lesbienne.

Ce qui frappe, dans chaque témoignage, c’est cet impératif du droit à l’enfant. « Remettre tout le pouvoir entre mes mains », dit cette femme militaire, décidée à vivre seule. « Je voulais mon bébé et je le voulais MAINTENANT ! », dit une lesbienne.

Ce type d’insémination artisanale est d’autant plus intéressant pour eux qu’il y a le feu à la bâtisse, outre-Atlantique, concernant l’anonymat des donneurs. Certains Américains, conçus après une fécondation in vitro (FIV) avec donneurs et soutenus par le groupe de pression US Donor Conceived Council, souhaitent que le gouvernement fédéral supprime la règle sur cet anonymat. Ce que les familles LGBT (qui forment avec les célibataires 70 % des personnes qui ont recours aux donneurs de sperme) craignent comme la peste, car, d’une part, cela signifierait l’évidence que « les liens biologiques sont importants pour créer des familles » et, d’autre part, cela ferait courir le risque d’une reconnaissance biologique potentielle et donc de droits parentaux inhérents.

Avec ce type d’insémination artisanale, toutes ces questions sont réglées : ne règnent que la liberté et l’anarchie les plus totales, amplifiées par les réseaux sociaux sur lesquels vous pouvez désormais (presque) tout trouver.

 

Clémentine Jallais