Le pape Léon XIV a accueilli, vendredi matin, à l’occasion de l’ouverture de l’année judiciaire de la cour de l’Etat de la cité du Vatican, les participants à la 36e édition du cours sur le for interne organisé par la pénitencerie apostolique. Il a prononcé à cette occasion un discours très traditionnel sur le sacrement de pénitence, rappelant que celui-ci est nécessaire pour retrouver « l’infusion de la grâce sanctifiante » par la confession des péchés graves au moyen du pardon donné au nom de Dieu par le ministre du sacrement.
Le pape a notamment déploré le peu d’intérêt des fidèles pour la confession, exhortant les jeunes prêtres et séminaristes, qui formaient une grande part de son auditoire, à s’y consacrer avec la certitude de communiquer ainsi la « miséricorde divine », notamment aux jeunes générations conscientes de ce que le monde ne peut assouvir leur soif.
Léon XIV voit la réalité qui peut changer le monde en ce qu’elle rétablit l’unité avec Dieu et transforme ainsi profondément les fidèles qui y ont recours pour le plus grand bien de tous.
On retrouve là la thèse du père William Slattery qui, dans son livre Comment les catholiques ont bâti une civilisation, explique qu’à la suite des moines irlandais du VIe siècle qui ont introduit la confession individuelle, absolument privée, et la possibilité d’y avoir recours à chaque fois que cela était nécessaire, les prêtres ont façonné et civilisé la chrétienté en rappelant à tous, et notamment aux gouvernants, qu’ils avaient à répondre de leurs actes et qu’ils devaient confesser leurs péchés pour en être pardonnés.
Le discours du Pape n’ayant pas été publié en français sur le site du Vatican, nous vous en proposons ci-dessous notre traduction. – J.S.
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Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Que la paix soit avec vous !
Eminence, Excellence, chers prêtres, diacres et autres personnes qui nous accompagnent, bonjour et bienvenue !
Je suis très heureux de rencontrer ceux qui, aux premiers pas de leur ministère sacerdotal ou en attente d’être ordonnés, se perfectionnent dans leur formation de confesseurs grâce au cours sur le for interne proposé chaque année par la Pénitencerie apostolique.
J’adresse un salut cordial à Son Eminence le cardinal Angelo De Donatis, Grand Pénitencier, au Régent Mgr Nykiel et à tous les membres de la Pénitencerie, aux pénitenciers ordinaires et extraordinaires des basiliques papales et à vous tous qui participez à ce cours. Celui-ci a été fortement souhaité par saint Jean-Paul II, qui l’a soutenu de sa passion pastorale ; il a été confirmé par le pape Benoît XVI dans sa sagesse théologique, ainsi que par le pape François, qui a toujours accordé une grande importance au visage miséricordieux de l’Eglise.
Je vous exhorte moi aussi à persévérer dans cette mission, en approfondissant et en élargissant l’offre de formation, afin que le quatrième sacrement soit toujours connu de manière plus approfondie, célébré de manière adéquate et, ainsi, vécu de manière sereine et efficace par tout le peuple saint de Dieu.
Le sacrement de la réconciliation – comme nous le savons – a connu au cours de l’histoire un développement remarquable, tant dans sa compréhension théologique que dans la forme de sa célébration. L’Eglise, mère et maîtresse, en a progressivement reconnu le sens et la fonction, en étendant les possibilités de sa célébration. Pourtant, la possibilité de recevoir ce sacrement de manière répétée ne se traduit pas toujours, de la part des baptisés, par le souci d’y recourir : c’est comme si l’infinie richesse de la miséricorde de l’Eglise restait « inutilisée », à cause du désintérêt général des chrétiens qui, bien souvent, restent longtemps en état de péché, plutôt que de s’approcher du confessionnal, avec la simplicité de la foi et du cœur, pour accueillir le don du Seigneur ressuscité.
C’est le quatrième concile du Latran, en 1215, qui a établi que tout chrétien est tenu à la confession sacramentelle au moins une fois par an ; et le Catéchisme de l’Église catholique, après le concile Vatican II, a confirmé cette norme (cf. CCC, n° 1457), qui est aussi une loi de l’Eglise : « Tout fidèle parvenu à l’âge de discrétion est tenu par l’obligation de confesser fidèlement ses péchés graves au moins une fois par an » (CIC 989).
Saint Augustin l’affirme : « Celui qui confesse ses péchés et accuse ses péchés agit déjà avec Dieu. Dieu accuse tes péchés ; si tu les accuses, toi aussi, tu te joins à Dieu » (In Iohannis evangelium tractatus 12, 13 : CCL 36, 128). Reconnaître nos péchés, surtout en ce temps de Carême, signifie donc « nous accorder » avec Dieu, nous unir à Lui.
Le sacrement de la réconciliation est dès lors un « laboratoire d’unité » : il rétablit l’unité avec Dieu, par le pardon des péchés et l’infusion de la grâce sanctifiante. Cela engendre l’unité intérieure de la personne, ainsi que l’unité avec l’Eglise ; c’est pourquoi il favorise également la paix et l’unité au sein de la famille humaine. On serait tenté de se demander : ces chrétiens qui ont de graves responsabilités dans les conflits armés ont-ils l’humilité et le courage de faire un sérieux examen de conscience et de se confesser ?
Mais – nous nous le demandons à nouveau – l’homme, petite et simple créature, peut-il vraiment « rompre l’unité » avec le Créateur ? Cette image n’est-elle pas partielle et, en définitive, réductrice de la Révélation de Dieu que Jésus nous a faite ?
A bien y regarder, le péché ne rompt pas l’unité, entendue comme dépendance ontologique de la créature envers le Créateur : même le pécheur reste totalement dépendant du Dieu Créateur, et cette dépendance, lorsqu’elle est reconnue, peut ouvrir le chemin de la conversion. Le péché rompt plutôt l’unité spirituelle avec Dieu : il consiste à lui tourner le dos, et cette possibilité dramatique est tout aussi réelle que le don de la liberté que Dieu lui-même a fait aux êtres humains. Nier la possibilité du péché rompant réellement l’unité avec Dieu revient, en réalité, à méconnaître la dignité de l’homme, qui est – et reste – libre et donc responsable de ses actes.
Très chers jeunes prêtres et ordinands, ayez toujours une conscience vive de la très haute tâche que le Christ lui-même, à travers l’Eglise, vous confie : reconstruire l’unité des personnes avec Dieu par la célébration du sacrement de la réconciliation. La vie entière d’un prêtre peut être pleinement réalisée par la célébration assidue et fidèle de ce sacrement. Et de fait, combien de prêtres sont devenus saints dans le confessionnal ! Pensons seulement à saint Jean-Marie Vianney, saint Léopold Mandić et, plus récemment, à saint Pio de Pietrelcina et au bienheureux Michał Sopoćko.
L’unité rétablie avec Dieu est aussi unité avec l’Eglise, qui est le corps mystique du Christ : nous sommes les membres du « Christ total ». Le thème de votre cours de cette année : « L’Eglise appelée à être le foyer de la miséricorde », serait incompréhensible si l’on ne partait pas de la racine qu’est Jésus-Christ ressuscité. L’Eglise accueille les personnes, en tant que « foyer de la miséricorde », car avant tout, elle accueille continuellement son Seigneur, dans la Parole écoutée et proclamée, et dans la grâce des sacrements.
C’est pourquoi, dans la célébration de la confession sacramentelle, lorsque les pénitents sont réconciliés avec Dieu et avec l’Eglise, c’est l’Eglise elle-même qui se construit, enrichie par la sainteté rénovée de ses enfants pénitents et pardonnés. Dans le confessionnal, chers frères, nous collaborons à l’édification continue de l’Eglise : une, sainte, catholique et apostolique ; et ce faisant, nous insufflons aussi une énergie nouvelle dans la société et dans le monde.
L’unité avec Dieu et avec l’Eglise est enfin la condition préalable à l’unité intérieure des personnes, si nécessaire aujourd’hui, en cette époque de fragmentation qu’il nous est donné de vivre. Union intérieure qui se révèle comme un désir réel, surtout chez les nouvelles générations. Les promesses non tenues d’un consumérisme effréné et l’expérience frustrante d’une liberté dissociée de la vérité peuvent se transformer, par la miséricorde divine, en occasions d’évangélisation : en faisant émerger le sentiment que quelque chose manque, elles permettent de susciter ces questions existentielles auxquelles seul le Christ répond pleinement. Dieu s’est fait homme pour nous sauver, et il le fait aussi en éduquant notre sens religieux, notre quête inextinguible de vérité et d’amour, afin que nous puissions accueillir le Mystère dans lequel « nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17, 28).
Ce dynamisme d’unité avec Dieu, avec l’Eglise et en nous-mêmes est une condition à la paix entre les hommes et les peuples : seule une personne réconciliée est capable de vivre de manière désarmée et désarmante ! Celui qui dépose les armes de l’orgueil et se laisse continuellement renouveler par le pardon de Dieu devient un artisan de réconciliation dans la vie de tous les jours. En lui ou en elle s’accomplissent les paroles attribuées à saint François d’Assise : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. »
Très chers amis, ne manquez jamais de vous approcher vous-mêmes, avec une constance fidèle, du sacrement du pardon, afin d’être toujours les premiers bénéficiaires de la miséricorde divine, dont vous êtes devenus – ou deviendrez – les ministres. Que Marie, Mère de la Miséricorde, accompagne toujours votre chemin et éclaire vos pas. A vous et à votre engagement quotidien, j’accorde de tout cœur la bénédiction apostolique. Merci.
Léon XIV
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