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Typographie et méthode globale : cette lettre « g » que le majorité ne sait pas reconnaître

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C’est une étude véritablement passionnante qui vient d’être rendue publique par l’université Johns Hopkins aux Etats-Unis. Une équipe de chercheurs en sciences cognitives menée par le professeur Michael McCloskey a pu constater qu’une grande majorité de personnes adultes sachant parfaitement lire et écrire ne savent pas identifier la typographie pourtant très commune de la lettre « g » telle qu’elle paraît dans la plupart des textes imprimés, avec un rond et une petite queue à en haut à droite sur la ligne de base du texte, et une boucle en forme de ballon de rugby partant de la gauche du rond sous la ligne. Une question de méthode globale ? Analyse.
 
Le « g » dont on parle est celui que vous voyez dans le texte que vous êtes en train de lire, et qui paraît également dans les titres de reinformation.tv, dont la charte graphique privilégie, comme la plupart des romans, des textes littéraires et des journaux, les polices tels Times, Garamond ou même Calibri… Vous l’avez probablement vu des millions de fois et sa lecture ne vous a jamais posé le moindre problème. Mais il ne ressemble pas précisément au « g » manuscrit, avec son rond au-dessus de la ligne et sa canne ou sa boucle partant vers la gauche sous la ligne d’écriture depuis la droite du rond – c’est aussi la forme du « g » dans les polices « bâtons » comme Arial ou Futura.
 

La lettre « g », très différente du manuscrit à l’imprimé

 
Parmi la quarantaine d’adultes participant au premier des tests mis sur pied par l’équipe du Pr McCloskey, deux seulement ont su indiquer que la lettre « g » fait partie des deux lettres qui peuvent s’écrire de deux façons différentes en bas de casse selon les typographies, et une seule personne a su dessiner la forme correctement.
 
Le deuxième test proposait à 16 participants distincts des premiers de lire silencieusement un paragraphe contenant 14 fois la lettre selon sa graphie imprimée avec la boucle fermée ovale sous la ligne, en faisant spécialement attention à sa forme. Bien qu’ils l’eussent regardée attentivement quelques instants plus tôt, seule la moitié d’entre eux l’ont correctement dessinée.
 
Lors du dernier test, sur 25 participants, seuls sept ont su identifier correctement la graphie exacte « g » de la typographie classique parmi quatre modèles présentés, et aucun n’a su le reproduire par écrit.
 
Les responsables de l’étude, publiée dans le Journal of Experimental Psychology, Human Perception & Performance, en ont tiré un avertissement : alors que de plus en plus, nous écrivons par clavier interposé, cette insuffisance de conscience de la forme des lettres pourrait bien avoir un impact sur la manière dont nous apprenons à lire. De fait, ceux qui s’intéressent à l’apprentissage de la lecture savent bien que celui-ci est facilité lorsque la lecture et l’écriture des lettres sont abordées en même temps.
 
Les responsables de l’étude ont clairement identifié le fait qu’il ne suffit pas de voir une chose, fût-ce à d’innombrables reprises, pour en avoir une conscience précise.
 

La majorité ne sait pas reconnaître la graphie exacte de la lettre « g » des polices classiques

 
Mais ils se sont arrêtés là. Les travaux d’Elisabeth Nuyts sur la pédagogie et l’apprentissage – de la lecture en particulier – apportent un éclairage qui mérite d’être évoqué dans ce contexte. Elle a constaté que les auditifs – les personnes dont l’entrée principale des perceptions est l’oreille – ne voient consciemment que ce qu’ils nomment. C’est même la condition sine qua non pour qu’ils puissent les mémoriser, ne pouvant à l’inverse des visuels s’appuyer sur une mémoire photographique qui leur fait défaut. Mme Nuyts a d’ailleurs constaté, mais ce n’est pas le sujet, que même les visuels ont besoin de la parole pour activer la mémoire longue de leurs perceptions visuelles.
 
Autrement dit : puisque la lettre « g » typographique est lue sans avoir été au préalable analysée et décrite en mots, de nombreuses personnes la lisent en quelque sorte inconsciemment, ce qui explique qu’elles ne soient pas capable de l’identifier si elles n’ont pas une très bonne mémoire visuelle.
 

Typographie et méthode globale : et si on se parlait pour apprendre ?

 
C’est précisément la raison pour laquelle l’apprentissage global de la lecture, et même de l’écriture comme cela se fait dans de très nombreux CP et maternelles en France, sans analyse parlée de la forme des lettres et en imposant au plus vite la lecture silencieuse, produit de nombreuses dyslexies et au bout du compte, une lecture non consciente. Celle qui fait que l’on peut lire du texte sans se souvenir de ce qu’on a lu, arrivé en bas de page… Ainsi, les victimes de ces méthodes confondent volontiers les lettres comme b, d, p, q où la place et l’orientation des cannes accompagnant le rond doit être consciemment apprise sous peine de ne pas être perçue.
 
Voilà d’ailleurs une belle occasion d’en faire l’essai : si vous avez du mal à écrire la lettre « g » sous sa forme typographique, il y a fort à parier que vous y parviendrez fort bien en nommant très précisément les gestes qu’il faut faire pour l’écrire. « J’écris un rond sur la ligne de base du texte en partant d’en haut et de la droite, et en le refermant j’écris un petit trait ; puis je pars du bas et de la gauche du rond pour descendre sous la ligne d’écriture et je fais un ovale vers la droite que je ferme à mi-hauteur » – le tout en associant la parole au geste. Et le tour est joué. A vos feuilles !
 
Au fait, Elisabeth Nuyts a publié tout récemment une méthode d’apprentissage de la lecture et de l’écriture qui détaille pour chaque lettre la description orale : Ecrire-Lire sans dys… C’est une pure merveille. Et elle est disponible par ici.
 

Jeanne Smits