La libération animale, révolution contre le christianisme

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Peter Singer, le militant australien qui avait lancé l’antispécisme en publiant son livre La libération animale en 1975 vient d’en publier une version entièrement refondue, La libération animale maintenant. Il en a précisé la portée dans un entretien donné à religionnews.com. Pour lui, le christianisme nuit à la façon dont les hommes se conduisent avec les animaux, et nous devons faire une véritable révolution mentale pour changer cet état de fait. Cette opinion confirme l’orientation anti-chrétienne de l’écologisme dominant, et elle doit être prise en compte au moment où le pape François vient d’annoncer qu’il rédigeait la « deuxième partie » de l’encyclique Laudato Si’. La « conversion écologique » exigée par le Vatican est-elle possible ? N’est-elle pas à tout le moins ambiguë ?

 

François vers une révolution anticopernicienne ?

L’activisme écologiste de François pose à cet égard plusieurs questions. Quand il dit que c’est un « péché », et une « forme de paganisme » de « ne pas tenir compte du climat », ne lance-t-il pas les fidèles dans une théologie hasardeuse ? Ou quand il ajoute dans la foulée : « Ne pas prendre soin de la création revient à la réduire à une idole (…). Dans ce sens, se soucier de la maison commune est déjà de l’évangélisation » ? En outre, selon feu le cardinal Pell, qui se souvenait de l’affaire Galilée, l’Eglise « n’a aucun mandat du Seigneur pour se prononcer en matière scientifique », et les conseilleurs à la mode du souverain Pontife risquent de lui faire commettre un faux pas. Enfin, Mgr Schneider déplore que le concept de « conversion écologique » procède d’un « pur naturalisme, il n’y a pas de vision surnaturelle (…). La conversion écologique est un abus du concept de conversion lui-même, qui est utilisé d’abord par Dieu dans la Révélation pour nous éloigner du péché, de ce qui nous éloigne de Lui ».

 

L’écologisme ennemi du christianisme

Le fait est que la conversion écologique amène le christianisme à prendre part à un mouvement sur lequel il n’a pas de lumières particulières et qui n’est pas son affaire : le Salut. La chose est d’autant plus maladroite que cette ouverture au monde, inutile et bizarre à l’origine, devient dangereuse quand ce monde se découvre franchement hostile. On ignore encore sur quoi exactement portera la deuxième partie de Laudato Si’, mais on sait très bien que les promoteurs de l’écologisme sont des ennemis du christianisme. Ainsi l’auteur de La libération animale maintenant, Peter Singer, qui se présente comme un « penseur de l’éthique », tout en reconnaissant les efforts de certains chrétiens, en particulier saint François d’Assise, est formel : « Je crois toujours que la tradition du christianisme a une influence maligne sur notre façon de penser l’animal, (…) le problème est que les chrétiens les plus influents ont écrit sur les animaux comme s’ils ne s’en souciaient pas du tout. » Et de montrer du doigt, en particulier, trois piliers du christianisme, saint Paul, saint Augustin et saint Thomas d’Aquin.

 

La libération animale contre la tradition de l’Eglise

Il souhaite que François rejette par des « déclarations claires » les passages peccamineux, selon lui, de saint Paul, saint Augustin et saint Thomas d’Aquin. Et de préciser : « J’attends un pape qui me dirait qu’élever des animaux industriellement est un abus des créatures de Dieu, et que les chrétiens ne devraient pas soutenir cet abus en mangeant de la viande des animaux qui ont été traités de la sorte. » Outre ces exigences de détail, Singer (c’est pour cela qu’il a complètement refondu son livre, dont les dernières mises à jour remontaient aux années 1990 et dataient donc) prétend fonder une morale universelle utilitariste non sur quelque restant de christianisme mais sur l’écologisme : « Le chapitre quatre discute de l’éthique de la nourriture et décrit quelques puissantes raisons de ne pas manger de viande ou de produits laitiers : ralentir le changement de climat et réduire le risque d’une autre pandémie. »

 

Libération animale et révolution arc-en-ciel

De fait, Singer professe, sous des dehors pseudo-scientifiques, une sorte de bouddhisme brouillon et primaire : « Le premier chapitre décrit les nouvelles recherches sur la conscience animale, comment les animaux sont probablement capables de ressentir de la douleur (…). Quand nous considérons le grand nombre de poissons que nous élevons dans des fermes aquacoles, et celui plus grand encore que nous attrapons et tuons dans la souffrance, il est clair qu’il n’y a pas de justification à penser que manger du poisson serait mieux que de manger des mammifères ou des oiseaux. » Cette morale sans compromis sert un but politique. Le terme « Libération animale » a été calqué à dessein sur celui de Libération des femmes et entrait dans le même combat au milieu des années soixante-dix. Il fallait cesser de discriminer les animaux en fonction de leur espèce comme les femmes en fonction de leur sexe ou les colorés en fonction de leur race.

 

Conversion du christianisme à l’antispécisme ?

Singer fut un des premiers chantres conscients et assumés de la société sans frontière aucune, de la révolution arc-en-ciel. Il estime aujourd’hui le combat presque gagné, et se réjouit qu’un certain christianisme le rejoigne dans l’antispécisme : « Vers la fin du chapitre 5, où je rappelle le côté spéciste de la pensée occidentale, j’applaudis la nouvelle direction que prennent certains penseurs chrétiens. » Mais en conclusion il dresse la liste de « ce qui a toujours besoin d’être changé ». En somme, si le christianisme fait de la terre son dieu, et se convertit à l’écologisme antispéciste, oubliant la spécificité de l’homme et son rapport avec le Christ, tout se passera bien. On lira le début d’une réponse à cette offre dans le deuxième volet de Laudato Si’.

 

Pauline Mille