Loi sur l’euthanasie : l’Assemblée adopte en deuxième lecture la plus brutale de toutes

Loi euthanasie Assemblée adopte
 

L’Assemblée nationale a donc voté pour la deuxième fois en faveur la loi sur la fin de vie, qui est en réalité une loi sur le suicide assisté et l’euthanasie. Nous sortons de quarante jours de pluie, nous apprenait hier le bulletin météorologique de France Info. Après eux, le déluge ? En réalité, le déluge est déjà là. Les 299 députés qui ont voté pour la mort choisie ne semblent pas comprendre qu’il y a bien pire que le « réchauffement climatique » pour le climat d’un pays : la France est en train de s’enfoncer dans l’inhumanité. Dès lors, qu’importe que la terre fructifie et qu’elle offre un séjour tempéré à ceux qui habitent ce beau pays : on a déjà détruit ce qui en fait l’âme.

On se consolera, un peu, en constatant que l’Assemblée nationale s’est révélée moins sûre de son fait qu’au moment de la première lecture. 226 députés ont voté contre, alors qu’ils étaient seulement 199 lors de la première lecture ; le nombre d’abstentionnistes a chuté de 57 à 37. Voilà qui indique que les arguments des défenseurs de la vie ont porté. Pas assez, certes, mais c’est une claire indication du caractère controversé du texte. Contrairement à ce que prétendent les euthanasieurs, le consensus est plus fragile qu’il n’y paraît.

 

A l’Assemblée, la deuxième lecture de la loi sur la fin de vie révèle un petit réveil des consciences

Que signifie un consensus sur une question qui ne porte en rien sur une matière ouverte à débat ? Pas grand-chose. Tout le monde peut dire que la terre est plate – elle ne l’est pas pour autant. Une majorité parlementaire, qui se rétracte de surcroît, ne peut rien changer à l’interdit qui fut donné à l’humanité, d’abord en son cœur, puis de manière explicite : « Tu ne tueras point l’innocent. »

Dans notre ère post-chrétienne, nous en avons, le plus souvent, suffisamment le sens pour être outrés quand un être humain bien visible est violemment mis à mort. Un certain sens du mal demeure, mais il est émoussé, rabaissé.

On a entendu de la part des opposants les mots « bascule de civilisation », « changement anthropologique », « entrée dans la barbarie »… Ce sont des mots qui frappent – pas tout à fait juste – mais qui ont peut-être atteint certaines consciences.

L’Assemblée nationale a majoritairement jugé bon qu’un médecin ou une infirmière puisse tuer, ou qu’on puisse commander et faire prescrire une potion létale, en vue d’un suicide assisté par la loi et par l’Etat. C’est une transgression inouïe mais, en ce qui concerne le mépris de la vie humaine, c’en est hélas une parmi d’autres. La triste entrée dans la barbarie date, pour la France, de la légalisation de l’avortement : ce droit de tuer un être humain invisible pour toutes sortes de raisons. On ne fait aujourd’hui que répliquer dans les autres moments les plus fragiles de la vie. Et ce n’est pas un hasard si Macron, qui a déjà manifesté son extrême satisfaction de faire constitutionnaliser le « droit » à l’IVG, a salué, mercredi, des débats « respectueux » et une avancée dans « le sens d’un modèle humaniste ».

 

L’euthanasie entérinée par l’Assemblée

Parce qu’instituer des médecins qui tuent à la demande serait une affaire d’adultes bien élevés, et exigerait un débat dépassionné ? Pour ce qui est d’un modèle humaniste, le président frappe juste : on est en pleine fraternité maçonne, où « humanisme » rime avec « sans souci de Dieu ».

Là où l’on peut parler d’une barbarie particulière, c’est dans le modèle français qui s’imposera si, à Dieu ne plaise, cette loi achève avec succès son parcours législatif. Une poignée d’Etats à l’échelle du monde a déjà adopté l’euthanasie. Tous ont mis en avant des conditions strictes, des garde-fous sûrs et des dispositions de contrôle serrées – en tout cas, au moment des débats. Dans l’ensemble, tous ces dispositifs ont donné lieu à des dérives. Le texte français brûle les étapes : c’est une loi brutale qui est sur les rails.

Grégor Puppinck, du Centre européen pour la justice et le droit (ECLJ), est sans doute celui qui a le mieux perçu et mis au jour la violence de ce qui se passe. Il écrivait mercredi sur X :

« J’ai suivi les débats parlementaires : les députés pro-euthanasie ont perdu la raison. Ils sont pris d’un sentiment de toute-puissance à pouvoir ainsi disposer de la vie et de la mort. Entraînés par leur hubris, ils ont été incapables d’entendre la moindre mise en garde formulée par les autres députés sur le contenu terrible de cette loi. Tous les amendements ont été rejetés avec mépris. Par le délit d’entrave, ils sont prêts à envoyer en prison leurs adversaires. Les députés meneurs sont des idéologues acharnés, les autres les suivent, fascinés et craintifs, par obéissance idéologique. Si elle est adoptée, cette loi provoquera la mort de milliers de personnes, blessera et assombrira davantage encore notre société. Ce sera un clou de plus dans le cercueil de la France. Mais la France se relèvera, comme le Christ est ressuscité. Pour l’heure, rien n’est perdu. »

 

Le deuxième lecture n’a pas atténué les « problèmes majeurs » qui aggravent une loi inacceptable

C’est aussi à l’ECLJ qu’on doit l’énumération des « 14 problèmes majeurs dans la proposition de loi sur “l’aide à mourir”, outre la violation de l’interdit de tuer ». On trouvera la liste ici ; il faut la lire. Elle pointe tout ce qui aggrave une loi déjà en soi inacceptable. Par la largeur de son champ d’application, le manque de contrôle, le caractère extraordinairement expéditif de la procédure de demande et de mise en œuvre de la mise à mort, l’absence de recours, l’isolement de la victime (dont les proches ne sont même pas avertis lorsqu’elle a un projet de mort), l’inexistence d’une véritable objection de conscience, la mise en place d’un délit d’empêchement, cette loi brûle en quelque sorte toutes les étapes de la pente glissante sur laquelle les autres pays ayant légalisé l’euthanasie progressent plus ou moins vite.

Tout est prêt pour dériver ensuite vers cette dystopie terrifiante : celle où la société organiserait la mort de ses membres en fonction de ses besoins, sous couleur de respecter l’autonomie de chacun. Après tout, on n’a jamais su comme aujourd’hui manipuler la volonté individuelle…

Que le projet soit fondamentalement infernal est évident quand on considère que la « mort choisie » est une manifestation d’opposition radicale à Dieu, dans la mesure où elle n’est pas le résultat de la faiblesse ou de la folie. Il prétend donner à l’homme la maîtrise sur sa mort, mais il la vole.

La proposition de loi Falorni retourne désormais au Sénat. Non, tout n’est pas perdu, mais il importe de reconnaître le caractère eschatologique de cette lutte.

 

Jeanne Smits