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La loi travail relance la lutte des classes et la CGT pour faire le lit de la gouvernance mondiale

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Le blocage des raffineries, des centrales nuclĂ©aires et des transports par la CGT est une grande victoire de la loi travail. Celle-ci ne vise pas en effet Ă  relancer l’Ă©conomie, mais la lutte des classes : c’est un leurre pour dĂ©tourner l’attention du peuple français de l’invasion en cours et mieux le mener, toutes frontières ouvertes, vers la gouvernance mondiale.
 
Quand on voit en ce mois de mai l’Ă©conomie française au bord de l’arrĂŞt, juste quand Christine Lagarde, patronne du FMI, nous annonçait qu’elle allait mieux, la tentation est grande de prendre François Hollande pour un crĂ©tin, Manuel Valls pour un psychorigide, et Myriam El Khomry, l’inventeuse de la loi travail, pour une pouliche soumise au principe de Peter. L’implacable Martinez exulte, la CGT triomphe, l’une après l’autre les raffineries ferment leur robinet, les centrales nuclĂ©aires menacent de couper le courant, et, cĂ´tĂ© SNCF, la grève se prĂ©pare sĂ©rieusement ; nous ne serons pas déçus du voyage la semaine prochaine. Alors, nos dirigeants seraient-ils des amateurs, comme on l’entend ici ou lĂ , incapables de mesurer la rĂ©silience des travailleurs, oublieux des leçons de l’histoire (il ne faut pas provoquer la gauche en mai), des apprentis sorciers qui auraient rallumĂ© la lutte des classes par mĂ©garde ?
 

La lutte des classes, joker de la gouvernance mondiale

 
Il me semble que cette interprĂ©tation pèche par naĂŻvetĂ© et que le gouvernement au contraire maĂ®trise parfaitement le calendrier de la manĹ“uvre – il ne pouvait pas ne pas prĂ©voir les rĂ©actions qu’elle engendre. De mĂŞme qu’il a laissĂ© sciemment Ĺ“uvrer les casseurs dans les manifestations qui ont accompagnĂ© la lente Ă©laboration de la loi travail pour faire monter la pression et susciter un besoin d’ordre, de mĂŞme a-t-il volontairement provoquĂ© un tollĂ© sur sa gauche pour dĂ©placer les projecteurs de l’actualitĂ© de la question identitaire et nationale oĂą l’invasion les fixe sur la question sociale. Tout le monde est content, MĂ©lenchon et son front de gauche, les frondeurs, Nuit debout, les syndicats, etc. Ce peuple de gauche enfin rĂ©uni, retrouvĂ©, se joue dans sa tĂŞte un remake de mai 68 qui rajeunit ses vieilles articulations.
 
Le phĂ©nomène s’apparente Ă  ce qui s’est passĂ© en Espagne avec Podemos, Ă  ce qui a Ă©tĂ© ratĂ© en France avec StĂ©phane Hessel et ses indignĂ©s, Ă  ce qui marche en Grèce avec Syrisa. Il est significatif que l’Union europĂ©enne et le Fonds monĂ©taire international se soient mis d’accord pour donner une rallonge Ă  Alexis Tsipras : l’homme qui a sauvĂ© Bruxelles et l’euro en fournissant aux Grecs un ersatz d’insurrection nationale mĂ©ritait bien un bakchich. D’une façon non moins instructive, c’est un nomade apatride Ă©cologiste antinational, Van der Bellen, qui a sauvĂ© le système de l’hydre populiste en Autriche. La question d’ensemble qui se pose aux Ă©lites mondialistes confrontĂ©es Ă  la rĂ©volte des peuples est : comment juguler la poussĂ©e populiste ? Quelle alternative trouver? Et la rĂ©ponse aujourd’hui passe par la gauche. Le joker du mondialisme est l’altermondialisme, qui se prĂ©sente en antimondialisme.
 

La loi travail nécessaire si les frontières restent ouvertes

 
Voyons maintenant de plus près comment cela se passe pour la loi travail. Dans son premier Ă©tat, elle comprenait des dispositions vĂ©ritablement propres Ă  libĂ©rer les entreprises françaises du carcan oĂą elles se trouvent prises, si bien que les syndicats patronaux, perplexes, n’ont pas osĂ© l’approuver trop fort, et qu’ici mĂŞme nous nous sommes demandĂ©s quelle Ă©tait son intention. Cette loi travail arrivant en fin de mandat ne pouvait porter d’effets suffisamment tĂ´t pour que le candidat Hollande en bĂ©nĂ©ficiât dans sa campagne prĂ©sidentielle, et elle ne pouvait manquer de susciter la colère de ce qui subsiste de socialistes convaincus en France. Et c’est bien ce qui s’est passĂ©. Tout ce qui fait profession d’ĂŞtre Ă  gauche et de « dĂ©fendre les travailleurs Â» n’a cessĂ© de hurler au scandale depuis que le contenu de la loi a Ă©tĂ© connu.
 
Faut-il en conclure que Manuel Valls et Myriam El Khomry ont manquĂ© de pĂ©dagogie, comme ils l’ont prĂ©tendu ? Au contraire. La prĂ©sentation de la loi travail dans son premier Ă©tat et le long gymkhana qui l’a menĂ©e Ă  son Ă©tat actuel ont Ă©tĂ© l’occasion d’une double communication assez subtile. La loi travail I disait aux entrepreneurs et Ă  la droite raisonnable : dans un système mondial aux frontières ouvertes dont nous ne sortirons pas, et qui Ă©tablit par pĂ©rĂ©quation un socialisme planĂ©taire, nous permettons aux entreprises françaises de souffler, de survivre, nous leur donnons un peu de mou.
 

Comment Valls et Hollande relancent la lutte des classes

 
Aujourd’hui, il ne subsiste pas grand-chose des bonnes vellĂ©itĂ©s affichĂ©es dans le projet initial. La loi travail II sert surtout de muleta pour agacer le taureau syndical et le troupeau du peuple de gauche. Mais elle fait encore passer deux messages. Auprès des entrepreneurs et de la droite raisonnable, elle dit : deux ou trois Ă©lĂ©ments rĂ©siduels le prouvent, j’ai initiĂ© un processus, si on veut faire quelque chose pour amĂ©liorer l’Ă©conomie, il faudra aller dans ce sens en cas d’alternance, refaire en mieux ce que le courageux Valls a manquĂ© par amateurisme (Elle a donc pour fonction d’interdire une autre hypothèse, la fermeture des frontières, et c’est un cadeau fait Ă  la droite raisonnable censĂ©e lui succĂ©der, une preuve manifeste de la collusion maçonnique gauche-droite). Auprès du peuple elle susurre : le libĂ©ralisme, voilĂ  tout le mal, il faut se rĂ©volter contre les patrons, la flexibilitĂ© du travail, la prĂ©caritĂ© – en lui faisant oublier que la prĂ©caritĂ© et la ruine ne viennent pas de la libertĂ© d’entreprendre mais de l’abaissement des frontières.
 

Vous avez le choix : gouvernance mondiale ou gouvernance mondiale

 
Ainsi les partisans de la gouvernance mondiale par la collaboration avec le grand capital s’opposent-ils aux partisans de la gouvernance par la lutte des classes, schĂ©ma qui reproduit la valse Ă  deux temps lancĂ©e par les socialistes et les communistes en 1920 et renouvelĂ©e par l’altermondialisme depuis le premier forum social mondial de Porto Alegre en 2001. Et le but de cette dialectique est de dĂ©tourner l’attention des peuples de la vraie menace qui pèse sur eux : la disparition par l’ouverture des frontières.
 
Dans cette entreprise de rĂ©surrection de la lutte des classes pour faire oublier le dĂ©placement des ethnies et prĂ©cipiter la fin des nations, les Ă©lites mondialistes accentuent la question sociale en Europe et singulièrement en France. Et rendent artificiellement aux syndicats l’importance que le peuple leur dĂ©nie. Le spectre de la grève gĂ©nĂ©rale requinque en particulier une CGT moribonde. D’après une Ă©tude parue en 2007, les syndiquĂ©s en France, un million sept cent mille salariĂ©s sont syndiquĂ©s, soit 7 % de la population active, dont un peu moins d’un tiers Ă  la CGT. Les auteurs s’Ă©tonnent que notre pays soit, parmi les plus dĂ©veloppĂ©s, celui qui compte Ă  la fois le moins de syndiquĂ©s et le plus d’organisations syndicales, et constatent le poids politiques que gardent celles-ci.
 

La loi travail requinque une CGT et un syndicalisme moribonds

 
Il s’agit d’un phĂ©nomène artificiellement entretenu par le pouvoir politique. Comme les autres syndicats, la CGT est en baisse constante, moins que dans les annĂ©es quatre-vingt, mais de manière encore très sensible. Dans le secteur de l’Ă©nergie qui est son bastion, moins de 20 % des salariĂ©s y sont affiliĂ©s, contre plus de 50 % voilĂ  encore vingt ans. Cela suffit pour tout bloquer, comme au temps oĂą le politburo de l’URSS dĂ©cidait une aide d’urgence Ă  la CGT Ă  la demande de son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral d’alors, Henri Krasucki. Mais la situation de la centrale syndicale est catastrophique. Alors que tout le monde Ă  l’Ă©poque connaissait un LĂ©on Jouhaux, un Georges SĂ©guy, le nom de Philippe Martinez ne disait rien Ă  personne avant la loi travail. Le dernier secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la CGT dont on se souvienne est Thierry Lepaon, Ă©pinglĂ© parce que des travaux de 100.000 euros dans son appartement de fonction et de 30.000 euros dans son bureau avaient Ă©tĂ© rĂ©glĂ©s par les cotisants syndiquĂ©s – la CGT lui a encore versĂ© 150.000 euros depuis son dĂ©part en 2015.
 
Manuel Valls et François Hollande ont donc choisi de remettre en selle un syndicalisme sans appui populaire et complètement dĂ©valuĂ© pour agiter le fantĂ´me de la lutte des classes et masquer ainsi l’invasion et la ruine en cours. Par cette manĹ“uvre, ils mĂ©ritent bien de la future gouvernance mondiale, et la loi travail peut ĂŞtre qualifiĂ©e malgrĂ© les apparences de parfaite rĂ©ussite.
 

Pauline Mille