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COMEDIE
Ouvert la nuit ♠


 
Ouvert la nuit est une comédie française d’aujourd’hui, assez typique. Elle en possède donc les défauts majeurs : elle n’est jamais franchement drôle, ce qui est plus qu’ennuyant pour un film qui se veut et s’affiche comique, et les personnages s’expriment trop souvent de façon grossière, ce qui n’a encore rien de drôle, éloigne le public familial, et ne relève que de la fausse provocation la plus convenue depuis les années 1970. Au moins, le spectateur échappe-t-il dans Ouvert la nuit, de justesse, aux passages franchement obscènes, même si le marivaudage n’est pas absent. Enfin, s’ajoute le poids du politiquement correct de rigueur aussi : les personnages de couleur sont forcément tous sympathiques, positifs…
 
Que reste-t-il d’original dans Ouvert la nuit ? Son thème central, qui n’est pas si courant. Un directeur de théâtre aux abois effectue une traversée de Paris, proche banlieue incluse, afin de sauver in extremis le montage de son spectacle, devant débuter le lendemain. Cette première est très fortement compromise par le déficit chronique des caisses de son théâtre. Ce directeur va donc rencontrer de riches mécènes fatigués et de mauvaise humeur – et ce d’autant plus qu’il est incapable de présenter un bilan comptable clair, ou même le moindre bilan !-, son banquier dans son bar préféré, son personnel furieux de ne pas être payé depuis des mois et menaçant de faire grève…Il doit aussi, élément comique, trouver un singe dressé pour son spectacle, ce qui n’est pas si évident en une nuit à Paris.
 

Ouvert la nuit doit dévoiler une part de vérité sur le régime des intermittents

 
Parfois, nous le reconnaîtrons volontiers, le film fait sourire ; certaines situations sont plaisantes, et l’absurdité des pièces contemporaines, avec ici un vieil homme, une jeune femme attachée à un lit, un singe en cage, est bien rendue. Mais le spectateur le mieux disposé ne rit vraiment jamais. La suite constante de péripéties fait toutefois que l’on ne s’ennuie pas. Le film ressemble à une pièce à clefs, vraiment compréhensible des initiés du monde du théâtre d’avant-garde aujourd’hui, dont nous ne sommes pas. Enfin, le passage des tirades militantes en faveur du régime spécial des intermittents, ultra-déficitaire, se retourne de lui-même : si le monde du théâtre était géré ainsi, tout s’expliquerait, et il serait aussi coûteux qu’inutile d’alimenter ce puits sans fond…Comédie de l’autodérision, excessive, Ouvert la nuit doit de façon involontaire dévoiler une part de vérité à ce sujet.
 

Hector JOVIEN

 
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