Improbable ? Et pourtant… Le 31 octobre prochain, le pape François sera le tĂ©moin volontaire et participatif des premiers frĂ©missements du 500e anniversaire de la RĂ©forme de Martin Luther, aux cĂ´tĂ©s des protestants de Suède. 500e anniversaire qui sera cĂ©lĂ©brĂ© tout au long de l’annĂ©e 2017 et s’inscrira largement dans le dialogue dit « luthĂ©ro-catholique ».
Celui qui fut l’un des plus grands hĂ©rĂ©siarques de l’histoire catholique romaine et gĂ©nĂ©ra un des schismes les plus dramatiques, celui dont la doctrine fut officiellement condamnĂ©e par le pape LĂ©on X, le 15 juin 1520, via la bulle Exsurge Domine, se voit de plus en plus portĂ© au pinacle.
Le pape François Ă l’anniversaire de Luther
Un pays catholique ? Que nenni, la Suède n’en recèle plus qu’une minoritĂ©. C’est par et pour l’Eglise luthĂ©rienne que le pape François sera reçu, une Eglise qui plus est, très « dĂ©mocratisĂ©e », dirigĂ©e depuis 2013 par une femme, Antje JackelĂ©n, qui ordonne des femmes prĂŞtres depuis 1960 et compte au moins deux « Ă©vĂŞques » homosexuels revendiquĂ©s, dont l’« Ă©vĂŞque » luthĂ©rienne et ouvertement lesbienne de Stockholm, Eva Brunne – celle qui a fait aussi enlever les crucifix et indiquer la direction de La Mecque dans une Ă©glise qui devait accueillir des rĂ©fugiĂ©s…
A Lund il se rendra, pour cĂ©lĂ©brer une cĂ©rĂ©monie conjointe entre l’Eglise catholique et la FĂ©dĂ©ration luthĂ©rienne mondiale (LWF) qui mettra en lumière « les dĂ©veloppements Ĺ“cumĂ©niques solides entre catholiques et luthĂ©riens », en particulier depuis le concile Vatican II… L’annonce a Ă©tĂ© faite hier, 25 janvier, par la salle de presse du Saint-Siège.
« Je suis portĂ© par l’intime conviction qu’en travaillant Ă la rĂ©conciliation entre luthĂ©riens et catholiques, nous travaillons pour la justice, la paix et la rĂ©conciliation dans un monde dĂ©chirĂ© par les conflits », a affirmĂ© le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la LWF, le rĂ©vĂ©rend Martin Junge.
En avance sur son agenda, le pape a mĂŞme « demandĂ© pardon », lundi Ă Rome, « pour les comportements non Ă©vangĂ©liques des catholiques Ă l’Ă©gard de chrĂ©tiens d’autres Eglises » – ce dont les protestants se sont bien gardĂ©s.
Un livret liturgique adaptĂ©…
La dĂ©marche Ĺ“cumĂ©nique est qualifiĂ©e de « sans prĂ©cĂ©dent » par l’AFP, car c’est la première fois qu’un pape co-cĂ©lĂ©brera une « liturgie » protestante. Sur la base d’un livret spĂ©cialement conçu pour l’occasion par la FĂ©dĂ©ration luthĂ©rienne mondiale et le Conseil pontifical pour l’unitĂ© des chrĂ©tiens, intitulĂ© « Prière commune ».
« La Prière Commune est un guide pratique Ă un acte de culte pour une commĂ©moration commune catholique-luthĂ©rienne des 500 ans de la RĂ©forme. Ses thèmes sont la gratitude, la repentance et l’engagement au tĂ©moignage commun. Son but est d’exprimer les bienfaits de la RĂ©forme et de demander pardon pour la division perpĂ©tuĂ©e par les chrĂ©tiens des deux traditions. »
Ce que l’histoire dit moins, c’est que « Common prayer » est prĂ©cisĂ©ment le nom de la liturgie anglicane depuis la RĂ©forme et que les catholiques n’ont, de fait, rien pu mettre d’autre dans ce livret que ce qui leur reste de commun avec les protestants…
« La Prière Commune » ou la repentance des catholiques ?
… et ce qu’ils « doivent », oui, « doivent », Ă Martin Luther ! Quelques extraits suffisent. La prière demande au Seigneur de « nous aider Ă nous rĂ©jouir dans les dons qui sont parvenus Ă l’Église par la RĂ©forme, nous prĂ©parer Ă nous repentir pour les murs sĂ©parateurs que nous, et nos pères, avons construits, et nous Ă©quiper pour le tĂ©moignage commun et le service dans le monde ».
« Merci Ă toi, O Dieu pour toutes les connaissances thĂ©ologiques et spirituelles que nous avons tous reçues par la RĂ©forme. Grâce Ă toi pour les bonnes transformations et rĂ©formes qui ont Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©es par la RĂ©forme ou par la lutte avec ses dĂ©fis. Grâce Ă toi pour la proclamation de l’Évangile qui eut lieu pendant la RĂ©forme et qui depuis a fortifiĂ© des personnes sans nombre Ă vivre des vies de foi en JĂ©sus Christ. »
« Le voyage Ĺ“cumĂ©nique permet aux luthĂ©riens et aux catholiques d’apprĂ©cier ensemble l’intuition de Martin Luther et son expĂ©rience spirituelle de l’Ă©vangile de la rectitude de Dieu, qui est aussi la misĂ©ricorde de Dieu. »
Pas un mot sur la Contre-rĂ©forme et les papes et les saints du XVIe siècle qui ont Ĺ“uvrĂ© contre l’hĂ©rĂ©sie grandissante ! Pas un mot sur les motifs de notre division doctrinale, profonde, majeure. Mais faut-il s’en Ă©tonner lorsque de nombreux Ă©lĂ©ments du concile Vatican II nous orientaient dĂ©jĂ sur cette pente Ĺ“cumĂ©nique luthĂ©rienne…
Du conflit Ă la communion : « s’approprier la RĂ©forme »
Il ne faut reconnaĂ®tre que ce qui nous unit, c’est-Ă -dire « la foi en Dieu trine et en la rĂ©vĂ©lation en JĂ©sus-Christ », ainsi que « les vĂ©ritĂ©s fondamentales de la doctrine de la justification. » C’est ce qui Ă©tait dit dans le fameux document d’Ă©tude, publiĂ© en juin 2013, prĂ©parant Ă cette collusion : « Du conflit Ă la communion : commĂ©moration commune luthĂ©rano-catholique de la RĂ©forme en 2017 ».
C’est le sempiternel dĂ©fi du « dialogue »… Le chantier de ce rapprochement avait connu ses premiers frĂ©missements lors du 450e anniversaire de la Confession d’Augsbourg, en 1980. Au jour du 500e anniversaire de la naissance de Martin Luther en 1983, la commission du Vatican le nommait « tĂ©moin de JĂ©sus-Christ », en dĂ©clarant que « ni la chrĂ©tientĂ© protestante ni la chrĂ©tientĂ© catholique ne peuvent ignorer la figure et le message de cet homme »… En 1999, la FĂ©dĂ©ration luthĂ©rienne mondiale et l’Église catholique romaine cosignaient La DĂ©claration commune sur la doctrine de la justification.
Ainsi, le pape François poursuit-il une politique dĂ©jĂ largement engagĂ©e par ses prĂ©dĂ©cesseurs. Le 15 novembre dernier, il s’Ă©tait rendu au temple Ă©vangĂ©lique de Rome pour dĂ©clarer que l’heure de la « diversitĂ© rĂ©conciliĂ©e » Ă©tait arrivĂ©e. Dans l’esprit de laquelle les « limites visibles de l’Eglise catholique » sont largement permĂ©abilisĂ©es…
Consensus-dilution
Le cardinal Kurt Koch, prĂ©sident du Conseil pontifical pour la Promotion de l’UnitĂ© des chrĂ©tiens, a expliquĂ©, hier, qu’il fallait « se concentrer ensemble sur la centralitĂ© de la question de Dieu et sur une approche christocentrique »… Et pour cause !
Évitons d’aborder tout ce qui nous divise ! Cette nature humaine dĂ©finitivement corrompue, cette absence totale des mĂ©rites des hommes, de leur participation active et rĂ©flĂ©chie au Salut, cette nĂ©gation de l’autoritĂ© doctrinale et de sa lecture de l’Ecriture Sainte, cet odieux abandon de la Vierge Marie et des saints, ce libre examen omnipotent, ce refus enfin du sacrifice de l’Eucharistie…
Ça fait quand même pourtant pas mal ? Mais le consensus-dilution doit primer.
Et seulement pour les catholiques. Le grand rabbin de Rome, en accueillant le pape François le 17 janvier dernier, a refusĂ© de discuter thĂ©ologie au motif que « chaque système est autonome » que « la foi n’est pas un objet d’échange et de nĂ©gociations politiques ». La Rome catholique, elle, « traite » avec des protestants dont beaucoup ont mĂŞme acceptĂ© l’avortement, l’euthanasie, le mariage homosexuel…




























































Follow Us