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Le peuple suisse a rejeté le revenu universel : Rebecca Panian, cinéaste, et des sociologues vont le tester à Rheinau pour le rééduquer

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En Suisse – comme ailleurs – les cinéastes se font agitateurs politiques. Rebecca Panian, cinéaste helvète, a entrepris de démontrer que la distribution d’un revenu universel minimum garanti serait bénéfique en menant une expérience in situ sur une année entière à Rheinau, dans le canton de Zurich. Pourtant, une large majorité du peuple suisse avait voté, en juin 2016, contre la création d’un tel revenu universel. Mais quand le peuple vote mal, il convient de le rééduquer. Le projet de Rebecca Panian consisterait à verser à la moitié, au moins, des 1.300 habitants de cette cité située à la frontière avec le Bade-Wurtemberg allemand, un revenu minimum de base mensuel de 2.500 francs suisses (2.153 euros), tout en filmant les vies de ces bénéficiaires. Titre proposé sur le site de notre réalisatrice : « Dorf testet Zukunft » (Un village teste l’avenir). Aucun doute donc sur le résultat : le revenu universel est l’avenir, Madame Panian l’a décrété.
 

Cinq millions de francs suisses mensuels pour financer le revenu universel de 1.300 habitants

 
L’argent de ce projet, dont le montant atteindra mensuellement 5 millions de francs suisses soit 4,3 millions d’euros, proviendra du financement participatif ou crowdfunding en anglais, et de donations d’institutions diverses. Les personnes qui gagnent plus de 2.500 francs, y compris sous forme de revenus d’aides sociales, devront rembourser l’argent reçu au cours de cette période d’une année.
 
Rebecca Panian dit avoir « été inspirée » par la votation qui avait vu le peuple suisse refuser voici deux ans une proposition de revenu universel de 2.500 francs, craignant que son financement ne grève les budgets publics et qu’il n’assèche le système d’aides sociales actuellement en vigueur. Mme Panian, 39 ans, auteur de films engagés, conteste radicalement la décision du peuple et décrète que cette idée mérite d’être soutenue, et pas seulement par des mots : « Je suis convaincue qu’une expérimentation donnera des enseignements que le seul débat n’a pu fournir ». Et l’utopie communiste du « chacun selon ses besoins » de sourdre dans un syllogisme stupéfiant : « Voulez-vous en rester au dogme qui exige qu’il faut travailler pour gagner de l’argent ? Ou voulez-vous un système dans lequel on puisse dire : vous gagnez de l’argent, donc vous pouvez travailler ? ». En un mot, revendiquons la recette de la foire avant d’y avoir vendu les choux et les tomates. C’est l’Allemand Götz Werner, un des plus virulents avocats du revenu universel, sis de l’autre côté du Rhin, qui lui a soufflé cet impérissable slogan. Savoir d’où provient l’argent initial, de quel travail, et quel sera le degré d’honnêteté des bénéficiaires, voilà des questions qu’on ne se pose pas.
 

Pour filmer Rheinau, ville gouvernée par un socialiste, la cinéaste Rebecca Panian sera accompagnée de sociologues

 
Si elle parvient à réunir les sommes nécessaires, qui seraient au passage produites par des travailleurs qui auront dû suer pour créer ces richesses avant qu’on puisse les redistribuer, Madame Rebecca Panian filmera les résultats de la pluie de billets en compagnie d’une équipe de quatre « chercheurs », parmi lesquels des sociologues, un économiste et un « linguiste des médias ». Le tout sous le regard attendri du maire socialiste de Rheinau, Andreas Jenni (SP), qui soutient l’initiative, estimant « qu’elle favorisera la compréhension » du système de revenu universel. Ses administrés avaient pourtant voté à 72 % contre le projet en 2016 : il est donc confirmé à la mairie qu’il convient de les rééduquer. Pour le financement de l’expérimentation filmée, Andreas Jenni se dit « confiant » mais relève qu’il sera peut-être difficile d’attirer les candidats puisque nombreux seront ceux qui n’en tireront pas de bénéfice financier direct.
 
Les habitants pourront candidater au projet jusqu’au 31 août, mais seuls seront éligibles les résidents qui se seront établis à Rheinau avant le 5 juin, histoire de ne pas voir la petite ville submergée par une vague d’arrivants attirés par la manne (en toute innocence). Rheinau, explique Rebecca Panian, a été sélectionnée sur une liste d’une centaine de municipalités suisses parce que la structure de sa population reflète celle du pays tout entier, en faisant une « mini-Suisse ». On ne savait pourtant pas la Confédération, dont la très nationaliste UDC est devenue le premier parti, gouvernée par les socialistes.
 

Matthieu Lenoir