Royaume-Uni : à gauche toute pour les élections par le vote à 16 ans et la suppression de l’identification photographique

Royaume-Uni gauche toute élections
 

Le nouveau Premier ministre britannique, Andy Burham, est fortement soupçonné de vouloir organiser une élection générale anticipée au début de 2027 pour profiter du meilleur moment supposé en vue de renouveler la majorité travailliste au Parlement tant que la droite est divisée. Deux récentes victoires lors d’élections partielles, face au mouvement Reform de Nigel Farage mais aussi aux Verts font penser au Labour qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud – Burham n’ayant pas encore imposé sa marque politique après un mandat désastreux pour son prédécesseur, Keir Starmer – et il semblerait que toutes les manœuvres soient bonnes pour assurer la victoire. En particulier, il est question de réduire les exigences d’identification pour les électeurs.

 

Voter aux élections sans identification photographique

La deuxième astuce consisterait à ouvrir le droit de vote aux jeunes dès 16 ans – actuellement il faut avoir 18 ans au jour de l’élection, mais l’idée gagne du terrain à gauche – ce qui permet de toucher plus largement un public acquis aux idées de gauche, et comprend un nombre relativement important d’individus nés à l’étranger et une proportion plus importante de jeunes d’origine immigrée de seconde génération. C’est une génération qui, à 30 %, se considère objet de discrimination au Royaume-Uni, qu’elle soit d’origine européenne ou culturellement semblable aux Britanniques de souche, ou non.

Pour ce qui est des mesures d’assouplissement des règles du vote, elles avaient d’abord été introduites par Keir Starmer, avant sa chute. Burham veut accélérer le processus d’adoption pour en arriver à la possibilité pour les électeurs de prouver leur identité au moyen d’une simple carte bancaire sans photo, voire comportant uniquement l’initiale du prénom et sans précision de sexe, revenant ainsi sur de nouvelles obligations introduites par les Tories en 2022.

Le motif a été clairement affirmé : il paraît que l’exigence de produire un document d’identité comportant une photo affecte de manière disproportionnée les plus jeunes, les personnes à faibles revenus et celles issues de communautés ethniques minoritaires. Un sondage cité par The Guardian après les dernières élections suggère ainsi que 6,5 % des électeurs issus de ces communautés avaient été empêchés de voter au moins une fois, faute de pouvoir s’identifier au moment du vote, contre 2,5 % des électeurs blancs seulement. Quand les Tories avaient mis en place des mesures pour éviter la fraude par la voie d’une identification moins falsifiable, Burnham lui-même avait qualifié ces mesures « d’attaques effrontées contre notre démocratie ».

 

Le Royaume-Uni va vers des élections anticipées

Il va sans dire que les nouvelles manœuvres ne pourront que favoriser la fraude et, d’ailleurs, la Commission électorale britannique a déjà fait savoir que le recours aux simples cartes de paiement bancaire allait lourdement compliquer la tâche des surveillants de bureaux de vote.

Les Britanniques restent à ce jour dispensés de l’exigence d’avoir une carte d’identité, chez eux ou en déplacement.

Dans la situation actuelle, de nombreux autres moyens d’identification comportant une photographie sont autorisés : passeport, permis de conduire, carte de stationnement pour personnes à mobilité réduite, un pass de transport public (pour les personnes âgées ou les handicapés), une carte de séjour, un document d’identification ad hoc pour le vote ou encore un document d’électeur anonyme permettant de protéger l’identité de ceux qui seraient exposés à un danger si leur présence sur les listes de votants était connue.

 

Royaume-Uni : faire voter les jeunes de 16 ans pour mettre fin aux discriminations ethniques ?

En plus d’autres changements dans l’organisation du système électoral, le gouvernement chercherait à réduire le temps prévu pour les débats au Parlement, en le faisant passer de dix à moins de cinq jours.

Et si on avait encore besoin d’une preuve que le gouvernement cherche notamment à minimiser le risque d’une progression dite populiste, il faut savoir enfin que des ministres travaillistes au pouvoir œuvrent actuellement à la mise en place de nouvelles règles du financement des partis politiques, à effet rétroactif qui plus est, notamment pour empêcher Reform UK de toucher deux récents dons d’un total de 72 millions de livres de la part des crypto-milliardaires Ben Delo et Christopher Harborne. Certains veulent de même limiter l’importance des dons offerts aux partis par des individus.

Au pays du fair-play, il y a des résultats qu’on n’est pas prêt à laisser à la chance, au mérite ou au talent.

 

Anne Dolhein