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En Russie, le culte de la Seconde Guerre mondiale entretient le soutien à la politique de Poutine

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La victoire de l’Union soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale est devenue une pierre d’angle dans la construction du sentiment national russe, particulièrement sous Vladimir Poutine. Elle est activement exploitée pour susciter le soutien à la politique actuelle du Kremlin. Chaque année, les célébrations se font plus grandioses : en Russie, elles ressemblent désormais à un véritable culte.
 
Ce culte de la victoire lors de la « Grande guerre patriotique » est né en Union soviétique sous Brejnev. Le 9 mai, jour de la victoire, n’était même pas férié avant 1965. Mais on utilisa de plus en plus la victoire sur le nazisme pour légitimer le système communiste. Malgré Lénine, et malgré l’opprobre jeté sur Staline… Depuis l’effondrement de l’URSS, la Russie continue de se servir de ce concept pour garder la mainmise sur l’espace post-soviétique, en mettant en avant son statut de principal « adversaire » victorieux du fascisme. Ce procédé se fonde sur trois mythes centraux : le pouvoir, la souffrance et la libération, relève le chercheur polonais Oleksii Polegkyi de l’Institut des Etudes internationales de l’université de Varsovie, dans un article publié par euractiv.com.
 

Evoquer la victoire soviétique sur les nazis, c’est assurer le soutien à Poutine

 
Le peuple russe est très sensible au mythe du pouvoir. Son but est de représenter la Russie et ses leaders comme de puissants acteurs internationaux et susciter le sentiment de fierté d’appartenir à ce grand pays. Poutine s’efforce depuis son arrivée au pouvoir d’auréoler la Russie de cette gloire de superpuissance, ce qui justifie à ses yeux qu’elle soit gouvernée par un homme à poigne : lui-même.
 
Pourtant, une enquête de 2012 a montré que 51 % des Russes n’avaient plus le sentiment d’appartenir à une grande puissance.
 
La souffrance est un autre aspect des mythes de la puissance russe, et c’est aussi un élément constitutif de la Grande Guerre patriotique. Ce mythe justifie implicitement qu’il faille des victimes. L’un des principaux arguments des nostalgiques de Staline est qu’il a gagné la guerre et reconstruit un grand pays, et que cela n’aurait pu avoir lieu sans victimes. Ces dernières années, le nombre de Russes qui pensent que sa répression était politiquement nécessaire et historiquement justifiée a augmenté de manière significative, et le nombre de ceux qui y voient un crime politique injustifiable a baissé.
 

La Russie entretient le culte de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale

 
Un sondage de 2015 réalisé par les institutions de sociologie russes a montré que 28 % des sondés considèrent que la période stalinienne a apporté plus de bien que de mal, 45 % autant de bien que de mal, et 16 % seulement plus de mal que de bien.
 
Insister sur son rôle de « libérateur de l’oppression nazie » permet à la Russie de s’affirmer davantage en Europe. Ces dernières années, les hommes politiques russes se sont efforcés, dans le même esprit, de minimiser le pacte germano-soviétique de 1939. Puissamment aidés, en l’occurrence, par l’Occident lui-même : la réalité du pacte Molotov-Ribbentrop a longtemps été occultée sur le plan scolaire et médiatique en France, pour mieux justifier la participation politique communiste lors la Libération.
 
Cette propagande n’est pas morte ; on peut même dire qu’elle revit. En 2014, seuls 19 % des Russes savaient ainsi qu’en septembre 1939 l’Armée rouge avait envahi la Pologne (contre 21 % en 2010). Pour 63 % d’entre eux, ce fait ne s’est jamais produit (56 % en 2010). La population ignore également que la Russie fut un Etat agressif et expansionniste. Seuls 20 % savent que leur pays occupait les Balkans avant la guerre.
 
La propagande russe a activement utilisé la mythologie soviétique de la guerre froide dans son conflit avec l’Ukraine. L’invasion de la Crimée a notamment été justifiée comme mesure de protection contre les néo-nazis et les antisémites.
 

Patrick Neuville