Ex Oriente Lux : Trump, Ormuz, un monde qui se divise

Trump Ormuz monde divise
 

Avec les guerres en Ukraine et au Proche-Orient, le vieil adage se confirme, ex Oriente Lux : de l’Orient vient la lumière, la compréhension du monde. Le monde entier se divise, non seulement entre blocs opposés mais entre alliés d’un même bloc. Sur l’affaire ukrainienne, on s’oriente vers une mésentente durable et forte entre l’Ukraine de Zelensky et la Hongrie d’Orban. La Pologne s’arme face à la Russie, mais son président et son Premier ministre se divisent sur les dépenses prévues par l’Europe. Quant à la guerre contre l’Iran, devant la résistance de celui-ci, on l’impression que Donald Trump amuse le tapis, il fait semblant de découvrir que le détroit d’Ormuz est un endroit sensible et appelle le monde libre à le libérer : Allemagne, Japon et Australie lui répondent un « niet » très ferme, tandis que France et Royaume-Uni louvoient. Nous sommes dans une phase de clarification où la vérité de chaque nation apparaît.

 

On s’oriente vers une Europe qui se divise sur tout

Depuis que Donald Trump a exigé de ses alliés de l’OTAN qu’ils participent aux dépenses de défense, l’Allemagne a lancé un plan d’investissement géant, et l’Union européenne a mis 150 milliards d’euros à disposition de ses membres par le plan SAFE, en pleine misère budgétaire, dont la Pologne, qui s’arme à tour de bras face à l’orient russe, est la principale « bénéficiaire ». Mais Varsovie se divise à ce sujet. Le président Nawrocki a mis son veto à SAFE, considérant que la stratégie militaire ne relève que de la Pologne et craignant que Bruxelles et l’Allemagne n’y mettent leur nez. Mais le Premier ministre européiste Donald Tusk entend contourner ce veto et crie à la « trahison nationale ». Quoi qu’il en soit de ce bras de fer, la Pologne, comme la Belgique, comme toute l’Union européenne ou à peu près, ne dépense l’argent des contribuables européens que pour acheter du matériel américain, ce qui démontre le peu de valeur qu’on peut accorder aux grandes déclarations sur la solidarité. La carte des achats d’armes montre comment l’Europe se divise entre ceux qui demeurent totalement inféodés aux Etats-Unis et ceux qui cherchent une autre voie.

 

Dans un monde dangereux les nations deviennent prudentes

Ce qui permet à Bruxelles de continuer à vivre, prospérer et régenter l’Union, est que cette carte militaire ne coïncide pas avec d’autres cartes, par exemple celle des pays que la politique d’immigration, ou la politique LGBT, de l’UE exaspèrent : elles rassemblent de nombreux pays à l’Est, et même au sud-est, et l’Italie. Enfin, l’Ukraine divise l’UE. Même du côté de l’Orient. Les noms d’oiseaux et menaces diverses que se sont envoyés récemment Viktor Orban (soutenu par le Slovaque Fico) et Volodymir Zelensky ne sont pas seulement à usage de propagande interne : la Hongrie tient la Russie pour un fournisseur de pétrole quand l’Ukraine y voit un ennemi mortel. Et, depuis 2022, la méfiance traditionnelle des pays Baltes, de la Roumanie et de la Pologne devant la volonté d’extension de Moscou l’emporte sur d’éventuels intérêts commerciaux.

 

Trump n’a pas découvert hier qu’Ormuz est un détroit

Depuis qu’Israël et Trump ont lancé la guerre contre l’Iran et ses proxys, on suppute sur leurs objectifs : écrasement militaire, économique, fin du nucléaire, du « régime » ? Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : ni Trump, ni Tel Aviv, ni Wall Street, ni le Pentagone n’ignoraient que par le détroit d’Ormuz passent cinq fois plus de pétrole que par Bab el Mandeb, moins étroit, que des rebelles Houtis peu puissants menacent depuis des années. Trump avait donc prévu la réaction de l’Iran à Ormuz et sa comédie militaro-diplomatique était calculée. Il nous mène comme dans une série Netflix depuis le début de la guerre. Pour quoi faire ? Mystère. Un bon joueur de poker n’est pas trop lisible. Peut-être pour donner à Tel Aviv du temps. Peut-être pour gêner la Chine, laisser Poutine écouler du pétrole, tester les alliances des uns et des autres. Et il y a même une explication complotiste, si l’on se rappelle ses convictions anti-arc-en-ciel : en jouant à l’hégémon américain pas très malin, Trump pourrait agir, par réaction, en grand professeur d’indépendance nationale.

 

Pauline Mille