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Le Bangladesh refuse l’abandon de l’islam comme religion d’Etat

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Haute Cour du Bangladesh à Dhaka.


 
Il a fallu à peine deux minutes aux juges de la Haute Cour du Bangladesh pour rejeter une pétition vieille de 28 ans contre la définition de l’islam comme religion d’Etat. Trois juges ont enterré l’espoir des minorités de voir imposer l’abandon de la référence à l’islam par un jugement d’illégalité de l’amendement par lequel elle avait fait son entrée dans la constitution bangladaise, en affirmant de manière lapidaire que les pétitionnaires n’avaient pas le droit d’agir.
 
L’amendement numéro 8, rédigé en 1988 à l’initiative du gouvernement militaire du Bangladesh, a défini l’islam comme religion d’Etat dans la loi fondamentale de cet Etat qui, lors de sa séparation d’avec le Pakistan, avait été doté d’une Charte dénuée de toute référence confessionnelle. Il avait été aussitôt contesté par des partisans de la laïcité – une quinzaine de personnalités intervenant au nom de l’intérêt public, dont la plupart sont aujourd’hui décédées – mais leur pétition était restée longtemps lettre morte.
 

La Haute Cour de Dakha rejette une demande d’abandon de l’islam comme religion d’Etat

 
C’est un avocat devant la Haute Cour, Samendra Nath Goswami, qui a rouvert le dossier en déposant une nouvelle pétition en août dernier, arguant de la contradiction entre l’amendement numéro 8 et un nouvel amendement constitutionnel datant de 2011 qui affirme la « laïcité » de la politique publique au Bangladesh. Cette pétition ayant été rejetée par deux juges suprêmes dès le 7 septembre dernier, des dépositaires de la première pétition de 1988 ont prié les juges de l’examiner malgré tout.
 
C’est le 29 février dernier qu’une nouvelle formation de juges a été nommée ; les audiences se sont tenues ces dix derniers jours. Mais il n’a fallu que peu de temps à la Haute Cour pour balayer les demandes, alors même que des groupes islamiques au Bangladesh multipliaient les protestations au motif, notamment, que plus de 90 % de la population du pays est musulmane. Ainsi le plus gros parti islamique du pays, Jamaat-e-Islami, a-t-il appelé à la grève nationale pour protester contre l’éventualité d’un abandon de l’islam comme religion d’Etat.
 
Quant au groupe islamiste Hifazat-e-Islam, il promettait de faire descendre les musulmans dans la rue par « millions » et de « punir » ceux qui prendraient une telle décision.
 

Le Bangladesh en proie à des violences islamistes contre les religions minoritaires

 
La référence à l’islam ajoutée à la constitution fait l’objet de contestations croissantes. Des responsables des minorités ont déploré l’utilisation faite ces derniers mois de cette religion afin de « justifier » des actes de violence et de discrimination à l’égard des chrétiens, des hindous et des chiites – sans compter les athées. Violences contre les personnes et attaques contre la propriété privée se conjuguent au Bangladesh avec des attentats plus ciblés contre des églises chrétiennes ou des prêtres hindous, au nom de l’islam radical.
 
Ce dernier point n’a pas entamé la détermination des minorités bangladaises qui voient dans l’islam, religion d’Etat, un danger spécifique qui facilite les atteintes à leurs droits. Peu importe qu’il soit « fondamentaliste » ou non !
 
La source catholique Asianews.it soulignait ainsi la semaine dernière que les minorités du Bangladesh ont le sentiment d’être « des citoyens de troisième zone, abandonnés par les autorités ». Rosaline Costa, coordonatrice de Hotline Human Rights Bangladesh expliquait alors : « Dans un Etat, une religion ne doit pas prévaloir. Je crois qu’il doit y avoir des droits égaux pour toutes les croyances. Si la Haute Cour se penche sur le fait de savoir s’il faut éliminer l’islam de la constitution, cela signifie que nous pouvons tous demander des droits égaux au gouvernement. Notre peuple ne peut plus être attaqué par des musulmans radicaux et il sera plus facile de rendre justice, car dans ce cas nous serons considérés comme victimes de crimes. »
 

L’islam, religion d’Etat, c’est la mise en place d’un totalitarisme

 
Cet aspect des choses ne semble pas soucier les juges de la Haute Cour de Dhaka.
 
On peut évidemment s’interroger sur la laïcité, voire l’athéisme de l’Etat et sa capacité à garantir les droits des personnes – l’histoire a montré combien cela est illusoire, voyez la France, voyez l’Union soviétique et tant d’autres… On peut aussi parfaitement concevoir un Etat confessionnel qui ne commette ni ne favorise d’injustices à l’égard de ceux qui ne croient pas (car on ne peut obliger personne à adhérer à une foi).
 
Sur le plan pratique, on comprend cependant le souci de ces chrétiens, hindous, bouddhistes… aux prises avec une religion qui punit de mort l’apostasie, persécute les infidèles et ne reconnaît pas les droits de la conscience, au nom de son totalitarisme radical qui ne distingue pas entre le spirituel et le temporel.
 

Anne Dolhein