Croix publiques en Bavière : la justice allemande approuve

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C’est à une véritable révolution allemande qu’on vient d’assister discrètement : le tribunal administratif fédéral a donné raison à la Bavière pour les croix qu’elle a fait apposer sur ses bâtiments publics. En 2018, le ministre-président de la Bavière, Markus Söder (CSU, conservateur) décidait d’imposer une croix dans le hall des bâtiments publics appartenant au Land de Bavière, afin d’exprimer « l’empreinte historique et culturelle (afin de représenter) ostensiblement les valeurs fondamentales de l’ordre juridique et social en Bavière et en Allemagne ». Cela faisait écho à la confidence faite par le ministre de l’Intérieur allemand, Horst Seehofer, au quotidien Bild : « L’islam ne fait pas partie de l’Allemagne. »

 

La Croix en Bavière : affaire d’Etat ou d’Eglise ?

On était en pleine période électorale et cette décision ne fut pas du goût de tout le monde dans la gauche allemande, qui soupçonnait Söder de n’agir ainsi que pour faire pièce à l’AFD (droite radicale). L’écologiste Claudia Roth, alors vice-présidente du Bundestag, affirmait : « Il se sert de la Croix pour sa propre campagne électorale et mélange délibérément politique et religion. » Et le cardinal Marx, archevêque de Munich (progressiste, favorable à la communion des divorcés remariés, aux couples et aux prêtres homosexuels) se déclarait sur la même longueur d’ondes. Déplorant une décision génératrice de « division » et de « polémique », il martelait : « Ce n’est pas à l’Etat de dire ce que la Croix signifie. »

 

La justice allemande tranche : la constitution permet la Croix

C’est vrai, mais cela engageait cette vérité au service des ennemis de l’Eglise. La Fédération pour la libre pensée (maçonnique) entendait d’ailleurs le message et faisait un procès à l’Etat de Bavière. Il vient de se terminer. Au terme d’une longue (et normale) procédure, le Tribunal administratif fédéral, l’équivalent de notre Conseil d’Etat, a tranché. Dans un arrêt du 19 décembre 2023, il dit que « la Croix est objectivement un symbole de la foi chrétienne », mais que le fait d’en accrocher une à l’entrée de tous les bâtiments publics ne constitue pas une atteinte à la liberté de croyance, garantie dans l’article 4 de la Constitution allemande.

 

La Croix toujours une bonne nouvelle malgré les ambiguïtés

Les juges ont relevé que le décret de 2018 précisait que les croix incriminées visent à affirmer « l’identité culturelle et historique de la Bavière ». A ce titre, « leur accrochage dans les bâtiments publics ne contredit pas le principe fondamental d’ouverture de l’Etat aux autres confessions ». Le piège laïc se referme ainsi sur lui-même. Le passage du cultuel au culturel engage l’Etat à se faire le garant des habitudes mentales de la société civile. Nous pourrions être tentés de penser que cela n’a rien à voir avec la foi chrétienne, et qu’il ne s’agit chez les juges comme chez les politiciens que d’une manœuvre pour empêcher la montée de la « droite radicale » ou « extrême droite », mais qu’en savons-nous ? Les voies du Seigneur sont impénétrables ! Et de toute manière, c’est une bonne nouvelle de voir les mauvaises intentions punies par la justice, fût-elle administrative, et les croix au fronton des bâtiments publics.

 

P.M.