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Une exposition à la gloire de la franc-maçonnerie à la Bibliothèque Nationale

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La Bibliothèque Nationale de France, institution prestigieuse remontant à François Ier, accueille à Paris en son site François-Mitterrand une exposition majeure consacrée à la franc-maçonnerie. Il s’agit évidemment d’une exposition à la gloire de la franc-maçonnerie. Elle est donc à visiter avec la plus grande prudence, car la franc-maçonnerie, qui a la parole, cherche à séduire le visiteur ; mais elle s’avère passionnante en creux, en donnant précisément à l’état pur le point de vue de ce redoutable ennemi de l’Eglise et de la foi catholique. Elle présente de nombreux documents originaux, et dit beaucoup plus qu’elle ne voudrait laisser paraître. Les contradictions dans le propos de l’exposition abondent, et s’avèrent fort révélatrices.
 
L’intérêt de cette exposition est donc grand, y compris et surtout pour le catholique en aucune manière convaincu du caractère vertueux, ou même inoffensif, de la franc-maçonnerie.
 

Le propos de l’exposition : faire découvrir la franc-maçonnerie

 
Ainsi le propos introductif entend-il balayer les « fantasmes » qui seraient projetés sur la franc-maçonnerie. Elle ne serait pas puissante, ni d’une influence dominante sur l’Etat et la société de beaucoup de pays, dont la France. Parmi les adversaires qui fantasmeraient, dans la vidéo introductive, figurent les Hommen, dont est montrée une manifestation réclamant la séparation de la franc-maçonnerie et de l’Etat.
 
L’esprit général dominant est celui de la principale obédience maçonnique en France, le Grand Orient. La parole est certes donnée aux autres obédiences. Mais l’esprit du Grand Orient domine par son athéisme pratique et spécifique au regard d’un mouvement maçonnique mondial officiellement déiste. Ainsi le fameux « Grand Architecte » n’est pas défini comme Dieu, mais comme une figure de style, ou l’esprit maçonnique à la recherche permanente de la Vérité – ou supposée telle.
 
Les salles de l’exposition sont aménagées suivant des formes géométriques curieuses, complexes, ce qui est évidemment volontaire ; ces dispositions ne sont pas expliquées et restent incompréhensibles pour le profane. Les murs sont souvent ouverts par des fenêtres à la justification symbolique jamais précisée, mais certainement pas scénographique. Le parcours proposé est celui d’un chemin initiatique maçonnique avec quatre thèmes successif : 1. la quête des origines ; 2. initiations, rites et symboles ; 3. la franc-maçonnerie au service des idées nouvelles ; 4. imaginaires maçonniques.
 
Ce parcours ne propose a priori que des informations connues, accessibles, présentées en particulier au Musée de la Franc-maçonnerie du Grand Orient de France. Les questions – peut-être délicates face à cette histoire officielle – qui pourraient être posées, comme celle d’un crypto-gnosticisme survivant de l’Antiquité tardive à la fin du XVIIème siècle, et ressurgissant publiquement à ce moment-là, ne sont tout simplement pas évoquées. Implicitement, cette question est repoussée par la présentation de mythes tels que la filiation avec Hiram, bâtisseur du temple du roi Salomon, et les Templiers. La franc-maçonnerie proviendrait des corporations de tailleurs de pierre médiévaux, passées de l’opératif – métier – au spéculatif – recherche métaphysique ou ésotérique – au XVIIème siècle en Ecosse. Les choses sont certainement plus complexes pourtant. Aucun secret n’est évidemment divulgué.
 

Comment la franc-maçonnerie se définit-elle pour le profane ?

 
Cette définition que la franc-maçonnerie donne d’elle-même s’adresse donc au profane ou non-initié. Elle avoue au détour de quelques phrases, tout en faisant profession de la plus totale transparence, ne pas tout dire. Le franc-maçon découvre au fil de son initiation de façon toujours plus complète les caractères de la société dans laquelle il s’engage ; des témoignages choisis, au fil des siècles, dont ceux de Casanova, insiste sur la conformité des découvertes en ateliers avec l’objet public affiché, et le grand bonheur (supposé) que procurerait le cheminement maçonnique.
 
La franc-maçonnerie serait une confédération mondiale de sociétés de pensée. Des individus se réuniraient pour penser, discuter. C’est là la présentation la plus favorable, sur laquelle il y aurait beaucoup à dire. Les maçons réfléchiraient donc en ateliers – ou loges – à de grandes questions philosophiques, ainsi qu’à des applications concrètes de leurs idées pour améliorer la société et servir l’humanité. Le problème est que le « bien » et le « bonheur » sont définis en loges. Ainsi sont pris par les obédiences maçonniques, et en fait par leurs seuls grades supérieurs qui influencent les niveaux inférieurs, des engagements pour l’avortement et l’euthanasie, qui visent à tuer, et non à défendre ou améliorer la vie humaine.
 
Il y a une sélection à l’entrée, vérifiant la motivation et les capacités des apprentis maçons. Chaque grade n’est obtenu qu’après la réussite d’un « examen » ; le modèle le plus courant est celui des 33 degrés ; selon Casanova, seuls les trois premiers marqueraient des étapes réelles dans la connaissance de la société maçonnique, les trente autres n’étant que symboliques ; on n’est certes pas obligé de le croire et les témoignages en sens contraire abondent, mais tel est le propos de l’exposition. Les loges s’organisent suivant des rites précis. Le rite écossais est particulièrement mis en valeur, même si les rites français et égyptien ne sont pas oubliés.
 

Les objets présentés

 
L’exposition présente de nombreux objets utilisés par des francs-maçons, du XVIIIème siècle à nos jours. Les pièces du rituel maçonnique sont présentes, expliquées, du tablier de maçon au compas, en passant par l’aménagement et l’ameublement du temple. Tout est ordonné strictement.
 
Sur le plan esthétique, un album peint à la main au début du XIXème siècle sur du papier de luxe surprend particulièrement le visiteur : le maçon-artiste a possédé un indéniable talent, et peint des miniatures superbes. Leur sens profond ne se comprend qu’avec les clefs de la maçonnerie spiritualiste personnelle de l’auteur, perdue, avec la présence mystérieuse de symboles catholiques comme le Sacré-Cœur, curieusement mêlé à des signes astrologiques, des divinités gréco-romaines, etc.
 
Toutefois, à de rares exceptions près, l’apport de la franc-maçonnerie à l’Art a été des plus réduits au cours des deux premiers siècles d’existence officielle. Certains artistes indiscutables, peintres, sculpteurs, architectes, ont été francs-maçons, sans que leur art prenne une forme particulière ; tout au plus y a-t-il des clins d’œil à l’adresse d’un public capable de les apercevoir et reconnaître. Curieusement, le commentaire est pris d’une manie maçonnique de dénégation systématique assez typique : quand le message est clair – comme un homme, qui n’est ni géomètre ni architecte, qui a voulu tenir un compas ouvert dans ses mains pour que soit réalisé son portrait – le visiteur est invité à ne pas tirer de conclusion hâtive de ce « geste mystérieux ». Ou même la « Flûte Enchantée » de Mozart, chef d’œuvre musical incontestablement, ne devrait rien à l’imaginaire ésotérique maçonnique, qui est pourtant évidemment à la base d’un livret fort obscur – et de la grande faiblesse esthétique de la pièce.
 
Une telle extravagance dans la dénégation est contreproductive, et absurde dans une exposition hagiographique tenant à présenter les francs-maçons comme des êtres extraordinaires. Au XXème siècle, la franc-maçonnerie a encouragé toutes les avant-gardes donnant dans l’Anti-Art contemporain ; en architecture en particulier, Le Corbusier a été franc-maçon ; il est absent de l’exposition, vraisemblablement car il a travaillé pour le Régime de Vichy, la bête noire avec l’Eglise catholique de la franc-maçonnerie.
 
Parmi les documents écrits proposés, figurent de nombreuses souscriptions philanthropiques. Le but est évidemment de montrer la bonté et le dévouement des francs-maçons, avec leurs orphelinats, leurs œuvres de soutien diverses à la pauvreté infantile, laborieuse, malade ou sénile – le XIXème siècle n’a pas peur des mots. Il n’est jamais précisé que ces institutions ont eu pour but de concurrencer la charité catholique. Mais elles n’ont jamais eu, même à vue humaine, la même efficacité et ampleur. La générosité humaine, parfois présente, ne peut pas atteindre les résultats de la charité, amour surnaturel du prochain par amour de Dieu.
 
Enfin, est survolée une culture maçonnique qui entend tout modifier ou redécorer, de l’alphabet maçonnique, aux lettres carrées hébraïsantes et aux services de tables à motifs maçonniques, dont des triangles, des maillets, etc. Ce décor s’avère d’un goût douteux, nous semble-t-il.
 

Un contrôle perceptible des sociétés humaines

 
Des événements universels majeurs, comme la Révolution américaine (1776-1783) ou la Révolution française (1789-1799) ont été préparés par la franc-maçonnerie. Cela est indéniable. Elle s’en vante d’ailleurs dans l’exposition. Quant au « dérapage » de la Révolution française en 1793-94, au terrible régime de la Terreur, il n’est certainement pas évoqué à travers le Génocide vendéen, totalement ignoré, mais par des listes de francs-maçons guillotinés, appartenant le plus souvent au courant des Girondins, républicains dits modérés vaincus par leurs rivaux Montagnards, plus radicaux. Ce que l’exposition ne dit pas est que les Montagnards ont été aussi massivement, sinon tous pour les dirigeants comme Robespierre, francs-maçons.
 
Percent deux haines majeures de la franc-maçonnerie, qui fait profession d’aimer tout le monde : l’Eglise catholique et le Régime de Vichy.
 
L’Eglise catholique a condamné fermement, dès son implantation en France, en Italie, en Espagne, dans les années 1730, la franc-maçonnerie, interdisant absolument aux fidèles catholiques de s’y affilier. La police royale, sur l’ordre du premier ministre de Louis XV le cardinal de Fleury a effectué des descentes dans les loges, confisquant des pièces originales, qui sont présentées dans l’exposition. Plusieurs condamnations épiscopales dans toute la France sont affichées, ainsi que la grande condamnation pontificale de 1738 par Clément XII, dans la bulle In Eminenti.
 
La persécution de l’Eglise sous la Révolution, puis par la Troisième République dirigée par des francs-maçons – le fait est quasiment avoué –, dans les années 1880-1900, est à peu près tue. La Séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 est encensée comme un supposé triomphe de la « liberté de conscience » ; rien n’est dit sur les violences contre le clergé régulier, ni sur les spoliations pures et simples, massives, opérées alors. Il faut vraiment faire attention, ou connaître déjà le sujet, pour faire le lien entre la confiscation des églises et l’apparence de chapelle du temple maçonnique Pierre Brossolette, qui est en effet une ancienne chapelle des années 1880, certainement confisquée peu après cette date et réutilisée comme prise de guerre par la franc-maçonnerie.
 
L’exposition précise que cette incompatibilité historique entre catholicisme et franc-maçonnerie ne s’étend pas au protestantisme, ou aux religions autres comme le judaïsme – particulièrement honoré au contraire –, l’islam, l’hindouisme. Ainsi le catholique constate-t-il que toutes les autres religions seraient compatibles avec la franc-maçonnerie. Cette affirmation appellerait des nuances, car la communion anglicane a condamné plusieurs fois la franc-maçonnerie, sans aucun effet, et les piétistes musulmans, dits islamistes, la rejettent absolument ; ce rejet ne les rend pas sympathiques pour autant, mais il faudrait avoir l’honnêteté de le signaler.
 
Quant au Régime de Vichy (1940-1944), il est particulièrement détesté pour avoir voulu, au moins sur le plan théorique, interdire et dissoudre la franc-maçonnerie. Cette dissolution juridique n’a été accompagnée d’aucune persécution sanglante, au plus de quelques cas, plutôt rares du reste, de radiations de fonctionnaires. En outre des personnalités de premier plan du gouvernement de Vichy comme Pierre Laval ou l’amiral Darlan ont été fort proches de la franc-maçonnerie durant l’essentiel de leur carrière, sous la Troisième République ; cela est parfaitement tu. Cette volonté de dissolution affichée de la franc-maçonnerie a provoqué une haine inextinguible, qui se prolonge aujourd’hui dans les grands médias, pour une expérience de gouvernement désormais lointaine et somme toute éphémère.
 
Enfin, toutes les lois sociétales majeures depuis la fin du XIXème siècle sur le divorce, la contraception, l’avortement, le prétendu mariage homosexuel, ont été élaborées dans les loges maçonniques. Le fait est revendiqué dans l’exposition, en contradiction flagrante avec le discours d’ouverture dénonçant les « fantasmes », comme ceux sur les lois préparées par les loges en particulier… De même l’ouverture totale à l’immigration, y compris massive, de populations radicalement différentes, est considérée comme un principe humaniste intangible, car correspondant à la valeur maçonnique d’ouverture. Dans la même logique, l’incantation actuelle au « vivre-ensemble » relève du vocabulaire maçonnique typique ; cette expression floue ne veut pas dire grand-chose en soi, et peut être interprétée et réinterprétée, mais toujours dans le sens d’un supposé « progrès ».
 
Si l’introduction de l’exposition a donc prétendu le contraire, le pouvoir de la franc-maçonnerie sur la société française ne peut qu’apparaître aussi énorme que flagrant au visiteur attentif.
 

Le projet mondialiste porté par la franc-maçonnerie

 
Enfin la franc-maçonnerie apparaît au cœur du projet mondialiste de république universelle, idéal affirmé dès l’origine, et incarnée en 1945 dans l’ONU et ses institutions. L’ONU est une création du frère-maçon Roosevelt, inaugurée peu après sa mort, ce qui n’est pas un hasard. Cette république doit dissoudre toutes les nations, toutes les religions constituées pour retrouver la supposée Religion originelle et universelle de l’espèce humaine. On est parfois surpris d’entendre de hautes autorités de l’Eglise catholique suivre des thèmes ou thèses maçonniques. Ainsi que penser de l’ouverture universelle des frontières à toutes les migrations ? Que penser de l’institution de dialogues interreligieux, dont l’objet échappe, sauf s’il s’agissait de retrouver ensemble cette supposée Religion promordiale, suivant l’idée de la franc-maçonnerie ? Elle correspond concrètement à un déisme refusant la divinité de Jésus-Christ, chose en soi absolument inacceptable pour un catholique.
 
Le poids de la franc-maçonnerie, énorme en France et dans beaucoup de pays du monde, inquiète le visiteur catholique. Aucun compromis n’est possible avec les loges qui veulent détruire l’Eglise catholique, les nations et les familles, et méprisent totalement la vie humaine.
 

Octave Thibault

 
La Franc-Maçonnerie, exposition à la BNF François-Mitterrand, Paris XIIIème, jusqu’au 24 juillet. Ouverture du mardi au samedi, 10h-19h ; dimanche 13h-19h. Tarif : 9 €.