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Boko Haram a rendu toutes les jeunes filles enlevées à Dapchi, sauf une : la chrétienne

Boko Haram filles chrétienne Dapchi
 
Elles avaient été une centaine à être enlevées le 19 février dernier, par des islamistes de Boko Haram à Dapchi, dans le nord-est du Nigeria. Mercredi 21 mars, au petit matin, leurs ravisseurs les ont ramenées à leur village, sans plus d’explications. Six d’entre elles manquent à l’appel : cinq ont été vraisemblablement tuées dans la cohue de l’enlèvement ; à la sixième, on a refusé l’embarquement dans les camions de la libération parce qu’elle n’avait pas abjuré sa foi chrétienne.
 
Toutes les craintes sont permises dans cette faction de Boko Haram qui a promis, depuis sa formation, la mort à tous les adorateurs de la Croix – tout en abaissant depuis peu leur pression sur les civils musulmans.
 

Boko Haram a gardé la chrétienne Leah Sharibu

 
Un mois que les islamistes les parquaient sur une des îles du lac Tchad. Leah Sharibu, 15 ans, a eu pourtant le courage de ne pas abjurer sa foi, alors qu’elle était sur le point de monter dans les véhicules qui allaient la ramener à ses parents. Ces derniers ont rapporté le témoignage de ses compagnes.
 
« Ses amies ont dit qu’elles ont essayé de la convaincre mais elle a dit qu’elle ne se convertirait pas à l’islam. Boko Haram a déclaré que puisqu’elle ne se convertirait pas à l’islam, elle devrait rester. C’est ainsi qu’elles l’ont laissée. Elle est seule. »
 
Son père, dans une interview sur RayPowers, une chaîne de radio nigérienne a déclaré : « Je suis très triste, mais je jubile aussi, parce que ma fille n’a pas dénoncé le Christ. » Elle n’en a pas moins demandé à ses compagnes musulmanes sur le point de partir, de prier pour elle…
 
Pour Yusuf Mohammed, un érudit arabe de Maiduguri, Boko Haram ne la laissera pas partir jusqu’à ce qu’elle cède : « Nous devons estimer combien de temps elle peut continuer et combien de temps il peut attendre ».
 

Retrouver l’aval du peuple musulman, mais toujours tuer les chrétiens

 
« Nous avons de la chance parce que nous sommes jeunes et musulmanes » a déclaré la jeune Fatima Gremah, 13 ans, l’une des heureuses écolières rentrées chez elles.
 
De fait, c’est le groupe d’Al-Barnaoui, désigné par l’EI pour diriger le mouvement djihadiste en Afrique de l’Ouest, qui est à l’origine de l’enlèvement. Il avait fait sécession d’Abubakar Shekau en août 2016, parce qu’il ne voulait plus viser de civils musulmans et utiliser des jeunes filles converties comme bombes humaines. En revanche, sa cible est toute déclarée : tuer les chrétiens, faire exposer les églises – pour établir le Califat.
 
C’est la raison pour laquelle il a rendu toutes les jeunes filles déjà musulmanes – sans les avoir maltraitées – et gardent la dernières des résistantes. Souvenons-nous de l’enlèvement malheureux de Chibok et de ses quelque 260 lycéennes disparues, en avril 2015. Selon l’association des chrétiens du Nigeria, 165 d’entre elles étaient chrétiennes : si certaines sont revenues, c’est converties à la foi musulmane.
 
Les ravisseurs de Dapchi n’ont d’ailleurs pas manqué de prévenir les résidents de « ne jamais remettre leurs filles à l’école », de peur de l’influence occidentale…
 

Jeunes filles enlevées… entre conversion forcées et meurtres

 
Alors le président nigérian, Muhammadu Buhari (musulman), a déclaré qu’il n’allait « lésiner sur aucun moyen » pour ramener Leah Sharibu saine et sauve à sa famille, car « Les vrais adeptes de l’islam dans le monde entier respectent l’injonction selon laquelle il n’y a pas de contrainte dans la religion » (les islamistes disent pourtant être les vrais applicateurs de la loi coranique…).
 
Mais le fait est qu’il semble surtout préoccupé par la perspective des prochaines élections de 2019. Muhammadu Buhari a été élu en 2015 sur son programme anti-Boko Haram – il avait tout intérêt à réagir en temps et en heure bien qu’il ait certifié n’avoir versé aucune somme d’argent. « Nous ne voulions pas répéter le cas de Chibok qui a coûté son poste à l’ancien président », a déclaré un responsable du ministère de la Défense à TheDaily Beast
 
Certains l’accusent même d’avoir poussé à la résolution de l’affaire à cause du tout récent rapport d’Amnesty International accusant l’armée nigériane d’avoir négligé plusieurs avertissements concernant l’attaque imminente du 19 février. L’armée a évidemment qualifié le rapport de « mensonge catégorique ». Sauf qu’à Dapchi, de fait, rien n’avait été mis en place par le gouvernement – l’histoire de Chibok se répète.
 
Et puis l’armée nigériane ne cesse de répéter que Boko Haram est « techniquement vaincu ». Mais il perdure et tue toujours autant. Selon les chiffres de l’Index Mondial 2018 de Persécution des Chrétiens de l’ONG Porte Ouvertes, le Nigeria est, une nouvelle fois, le pays où le plus de chrétiens sont tués en raison de leur foi (2 000 morts en 2017). Et Boko Haram ne porte pas seul la responsabilité de ces crimes : les éleveurs peuls s’en prennent de plus en plus aux agriculteurs chrétiens dans la ceinture centrale qui court d’est en ouest.
 

Clémentine Jallais