Comment la Chine contrôle l’islam… qui s’en accommode

Chine contrôle islam

Mosquée Yanghang à Urumqi, capitale du Xinjiang.


 
La Chine communiste exerce un contrôle poussé des religions sur son territoire et l’islam, très présent dans la région du Xinjiang, n’échappe pas à la règle, surtout depuis les émeutes de 2009 à Urumqi (190 morts) et les attaques de 2014 à la fin du Ramadan.
 
On constate cette année une certaine décontraction dans les rapports entre les autorités politiques et les musulmans, sans doute due à un encadrement poussé du personnel religieux par les autorités communistes. Le gouvernement prête une attention particulière à la période du Ramadan, et le chef du Parti au Xinjiang, Zhang Chunxian, a tenu une réunion durant laquelle il a souhaité un ramadan agréable et pacifique aux musulmans.
 

La Chine contrôle l’islam pour « éviter les tensions inter-ethniques » au Xinjiang

 
De fait, moins de « nuisances », comme les appelle le gouvernement, ont été constatées cette année. Si le gouvernement chinois accorde autant d’importance à la gestion de l’islam, c’est qu’au-delà des troubles religieux des scissions ethniques pourraient apparaître, notamment entre les Hans et les Ouïghours (turcophones apparentés aux Ouzbeks). L’an dernier Zhang Chunxian n’a pas hésité à rompre le jeûne avec les dignitaires religieux d’une mosquée et les fidèles à la fin du ramadan, afin d’apaiser les tensions.
 
Pour Mohtirem Sheripjian, imam de la mosquée Yanghang à Urumqi, « cette année, l’atmosphère religieuse ressemble beaucoup à ce qu’elle était avant les émeutes de 2009 ». L’imam Sheripjan est issu d’une famille religieuse ouïghoure qui comprend des imams depuis sept générations, et il a été formé dans une université islamique libyenne de 1987 à 1992, avant de revenir en Chine comme enseignant à l’Institut islamique de Xinjiang, puis de succéder à son père comme imam. La Chine s’accommodant fort bien de ce parcours…
 

Etudiants islamiques et pèlerinage à la Mecque supervisés par la Chine

 
Sheripjan explique qu’avant 1949, les imams étaient formés dans les mosquées. Après la Révolution culturelle, le gouvernement central a approuvé la création de 11 instituts islamiques en Chine, dont celui du Xinjiang, prenant ainsi le contrôle de la formation des imams. Ce dernier institut se prépare justement à recruter de nouveaux enseignants. Parmi les 29.000 cadres religieux de la région, beaucoup ont plus de 40 ans et 300 postes se libèrent chaque année : l’institut peine actuellement à répondre à la demande.
 
Un certain nombre d’étudiants peuvent être recrutés pour étudier en Egypte chaque année, via l’Association islamique de Chine et les instituts islamiques régionaux qui « bénissent » ce type de formation, la Chine et l’Egypte ayant signé des accords à cette fin. Les étudiants sélectionnés sont auditionnés à l’ambassade d’Egypte ; choisis, ils reçoivent une aide officielle du gouvernement et ont alors la responsabilité de réussir leur parcours académique. Une fois diplômés, ils sont enregistrés dans les comités locaux aux affaires ethniques et religieuses qui supervisent leur accréditation. Le gouvernement chinois contrôle également le quota d’étudiants qu’il laisse partir étudier à l’étranger.
 
Chaque année, environ 3.700 musulmans sont autorisés à faire le pèlerinage à la Mecque, le gouvernement exerçant un contrôle sur le personnel d’accompagnement des pèlerins.
 
Autrement dit, tout est parfaitement contrôlé et de manière générale l’islam de Chine s’en accommode – décidément communisto-compatible – tandis qu’il se trouve des autorités musulmanes non chinoises pour coopérer avec cet état de fait.
 

Patrick Neuville