La Corée du Nord, puissance nucléaire : face à la tyrannie de Kim Jong-un, Trump joue la force… tout en espérant un geste de la Chine

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Le porte-avions USS Carl Vinson


 
La tension militaire en Asie du Nord-Est a atteint un niveau proche de l’explosion : un deuxième essai de missile nord-coréen raté mais une gigantesque parade destinée à démontrer le rang nucléaire de la tyrannie communiste de Pyongyang ; la concentration sur zone par Donald Trump d’une armada américaine accompagnée de sous-marins aux armes « bien plus puissantes que celles des porte-avions » ; et l’envoi concomitant de navires chinois et russes pour surveiller les vaisseaux américains. Mike Pence, vice-président américain, a martelé lundi en Corée du Sud que « l’époque de la patience stratégique est terminée ». Mais John Delury, professeur à l’Université Yonsei de Séoul, juge d’ores et déjà dans le Daily Telegraph que si « la gesticulation de l’administration Trump est bien réelle, personne ne peut croire que la réalité militaire en Asie du Nord-Est permette au nouveau président de se comporter face à la Corée du Nord avec la même célérité qu’il a manifestée en ordonnant des tirs de missiles sur la Syrie ». Alors que Pyongyang a répliqué mardi en annonçant des tirs hebdomadaires, la Chine paraît incontournable pour Washington.
 

Trump obligé de faire appel à la Chine face à la Corée du Nord

 
Pékin a sollicité la semaine dernière l’aide de la Russie face à la menace de crise. Le quotidien tokyoïte Yomiuri Shimbun a cité « de nombreuses sources au sein du gouvernement japonais » témoignant que « la Chine et la Russie ont déployé des navires de surveillance pour surveiller l’USS Carl Vinson », porte-avions polyvalent à propulsion nucléaire envoyé sur zone par Washington. Mike Pence, qui a affirmé que « le président Trump a clairement montré que la patience des Etats-Unis et de nos alliés dans la région est à bout et que nous voulons changer la situation », a déclaré depuis Séoul que « toutes les options sont sur la table » et que les Etats-Unis répondraient à une menace nucléaire « par une réplique massive et sans appel ». Rappelant les dernières frappes américaines – une rafale de Tomahawks sur la Syrie et la plus puissance bombe non-nucléaire à ce jour sur l’Afghanistan -, Pence a ajouté : « La Corée du Nord ferait bien de ne pas tester notre puissance de feu. »
 
L’USS Carl Vinson est armé de chasseurs-bombardiers F/A-18 Hornet, d’avions de combat électroniques EA-18G et de l’avion de détection radar (valable pour les aéronefs et les navires) E-2 Hawkeye. Le porte-avions est accompagné des destroyers USS Wayne E. Meyer et Michael Murphy, ainsi que du croiseur USS Lake-Champlain, tous trois équipés de missiles guidés. L’armada, basée à Singapour et qui devait initialement se rendre en Australie pour manœuvres, a été déroutée vers la Corée pour des exercices conjoints avec la flotte japonaise en mer du Japon. L’itinéraire et la nature des sous-marins dépêchés sur zone ne sont évidemment pas révélés.
 

Pence confirme l’installation du système antimissiles THAAD, la tension entre la Chine et Kim Jong-un monte

 
Pence et le président sud-coréen Hwang Kyo-ahn ont simultanément confirmé l’installation dans la péninsule du système antimissiles américain THAAD, déjà dénoncé par Pékin qui considère qu’il constitue une menace pour ses propres intérêts. Comme pour souligner l’intérêt général à calmer l’hystérie du dictateur nord-coréen Kim Jong-un, le vice-président américain a souligné que Donald Trump espérait que la Chine utiliserait ses « leviers exceptionnels » afin de faire pression sur Pyongyang. Signe que la relation sino-nord-coréenne n’est plus ce qu’elle fut, l’agence Bloomberg a relevé que « Pyongyang n’a pas répondu à la demande du ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi et de son diplomate en charge du nucléaire nord-coréen Wu Dawei, qui souhaitaient discuter avec leurs homologues de Corée du Nord ». Par ailleurs, plusieurs tour-opérateurs chinois (Lumama, Ctri…) ont cessé de leur propre chef d’organiser depuis fin 2016 des visites de groupes en Corée du Nord, destination pourtant prisée des touristes locaux. La compagnie aérienne nationale Air China a annulé des vols Pékin-Pyongyang en raison d’une chute des réservations. L’an dernier, Pékin avait cessé ses importations de charbon nord-coréen.
 

La Corée du Nord, puissance nucléaire qu’on le veuille ou non

 
La dictature communiste des Kim multiplie les démonstrations de force. Samedi, une unité spéciale nord-coréenne a été déployée pour la première fois, « hommes portant des peintures de camouflage noires sur leur visage avec des lunettes noires », rapporte l’agence sud-coréenne Yonhap. « Armés d’un nouveau modèle de fusil combiné avec un lance-grenade », ils sont probablement destinés, selon l’agence, à prévenir une opération d’élimination ciblée des dirigeants du régime par les Américains. Des commandos américains de contre-terrorisme, qui s’illustrèrent dans l’élimination d’Oussama Ben Laden en mai 2011, ont été vus à l’entraînement en Corée du Sud.
 
Reste que les analystes indépendants estiment que Donald Trump a peu de marge de manœuvre face à la Corée du Nord compte tenu des forces dont dispose Kim Jong-un. Pour Arthur Ding, expert militaire à l’Université Chengchi de Taïwan, « la Corée du Nord a utilisé la dernière parade militaire pour montrer au monde qu’il n’était plus possible de revenir sur son programme de missiles et que, de facto, comme l’Inde et le Pakistan, le pays est désormais un Etat nucléaire ».
 

Matthieu Lenoir