Corruption à la FAO ? Le Brésilien Graziano et ses amis du Forum de Sao Paolo cherchent à faire taire les journalistes

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Le directeur général de la FAO, Graziano Da Silva, dans un champ à Maiduguri, au Nigeria, le 7 avril 2017.


 
Plutôt que de lutter contre la corruption en son sein, l’ONU préfère combattre les lanceurs d’alerte et les journalistes. Aujourd’hui, c’est le journal anglophone romain Italian Insider qui en fait les frais, puisqu’il est poursuivi par plusieurs cadres dirigeants de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), parmi lesquels son chef, le Brésilien José Graziano da Silva. On reproche à ce journal et à son site Internet de nombreux articles sur les pratiques douteuses de la FAO, et notamment sur sa tendance à recruter des leaders d’Amérique latine liés, comme Graziano, au Forum de Sao Paolo, un regroupement de partis de gauche du continent, afin de leur assurer l’immunité diplomatique. Un exemple d’articles qui font mal à cette agence de l’ONU, ce sont ceux qui ont couvert la nomination en novembre de Nadine Heredia, ex-première dame du Pérou, au poste de directrice du bureau de représentation de la FAO au siège de l’ONU à Genève, alors qu’elle faisait l’objet dans son pays, qui a protesté contre cette décision de la FAO, d’une enquête pour blanchiment d’argent qui impliquerait aussi l’ancien président brésilien Lula.
 

Graziano, un directeur général qui se sert de la FAO comme d’un refuge pour ses amis d’Amérique latine et du Forum de Sao Paolo poursuivis pour corruption

 
L’actuel directeur général de la FAO a lui-même été un ministre de Lula et l’Italian Insider a dévoilé en avril 2016, en s’appuyant sur ses sources au sein de la FAO, que Graziano cherchait à proposer à son ancien chef un poste de « conseiller spécial » qui lui aurait donné une immunité diplomatique précieuse. À ce moment-là en effet, la justice brésilienne s’intéressait de près à Lula dans le cadre d’un énorme scandale de corruption et de blanchiment d’argent impliquant la compagnie pétrolière publique Petrobras. La proposition de Graziano pour Lula arrivait donc juste après la tentative ratée de la présidente Dilma Roussef, qui a été ensuite destituée par le parlement de son pays, de nommer l’ex-président Lula comme son chef de cabinet.
 

Les journalistes dans le collimateur pour avoir dénoncé les pratiques douteuses et les réseaux des dirigeants de la FAO

 
Italian Insider s’est beaucoup intéressé à la FAO et aux autres agences de l’ONU basées comme la FAO à Rome, comme le Programme alimentaire mondial et le Fonds international de développement agricole. D’une manière générale, affirme son rédacteur en chef John Phillips, le Brésilien Graziano favorise le recrutement de ses amis d’Amérique latine, ce qui a conduit à une forte réduction du nombre de hauts fonctionnaires de la FAO originaires des pays de l’OCDE, pourtant principaux contributeurs de l’organisation. Les amis de Graziano semblent en outre être surtout liés à ce Forum de Sao Paolo qui compte parmi ses membres des partis comme le Parti des travailleurs de Lula ou le Parti nationaliste péruvien de Nadine Heredia, mais aussi par exemple le Parti socialiste uni du Venezuela, dirigé par le président Maduro, et le Parti communiste de Cuba. Ce forum, fondé par le Parti des travailleurs brésilien en 1990, a même eu dans ses rangs des organisations terroristes d’extrême gauche comme les FARC colombiennes !
 

Donald Trump va-t-il mettre le holà aux pratiques douteuses des agences de l’ONU ?

 
La FAO pourrait donc bien se trouver rapidement dans le viseur du nouveau président américain Donald Trump qui a promis de réduire la contribution des États-Unis à l’ONU. John Phillips espère aussi que la nouvelle administration américaine va rapidement mettre le holà aux assauts de la FAO et des autres agences de l’ONU contre la liberté de la presse dans le monde. Accusé de porter atteinte à la réputation de l’organisation de l’ONU chargée de lutter contre la faim dans le monde, le journal de Phillips craint de ne pouvoir faire face financièrement contre une FAO disposant d’énormes moyens. Néanmoins, il persiste et signe dans les accusations portées par son journal qui s’appuient selon lui sur des sources solides. Le procès intenté par le directeur général de la FAO contre Italian Insider s’ouvrira le 12 avril.
 

Olivier Bault