Klaus Eberwein, ancien chef du FAES en Haïti, retrouvé mort à Miami : allait-il témoigner à charge contre la fondation Clinton ?

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Klaus Eberwein (à droite)


 
Le fonds d’assistance économique et sociale (FAES) que dirigeait Klaus Eberwein de 2012 à 2015 est l’agence de développement économique du gouvernement haïtien. Certains sites d’information américains ne croient donc pas au suicide à Miami d’Eberwein, qui devait témoigner le 18 juillet devant la commission d’Éthique et Anti-corruption du Sénat haïtien, à propos de l’utilisation des versements du fonds vénézuélien PetroCaribe après le tremblement de terre de 2010 en Haïti. Les dépositions d’Eberwein risquaient selon eux de révéler les magouilles de la fondation Clinton dans son pays.
 

Après avoir été limogé du FAES en Haïti, Eberwein gagnait difficilement sa vie en Floride

Les autorités de la ville de Miami ont toutefois conclu à un suicide, mardi dernier, d’une balle dans la tête. Eberwein était confronté à des accusations de fraude et de mauvaise gestion à la tête du FAES et il avait connu des difficultés financières après avoir perdu son poste. Il avait même travaillé comme chauffeur avec Uber pendant un moment en Floride. Après sa mort, sa femme Fabiola Cabane Eberwein a reconnu qu’elle et ses enfants avaient été « les premiers témoins des dangers que représentait une mixture de prescriptions médicales et d’alcool », selon son témoignage publié par le site d’information haïtien Rezo Nodwes.
 
Mais Klaus Eberwein était aussi copropriétaire d’une pizzeria en Haïti, et son associé s’est dit très surpris par la nouvelle de son suicide alors qu’il l’avait vu deux semaines plus tôt dans un état d’esprit positif pour discuter d’un projet de développement de leur entreprise. C’est en tout cas ce que rapporte le Miami Herald.
 
Alors, qu’il s’agisse ou non d’un suicide, Klaus Eberwein risquait-il de révéler mardi des choses compromettantes sur les Clinton et leur fondation ? Les Clinton ont été très critiqués pour leur rôle en Haïti après le terrible tremblement de terre de 2010. « Que s’est-il réellement passé avec les Clinton en Haïti ? », demandait la BBC à quelques jours de la dernière élection présidentielle américaine. Donald Trump s’était en effet saisi du sujet en affirmant que les Haïtiens haïssaient les Clinton et que ce qu’avait fait la fondation Clinton en Haïti était une honte.
 

Les Clinton très critiqués pour leur action en Haïti après le tremblement de terre de 2010

 
Au moment du tremblement de terre de janvier 2010, Hillary Clinton était secrétaire d’État et son mari Bill a été fait envoyé spécial de l’ONU pour Haïti et coprésident, avec le premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive, de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH). Au vu de ses résultats, le mandat de la CIRH n’a pas été renouvelé par le parlement haïtien en 2011. Un rapport du gouvernement américain sur l’action de la CIRH a constaté que les décisions prises n’avaient pas forcément été en ligne avec les priorités haïtiennes, tandis que les services de Bill Clinton à l’ONU ont reconnu que seuls 9 % des aides étrangères avaient été versés au gouvernement de Port-au-Prince et 0,6 % à des organisations locales, le reste ayant été versé à des organisations non haïtiennes. Des conflits d’intérêts ont aussi été révélés dans le cadre de l’effort de reconstruction de l’île sinistrée au niveau des offres de services arrivant au travers de la Fondation Clinton au Département d’État dirigé par Hillary Clinton. Dans certains cas, il a été prouvé que la Fondation Clinton a bénéficié de dons importants de la part d’entreprises qui ont pu profiter, avec le soutien du Département d’État américain, de l’aide fournie à Haïti.
 

Olivier Bault