A Zamora, en Espagne, écoculture et ésotérisme main dans la main

écoculture ésotérisme Zamora Espagne

« 2016, année internationale des légumes »


 
La 13e Foire hispano-portugaise de produits écologiques s’est tenue du 14 au 16 octobre à Zamora, en Espagne, à l’initiative de la députation provinciale et donc des pouvoirs publics. Plus d’une centaine d’entreprises et d’organisations ayant un lien avec l’agriculture et les produits naturels étaient représentés, et la foire proposait également des activités et des présentations qui ont alerté nombre d’organismes citoyens en raison de leur dangerosité potentielle. Car dans le petit monde de l’écologie, écoculture et ésotérisme peuvent facilement aller main dans la main, associés à des pratiques de charlatans auxquels les malades se confient trop volontiers.
 
Les deux organismes espagnols en question sont l’Association pour protéger les malades des thérapies pseudo-scientifiques (APETP) et RedUNE (Réseau de prévention du sectarisme et de l’abus de faiblesse).
 
Elles avaient alerté la députation provinciale à la veille de la Foire en mettant en garde contre la présence de divers groupes en lien avec des sectes dangereuses qui avaient réussi à s’infiltrer dans la réunion. Plusieurs d’entre eux, mettait en garde leur porte-parole, font partie « d’un mouvement pseudo thérapeutique très dangereux, qui affirme “l’origine émotionnelle de la maladieˮ » et qui se manifeste sous différentes appellations comme la bioneuro-émotion, la biodécodification, la psychoneurobiologie ».
 

La province de Zamora soutient l’écoculture… et l’ésotérisme

 
Comme l’explique Emilio Molina, vice-président de l’APETP et porte-parole de RedUNE, « ces mouvements affirment que toute maladie tient son origine dans un conflit émotionnel inconscient ». Pour cette raison, selon la doctrine de ces groupes, « chaque conflit se “codifie” dans une maladie déterminée ». Le mouvement se raccroche à la réalité bien connue de la maladie psychosomatique « pour l’étendre jusqu’à des limites aberrantes pour dire par exemple : si tu as un cancer du sein, c’est parce que tu es en conflit émotionnel avec ta mère ».
 
Les dangers de cette approche sont multiples. « En laissant entendre que tout problème physique est mental, on incite, expressément ou tacitement, les gens à abandonner les traitements prescrits : on leur fait penser qu’il est nécessaire et suffisant de rechercher et de traiter le supposé conflit émotionnel qui est à la racine de leur problème », explique Molina.
 
Comme toujours dans les pratiques sectaires, ces méthodes finissent par couper le malade de sa famille. Les malades s’entendent diagnostiquer de faux traumatismes par rapport à leurs proches, et finissent par qualifier ces derniers de toxiques pour avoir été à l’origine de ces conflits : il n’est pas rare que tout cela aboutisse à la rupture familiale.
 

Les dangers de la guérison par les sectes écologistes

 
Ces méthodes ont également pour effet de « rendre les malades dépendants à leur égard en leur faisant croire qu’à travers leurs consultations, ou en achetant leurs livres, etc., ils pourront identifier ces conflits et au bout du compte guérir n’importe quelle maladie dont ils pourraient souffrir ».
 
Selon Emilio Molina, les deux associations qu’il représente ont été témoins de morts liées à ces pratiques ; elles ont vu beaucoup de familles détruites, et encore davantage de personnes désorientées qui mettent en rapport n’importent quel problème de santé avec une contrariété dans leur vie – la leur ou celle de leurs ancêtres. D’où l’introduction de l’arbre généalogique invoqué pour expliquer des maladies dont la cause ne se retrouverait pas dans des conflits constatés chez le patient.
 
Ces groupes cherchent en outre à se voir reconnaître officiellement et à obtenir le prestige des institutions qui peuvent les rendre crédibles, d’où leur propension à se parer des logos des collectivités publiques, des mairies et même des universités.
 
Lors de la Foire de Zamora se sont notamment produits un diététicien expliquant « comment mettre en marche le code de l’auto-guérison » ou encore un pharmacien s’exprimant sur le thème « psychoneurobiologie : décodification des croyances ».
 

En Espagne comme en France, l’ésotérisme New Age des sectes guérisseuses

 
Des super-aliments aux retraites en « Institut holistique d’hygiène vitale », les charlatans écolo-ésotériques prétendent guérir les maladies les plus graves et incurables, note Molina.
 
Peut-être ses associations vont-elles un peu loin, dénonçant même, par exemple, la phytothérapie. Mais elles soulèvent de vraies questions auxquelles la députation de Zamora n’a semble-t-il pas daigné répondre, pas plus que les médias locaux ne s’y sont intéressés, en dehors d’une interview radiophonique et d’un article dans la presse.
 
Sans surprise, on trouve parmi les exposants d’Ecoculture la seule librairie ésotérique de Zamora, un centre de thérapie New Age et une association qui fait la promotion de l’agriculture biodynamique fondée sur l’anthroposophie de Rudolf Steiner.
 
Enfin, un vendeur d’infusions a pu vanter sa spiritualité, décrite avec lyrisme sur son site internet : « A l’aurore de l’amour éternel les âmes volent hors des corps et l’homme atteint le stade de perception : avec chaque respiration il peut voir et toucher sans les yeux ni les mains. » Où la tisane devient plus forte que le plus roboratif des cafés…
 

Anne Dolhein