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Vargasss92, influenceur sur Snapchat et Instagram, roi de l’émeute gentille, idole de la révolution jeune

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Roi des réseaux sociaux, idole de Snapchat, Instagram ou Facebook où il est considéré comme un « influenceur » hors pair, Vargasss92, jeune beur de vingt ans, vient de causer une émeute à Bruxelles. La fête qu’il avait organisée a fini dans la violence : la révolution gentille mélange réel et virtuel.
 
Vous ne l’aurez pas beaucoup lu, il y a eu voilà dix jours deux grosses émeutes à Bruxelles, qui manifestent un profond malaise belge et ont divisé les autorités locales, francophones et flamandes, de gauche et de droite, quant à l’invasion que subit le pays. Vous n’avez pas beaucoup entendu parler non plus des émeutes à Rome l’été dernier. Les médias cachent et la gravité des agressions dues à l’immigration et le début de révolte des peuples européens.
 
Quoi qu’il en soit, si la première émeute, le 11 novembre, a pris pour prétexte « classique » un match de foot gagné par l’équipe du Maroc, la deuxième est partie d’un rassemblent organisé par Vargass92 le 15 novembre, Place de la monnaie, qui a donné lieu à de la casse, du pillage et de la rébellion ouverte.
 

Vargass92, roi d’Instagram et de Snapchat, vise Youtube

 
Qui est Vargasss92 ? Un des milliers de bébés rois qui jouent à répandre sur Facebook, Instagram ou Snapchat leur image, celle de leurs proches, celle de la vie comme ils la voient. Sa particularité est qu’en à peine un an, il s’est créé une communauté de jeunes qui le regardent, près de 80.000 sur Facebook, 450.00 sur Snapchat et 600.000 sur Instagram. Une photo de lui qu’il poste, une vidéo de quelques secondes, peuvent être « aimées » par trois cent mille personnes. Certains journalistes le disent « humoriste », bien qu’ils peinent à trouver en quoi il est drôle, d’autres le qualifient « d’influenceur », néologisme servant à décrire cette nouvelle classe de jeunes qui vivent par et pour les réseaux sociaux et se trouvent suivis par des milliers de gens. Sur un site spécialisé qui observe les « Snapchateurs à suivre ». Vargasss92 a huit fois plus de clients que la plupart d’entre eux. Enorme. Un vrai roi de la chose. Son rêve est de « monter sa chaîne sur Youtube » pour mieux monnayer cette notoriété, avant de faire du cinéma « comme Omar Sy » son modèle.
 

Avant l’émeute, le business d’un jeune influenceur

 
Sa notoriété, l’idole des jeunes geeks l’utilise depuis quelques mois en demandant à ses fans, qu’il appelle sa « famille », de se rassembler dans une ville pour se (le) voir. Évacuons les questions triviales, de quoi vit-il, qui paie ses déplacements, est-il en cheville avec la chaîne de restaurants où il fixe plusieurs de ses rendez-vous, qui sont les grands gars noirs qui assurent sa sécurité, quels sont ses liens avec l’équipe Wati B, les magasins qui proposent « en exclusivité tous les produits de Vargasss92 », qui filme les vidéos où il apparaît. Notons juste qu’il est l’objet d’un véritable culte, une hystérie comparable à celle que suscitaient les idoles pop. A Angers, Nantes, Dunkerque, Toulouse, Bègles, il a suscité ce que la presse régionale quotidienne nommait avec bonhomie des « émeutes », filles et garçons, noirs, français de souche, jaunes, arabes, venant gesticuler et crier avec lui. A Nantes, la chose avait bloqué trois lignes de tram et une ligne de bus pendant une demie heure, mais le mot « émeute » restait du domaine de l’image : à Bruxelles, il est entré dans les faits.
 

L’idole des geeks sème la révolution dans le réel

 
Pour le Flamand Jan Jambon, vice premier ministre de Belgique et ministre de l’intérieur, les émeutes de Bruxelles ont été terribles : « Ce que nous avons vu, ce ne sont pas des « incidents », ce sont les symptômes d’un cancer qui, si nous ne l’arrêtons pas maintenant, continuera à ronger notre société et provoquera des dégâts irrémédiables ». Et Sven Gatz, le ministre de la culture, a porté plainte contre Vargasss92, après que celui-ci a fait quelques heures de garde-à-vue : « Dans le monde réel, il y a des lois. C’est peut-être très amusant d’être connu sur les réseaux sociaux, mais si vous venez ainsi quelques jours après les plus graves incidents qu’a connus la ville ces dernières années, vous devez être conscient de ce que vous avez entrepris. Je me fiche de savoir qui a brisé les vitres, Vargasss est l’organisateur et il paiera ».
 
Ces politiciens belges reconnaissent deux faits capitaux : la situation est très grave d’une part, et de l’autre, le monde virtuel où se confinent les jeunes (et où on les confine, ou laisse se confiner) ne les prédispose pas à le comprendre. Surtout, la rencontre entre réalité et virtuel provoque l’explosion.
 

Famille gentille, maman gentille, gentille intervieweuse

 
C’est là qu’il faut se demander plus précisément qui est Vargasss92 et ce qui fait son succès. Pour m’en faire une idée, je suis allée sur son compte Instagram, j’ai regardé l’interview qu’il a donnée à l’émission confidences sur OKLM – le nom de cette « chaîne » n’étant pas anodin puisqu’il veut dire « au calme » dans l’argot des cités et suggère un« contexte détendu ». De fait la demoiselle qui l’interrogeait était tout sucre tout miel, et l’on voyait derrière la vitre des jeunes gentils, avec un enfant mignon à qui Vargasss92 a fait une mimique gentille. Lui-même portait en permanence un très joli sourire, pas forcé, celui d’un gosse adorable. Il parle de sa mère, à laquelle il fait des niches, avec amour (« ma mère, c’est ma vie »), et, alors qu’il se manifeste dans le monde par une prolifération d’images, il ne filme jamais son visage, par respect pour elle. Il montre d’ailleurs beaucoup d’affection, que rien ne permet de dire insincère, pour ses proches, en particulier son petit frère. Son goût de la famille paraît authentique, et son image est à l’opposé de celle qu’on donne de certaines cités, pleine de violence, de misère et de haine. Vargasss92, c’est la banlieue non aversive.
 

Vargasss92, gentil miroir du vide

 
Cependant ce bon petit diable se met en scène pour accrocher son public. Il fait semblant de frauder à l’entrée du métro, de soustraire son journal à un vieux monsieur qui lit dans une rame. Ou bien il crie sans cause, fait trois tractions sur une barre au-dessus d’une porte, feint de tomber et de hurler de douleur, etc… Avec une application d’écolier, il aime à se montrer dérisoire. Tout est bidon, anodin, bénin, d’une complaisance et d’une niaiserie de selfie. Les messages de ses admirateurs et admiratrices et les réponses qu’il leur donne sont à l’avenant, d’une orthographe affligeante et sans autre contenu que l’assurance d’une connivence, assortie d’admiration chez les filles. Elles le trouvent bogosse et sont ptdr. Mais il a le côté prude des adolescents, surtout musulmans, et il affiche un rire choqué quand l’animatrice lui parle des photos sexy qu’on lui envoie. Ses vidéos instantanées prétendent écrémer l’écume de ses jours, c’est la vie en carpaccio si fin qu’aucun sens n’y paraît, sauf une vague dérision. Il ne se passe quasi rien dans les images qu’il met en ligne. C’est le narcissisme du néant, en petite monnaie.
 

Influenceur sur Snapchat et Instagram, il incarne un peuple nouveau

 
Sans doute cela fait-il précisément son succès – ou plutôt sa victoire, car ce jeune homme s’appelle Mansour de son vrai prénom. A-t-il dix-huit ans comme l’assurent certains médias ou vingt-et-un comme il l’affirme ? Il est l’expression des millenials d’Europe occidentale, parlant français, d’ethnie arabo-berbère d’Afrique du nord, de culture brouillée (un de ses posts montrent « deux arabes qui essaient d’imiter les Américains », un autre « cinq arabes » faisant de même). Nourris de selfies et de téléphones portables, des milliers de jeunes se reconnaissent dans ce miroir presque vide, mais suffisamment marqué tout de même. Sa nature est gentille, sa philosophie est de « rigoler » avec les Noirs, les Blancs, les Jaunes. Il pense à l’avenir. Il sera « un futur bon papa » et accepte la compétition : « Avancer, ne jamais écouter, toujours avancer pour rendre fière la mama ».
 

Les jeunes de Vargasss92 sont l’avenir de la Révolution

 
Les jeunes qui se reconnaissent en lui, qui peuvent-il être ? Sans doute se recrutent-ils dans toutes les ethnies habitant l’Europe transnationale, mais il y a une affirmation communautaire, et même ethnique, dans la « famille » qui adule l’idole Vargasss92. Il appelle en effet ses fans ses « sang ». Cela postule une grande bande du même sang, la formation d’un nouveau peuple qu’incarne le gentil influenceur, figure soft du grand remplacement.
 
On voit dans la foule mélangée qui apprécie l’étalage de niaiserie adolescente où se plaît Mansour, des drapeaux algériens et turcs, des femmes en nikab. Lui-même d’ailleurs, qui se promène ordinairement en t-shirt, se pavane une fois en bel habit de fête musulman, et il s’affiche entre deux costauds barbus, terminant certains de ses posts par inch’Allah. La nihilomania dont il est une idole caractéristique mène en fin de compte l’Europe au grand changement. Les rats de souche suivent ce nouveau joueur de flûte de Hamelin vers la Soumission, privés de toute envie de se rebeller. Malgré la casse de Bruxelles, la révolution gentille avance.
 

Pauline Mille