Eoliennes : le vent balaie notre patrimoine historique

Eoliennes vent patrimoine historique

Cathédrale de Coutances et éolienne en arrière-plan.


 
No limit… L’espèce de slogan automatique de la modernité a balayé la réflexion parlementaire, dont les représentants ont finalement décidé que le secteur éolien ne serait pas bridé – en tout cas pas par des questions de patrimoine historique, comme les sénateurs en avaient le projet. Désormais donc le projet de loi « Liberté de création, architecture et patrimoine » se voit libéré de toutes nouvelles contraintes au développement de ces turbines. Autant en emporte le vent !
 
De fait, le mois dernier, le Sénat avait décidé de rendre obligatoire sur la question de l’implantation éolienne l’avis de l’architecte des bâtiments de France afin que les projets d’installations éoliennes, visibles depuis un immeuble classé, un monument historique ou un site patrimonial protégé, ne puissent être envisagés dans un rayon minimal de dix kilomètres.
 

Les éoliennes l’emportent…

 
Il va de soi que cette disposition aurait limité le développement de ce secteur, la France comptant quelque 44.000 monuments historiques effectivement recensés.
 
Afin d’essayer de trouver un compromis entre l’histoire et la modernité, l’Assemblée nationale avait proposé en deuxième lecture que l’on substitue à cette procédure assez restrictive un simple avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture pour tout projet de développement éolien.
 
Et, en définitive, la disposition a été purement et simplement supprimée au terme du débat du 22 mars…
 
Comme il était prévisible, le secteur éolien s’est réjoui de cette évolution parlementaire. « C’est une excellente nouvelle !, a ainsi déclaré Damien Mathon, délégué général du Syndicat des énergies renouvelables. La version du Sénat aurait conduit à l’arrêt pur et simple de la filière. Cela reviendrait à donner un droit de veto à l’ABF, qui a forcément une vision préservatrice du patrimoine. La proposition de la Commission des affaires culturelles était moins radicale mais aurait ralenti tous les projets et donné des leviers pour de nouveaux recours. »
 

Le vent politique balaie notre patrimoine historique

 
On ne pouvait sans doute pas s’attendre réellement à autre chose, puisque le gouvernement, dans la loi de transition énergétique, a fixé un cap de 23 % d’énergies renouvelables en 2020, et de 32 % en 2030.
 
Les opposants sont, eux, déçus. Pour le patron des députés Républicains, Christian Jacob, « on sacrifie beaucoup de nos paysages ». Et il espère que le ministre de la Culture, Audrey Azoulay, veillera, comme elle l’a indiqué, à « protéger le patrimoine culturel ».
 
Jean-Louis Butré, président de la Fédération environnement durable, affiche lui aussi sa déception : « Nous cherchons à protéger un patrimoine historique et des paysages, des lieux magnifiques qui sont banalisés, industrialisés. L’écologie ce n’est pas fabriquer de l’électricité, c’est la protection de la nature et de la biodiversité. »
 
Mais, lorsque les tenants de l’éolien affirment, sans nuance aucune, se réjouissent que l’on ne donne pas un droit de veto à « une vision préservatrice du patrimoine », il est simple de comprendre que, demain, aucun château, aucune cathédrale, ne pèsera lourd face à une éolienne. Face au poids du patrimoine, au poids de l’histoire, au poids du spirituel, on choisit, encore une fois, celui, sonnant et trébuchant, de la monnaie…
 

François le Luc