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Maya Surduts, féministe trotskiste, incarnait l’unité de la révolution mondiale

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Maya Surduts (à droite), le 11 juillet 2012 à Paris.


 
Les médias unanimes pleurent Maya Surduts, figure féministe morte à 79 ans : cette trotskiste avait bourlingué dans toutes les « luttes » de la révolution mondiale, incarnant son unité et la nocivité d’une génération de faux persécutés qui ont détruit la civilisation au profit des puissants qu’ils prétendaient combattre.
 
Bon chien chasse de race : le père de Maya Surduts, physicien de formation, était un communiste juif de Lettonie, militant de la révolution mondiale. Prudent, il quitta Riga en 1938, un an après la naissance de sa fille, et la famille s’installa en France. Pendant la seconde guerre mondiale, elle demeura sous la protection de la zone libre jusqu’à la fin de 1942 avant de passer en Italie. Après guerre, elle émigre au Cap, où elle milite avec les communistes locaux contre le gouvernement sud-africain, avant de revenir en France. Maya Surduts a vingt ans, elle est naturellement pro FLN, elle dénigre la France et son armée, tout en apprenant le russe, langue de la patrie de la révolution mondiale. En 62 et 63 elle voyage aux Etats-Unis, marche sur Washington « pour l’emploi et les libertés », écoute Martin Luther King. « L’antiracisme » est alors le visage que prend à ses yeux la révolution mondiale.
 

Quand la trotskiste Maya Surduts faisait ses armes à Révolution

 
C’est aussi la grande époque du tiers-mondisme. Elle émigre à Cuba, s’y installe, mais la révolution castriste finit par la décevoir, elle est expulsée, regagne Paris, la capitale de la révolution en paroles après 68, et devient officiellement trotskiste. On a oublié aujourd’hui le grouillement, le panier de crabes gauchiste, qu’était l’Europe des années soixante-dix, avec ses innombrables chapelles communistes, marxistes, maoïstes. Maya Surduts fait ses premières armes à Révolution, mouvement trotskiste issu en 1971 d’une scission de la LCR. Pourquoi cette chapelle précisément ? Parce qu’elle a rencontré à Cuba l’un de ses deux fondateurs, l’économiste Isaac Johsua, qui a travaillé de 1964 à1967 au service de planification dirigé par Ernesto « Che » Guevara (« altermondialiste » déclaré, il est aujourd’hui membre du conseil scientifique d’Attac, après avoir milité dans la deuxième partie des années soixante-dix à l’organisation communiste des travailleurs, avec notamment les futurs élus « écologistes » Alain Lipietz et Gilles Lemaire).
 

La LCR, passage obligé de la révolution mondiale

 
Cependant, en bonne militante efficace de la révolution mondiale, Maya Surduts quitte bientôt la trop groupusculaire Révolution pour rejoindre le courant majoritaire trotskiste, la LCR (ligue communiste révolutionnaire) d’Alain Krivine et Daniel Bensaïd. A trente cinq ans, elle cherche sa voie. Avec son visage ingrat et sa voix de rogomme, elle incarne le type achevé de la virago à porte-voix, si caractéristique de cette décennie d’AG et de manifs, mais elle n’a pas encore trouvé la grande cause qui lui permettra de faire carrière, d’ajouter sa pierre à la révolution trotskiste. Ce sera chose faite en 1973. Elle adhère au Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC), groupe de pression en faveur de l’avortement qui vient d’être créé à l’instigation du Planning familial et du MLF (mouvement de libération des femmes) et qui sera dissous après la loi Veil en 1975.
 

L’illumination féministe de Maya Surduts

 
Désormais, pour cette trotskiste conséquente et organisée en réseaux, la révolution sera féministe. Selon Suzy Rojtman, du collectif national pour les droits des femmes (CNDF), « Maya Surduts a énormément apporté à la cause féministe. Depuis les années 70, elle a été de toutes les grandes batailles. » Ce CNDF est un instrument tout à fait typique de promotion de la révolution par la gauche : il regroupe des associations féministes, des syndicats (la CGT, ancienne courroie de transmission du parti communiste, Solidaires), des partis politiques de gauche et d’extrême gauche, PS, PC, Parti de gauche, etc. D’après Wikipédia, « ses domaines d’action sont très variés, égalité professionnelle, travail de nuit, temps partiel imposé, travail domestique, lutte contre l’extrême droite, le sexisme, la lesbophobie, etc. » Il s’est constitué, fait notable, en janvier 1996, à la suite de la grande manifestation féministe du 25 octobre 1995 organisée par la CADAC (Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception) et… Maya Surduts !
 

Réseaux et méthodes de la révolution féministe

 
Depuis 1990 en effet, la militante trotskiste avait trouvé un cheval de bataille à sa mesure, le combat contre SOS tout petits en particulier et les mouvements pro-vie en général. C’est elle qui a organisé la riposte contre les « commandos anti-IVG », terme d’agit-prop génial propre à diaboliser les groupes de prière et d’explication destinés à détourner les femmes de l’avortement. Maya Surduts a donc fondé en 1990 la CADAC dont elle est devenue présidente. Et cette coordination est sur tous les fronts où il faut « défendre le droit des femmes à disposer de leur corps ». La révolution passe d’abord par les mots. C’est là qu’est élaboré le concept de « droit à l’avortement », un droit « toujours fragile » bien sûr, nécessaire à la « construction des rapports d’égalité entre les femmes et les hommes ». Infatigable, Maya Surduts s’agite au centre d’une nébuleuse où se retrouvent, outre les associations, politiques et syndicats déjà cités, une maison d’édition, Syllepse, et une organisation paragouvernementale, le Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes. Les éditions Syllepse, éditeur « indépendant », proche du mouvement altermondialiste, premier éditeur d’Attac, publie tout ce qui est en accord avec la révolution mondiale, du soutien aux migrants à l’avortement. Avec Valérie Haudiquet et Nora Tenenbaum, Maya Surduts y a publié Le droit des femmes à disposer de leur corps. Le Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, organisme créé par François Hollande en 2013 et financé par l’Etat, est, on s’en convainc en consultant la liste de ses membres, une officine féministe de gauche, où plus d’un (ancien ?) trotskiste a trouvé un poste.
 

Révolution trotskiste contre la civilisation

 
Ce bref survol d’une vie consacrée à l’agitation et à la propagande en faveur de la révolution mondiale avait pour objet de montrer en quoi Maya Surduts incarnait de façon flagrante l’unité de celle-ci. Unité de personnel, on retrouve les mêmes à différents postes à différents moments de l’histoire, unité des réseaux, qui se modifient, qui peuvent avoir des différends, mais qui demeurent toujours en contact, unité des méthodes (action sur les mots, les médias), unité d’objectifs enfin : qu’il lutte « pour le tiers-monde », pour « les droits civiques », ou « pour l’égalité homme femme », qu’il se déclare féministe, écologiste, altermondialiste, ou s’avoue trotskiste, le militant de la révolution mondiale entend toujours détruire la civilisation traditionnelle pour y substituer un homme nouveau – femmes comprises. Si Maya Surduts s’est dans les années 90 inscrite au mouvement Ras l’Front, dont l’objectif n’avait rien de féministe, et visait seulement, comme son nom l’indiquait, à combattre le Front National, c’est pour des raisons sérieuses. D’abord, bien sûr, l’organisation était tenue par des amis : la directrice de publication du mensuel Ras l’Front était la trotskiste Anne Tristan, militante de la LCR. Mais surtout, c’est que le Front National incarnait aux yeux de Maya Surduts toute l’horreur de la société « patriarcale et oppressive » traditionnelle.
 

L’unité des médias dans l’éloge de Maya Surduts

 
On doit remarquer que l’homme nouveau préconisé par la révolution mondiale est aujourd’hui un fait acquis dans une grande mesure. Dans les dernières années, Maya Surduts se montrait parfois abattue, elle tenait la révolution pour « discréditée ». C’était sa façon à elle de constater que les buts en étaient atteints. La destruction de la famille, la subversion de l’école et des médias, l’immigration de masse, sont des faits. Trotskiste et féministe, Maya Surduts s’est peut-être vécue, tant la force de l’auto-persuasion est grande, comme une persécutée : mais elle avait été lancée, comme ses compagnons de 68, contre des ombres de pouvoir par les vrais puissants, maçons et financiers. Avec eux, elle a servi de nettoyeur de la civilisation traditionnelle et catholique au profit de la révolution mondiale et du nouvel « ordre » qu’elle installe.
 
L’éloge funèbre qui salue sa mort est une manifestation sans ambiguïté de ce phénomène.
 
La presse unanime s’incline devant une « grande figure », ou, variante, une « grande dame » du féminisme. Pas seulement Libération, l’Humanité ou le Monde, mais le Figaro, le Dauphiné libéré, le Républicain Lorrain, la Montagne ! Les « réseaux » ne l’ont pas oubliée. Libé salue une « humaniste ». Pierre Laurent, patron du PCF, Jean-Luc Mélenchon, patron du parti de gauche, la CGT, le Haut conseil à l’égalité, tous les copains, tous les coquins, y vont de leur petit mot. Une unité remarquable qui rappelle la chaude unanimité des mêmes lorsqu’il s’agit d’applaudir Podemos, ou les Indignés, ou encore Nuit Debout. Ou encore la complaisance dont fait preuve les très bourgeois Figaro lorsqu’il s’agit de donner la parole à Juan Martin Guevara, petit frère du Che, pour louer la Révolution. Dans ce concert de bisounours sans chef d’orchestre apparent, on prêtera une attention particulière à un tweet ému de Laurence Rossignol, notre actuel ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes. Cette socialiste comme il faut a fait partie du comité central de la LCR et a cofondé SOS racisme en 1984. Comme la république, la révolution mondiale est une et indivisible, et Maya Surduts, féministe trotskiste, était l’incarnation même de cette unité.
 

Pauline Mille