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Espagne : Mgr Munilla dénonce la « tromperie » du gouvernement Rajoy sur la révision de la loi sur l’avortement

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L’évêque de San Sebastian, Mgr José Ignacio Munilla – connu pour son franc-parler – a commenté lors de son émission radiophonique sur Radio Maria le projet de loi du gouvernement de Mariano Rajoy qui remplace modestement la proposition de restriction de l’avortement retirée l’an dernier. Le prélat a clairement soutenu les élus qui se sont opposés au nouveau texte en Espagne au motif qu’il n’honore pas la promesse électorale du Partido Popular, dénonçant la « tromperie » que constitue la révision désormais proposée.
 
On l’appelle la « mini-réforme », après la plus importante refonte de la loi sur l’avortement que voulait faire adopter l’ex-ministre de la justice, Antonio Ruiz Gallardon, qui a démissionné après son retrait par un gouvernement soucieux de conserver ses électeurs. Pour Mgr Munilla, c’est du point de vue de la doctrine sociale de l’Eglise qu’il faut considérer le débat autour de la « loi Aido » qui a fait de l’avortement un droit sous le zapatérisme.
 
Mgr Munilla a d’abord souligné que la loi Gallardon elle-même ne constituait pas une « réforme morale » puisqu’elle autorisait l’avortement sous conditions – et même sous de nombreuses conditions : elle n’était donc pas acceptable du point de vue de la foi catholique, mais elle avait du moins « l’intention de diminuer le nombre d’avortements ». Ce qui pouvait justifier un vote favorable.
 

La révision de la loi sur l’avortement du gouvernement de Rajoy : un simple « blanchiment »

 
Malgré ses promesses, le PP et le gouvernement de Mariano Rajoy ont retiré la proposition en assurant : « Nous ferons quelque chose ». « Voici venue la mise en scène de ce “nous ferons quelque chose” », note Mgr Munilla. On vise à supprimer l’un des éléments les « moins populaires » de la loi Aido : la dispense de consentement parental pour les mineures. Ce faisant, on « prétend simplement se blanchir après ce qui s’est passé ».
 
C’est une « tromperie » et une fausse réalisation de ce à quoi le PP s’était engagé, ce n’est pas une réforme sérieuse et les quelques députés qui s’y opposent créent une crise politique forte en affirmant qu’ils ne peuvent voter la « mini-réforme » au motif qu’il s’agit d’une « manière politique de dire que la promesse électorale a été tenue », note Mgr Munilla.
 

Les tromperies du gouvernement

 
Et de souligner que la réforme ne constitue pas un « bien substantiel » : ce sont le plus souvent les parents qui poussent à l’avortement ; au cas où ils s’y opposent, la décision est laissée au juge aux termes de la réforme. « Pourquoi cherchent-ils toujours à tromper ? Il n’est pas vrai que la puissance paternelle soit rendue aux parents, puisqu’en cas de conflit c’est le juge qui décide ». Pour une partie de la population provie d’Espagne « cela ne colle pas », note-t-il, soulignant que le petit groupe de parlementaires qui résiste « font partie de cette conscience sociale ».
 

En Espagne, l’avortement est un droit « de facto », la révision Rajoy n’y fera rien

 
Devant la fronde de quelques élus, le gouvernement a introduit l’idée de supprimer l’expression d’un « droit » à l’avortement afin que la réforme ne demeure pas minime. Pour Mgr Munilla, c’est encore une tromperie. « Si tu changes la reliure du petit livre rouge de Mao pour une reliure orange, ce sera toujours le petit livre rouge de Mao ! » Et de même : « Si tu dis que l’avortement ne sera plus un droit mais que l’Etat va simplement faciliter l’accès libre à tous les moyens pour avorter », en enlevant « le petit mot “droit” il s’agira simplement d’un euphémisme nominaliste puisque tu auras dit la même chose d’une autre manière ». « Pourquoi jouons-nous avec les mots ? »
 
Pour Mgr Munilla, que l’avortement soit libre pendant les délais légaux le constitue « de facto en droit ». C’est exactement le cas en France, ou depuis des années on ne qualifiait pas explicitement l’avortement de droit mais où il l’était en pratique, avant qu’une résolution parlementaire ne vienne l’affirmer comme « droit fondamental ».
 
L’évêque de San Sebastian a pulvérisé au passage les propos de l’actuel ministre de la Justice en Espagne, qui a expliqué ces derniers jours que la loi Aido ne reconnaît pas tant un droit à l’avortement que le « droit à la maternité librement décidée. » « Moi aussi je pourrais signer cette phrase… mais lorsqu’une femme est enceinte elle est déjà mère. Elle ne peut pas dire qu’elle est mère ou qu’elle ne l’est pas. Décider par rapport à la maternité, c’est possible quand la femme n’est pas enceinte. Il ne faut pas se laisser lier par le formalisme des mots. Ce qui compte, c’est le concept. Et le concept de la loi Aido, c’est que l’avortement est libre. C’est comme si c’était un droit. »
 

Mgr Munilla, un évêque qui ne mâche pas ses mots sur l’avortement

 
Le gouvernement fait juste « un petit ravalement de façade en laissant les choses exactement en l’état », accuse Mgr Munilla : « Il va tomber dans l’ignominie d’avoir changé de position tout au long de la législature » en faisant voter sur ce qui « n’est pas un moindre mal ». Et même si, pour sa plus grande « honte », le tribunal constitutionnel ne s’est pas prononcé sur la loi Aido, « le gouvernement ne peut pas se défausser sur lui ». Même si ce tribunal déclarait la loi Aido conforme à la constitution de l’Espagne, « cela ne dispense pas le gouvernement de faire une législation conforme à la défense de la vie humaine ».
 
Mais les paroles les plus dures de Mgr Munilla sont pour ceux du PP et du gouvernement qui ont menacé de sanctionner ceux qui ne voteraient pas la réformette : « Il ne s’agit pas de sanctionner un parti qui refuse d’accomplir sa promesse de réforme de la loi sur l’avortement. On sanctionne un parlementaire qui veut être fidèle en conscience à ce qu’il croit en principe. Elle est incroyable, cette crise morale que nous vivons. Une crise énorme où nous cherchons à nous leurrer – et nous jouons avec des vies humaines ! Nous devons dire qu’il y a ici cent dix mille vies humaines innocentes qui sont sacrifiées tous les ans. »
 

Anne Dolhein